41zJjQSBn_L__SL500Coeur de glace - scénario de Marie Pommepuy, illustrations de Patrick Pion
Editions Dargaud, Collection Long Courrier
2011, 70 pages
14,95 €

Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire.

Résumé

Une famille d'ogres attaque un carrosse et tue tous ses occupants à l'exception de Gerda, une belle petite fille habillée comme une princesse. Ils l'emmènent dans leur repaire, et leur petite ogresse de fille se prend d'amitié pour Gerda, bien qu'elle soit logée, tout comme les animaux qu'ils capturent, dans leur garde-manger. Drôle d'amitié, puisque Gerda porte des fers, dort dans une cage, et craint à tout instant d'être mangée.

A l'instar de Shéhérazade, la conteuse des Mille et une nuits, Gerda comprend bien vite que si elle veut garder intact l'intérêt que lui porte la petite ogresse - et ainsi lui faire oublier que sa chair est comestible -, elle doit lui raconter son histoire. Heureusement pour sa survie, Gerda a bien des péripéties à rapporter à l'ogresse...

Car quand elle était toute petite fille, Gerda était amoureuse de Kay, un beau garçon un peu plus âgé qu'elle. Ils jouaient tous les après-midis ensemble jusqu'à ce fameux jour de neige où une poussière s'est prise entre les cils de Kay, et où une belle femme enveloppée de fourrures et de flocons a attaché la luge du petit garçon derrière son traineau pour l'emmener vers le Nord...

Mon avis

Et nous voici plongée dans une adaptation libre de La Reine des Neiges d'Andersen. On y retrouve la trame générale - la quête de Gerda pour retrouver Kay et l'amour inconditionnel qu'elle lui porte - ainsi cette atmosphère caractéristique de grand froid. Pour le reste, c'est assez différent. Le scénario est signé Marie Pommepuy, dessinatrice du duo Kerascoët à qui l'on doit Jolies ténèbres et la série Miss Pas Touche. On retrouve dans son adaptation du conte classique le mélange déstabilisant de naïveté et de cruauté qui caractérisait les œuvres précédemment citées. Dans l'univers bien particulier de Marie Pommepuy, l'amour côtoie la méchanceté, l'intelligence du cœur la bêtise, et l'horreur et le cauchemar ne sont jamais loin de pointer leur nez. Le message est franchement perturbant. On aime ou pas, mais il est impossible de rester indifférent à ces bandes-dessinées.

Côté illustrations, le trait et les couleurs de Patrick Pion m'ont semblé au premier abord un peu désuets : on a l'impression de regarder un vieux livre d'images aux teintes un peu passées... On prend pourtant vite goût à ce style, qui colle bien à la froideur et à l'atmosphère inquiétante dégagées par le scénario de Marie Pommepuy.

En somme, une bande-dessinée soignée et dérangeante qui comblera les amateurs de réécritures de contes de fées. Les lecteurs qui apprécient le travail de Kerascoët devraient également ne pas être déçus.