414m93dy5TL__SL200Viens plus près - Sara Gran
Editions Points, Collection Roman noir
2011, 189 pages
6,50 €

Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire.

Résumé

Amanda est une trentenaire qui a la belle vie : un mari qui l'aime, un boulot qui la passionne, un appartement magnifique dont elle a elle-même pensé la décoration. Et pourtant... il doit bien y avoir un pourtant, puisque la jeune femme sage et rangée à laquelle son entourage semble s'être habitué commence à changer. A changer radicalement.

D'abord, il y a les cauchemars. Une femme à la beauté dangereuse, allongée sur au bord d'une mer rouge, écrit son nom dans le sable. Ensuite il y a les bruits suspects dans l'appartement - des bruits qui ne se produisent qu'en présence d'Amanda, et dont elle comme son mari sont incapables de déterminer l'origine. Et puis il y a les actes manqués : rien de bien dramatique au départ, un rouge à lèvres qui finit dans son sac sans être passé par la caisse, ce genre de choses. Au départ... C'est quand surviennent les trous de mémoire, les passages à vide, qu'Amanda commence à s'inquiéter pour de bon : que lui arrive-t-il ? Réalise-t-elle des fantasmes qu'elle ignorait avoir jusqu'ici ? Est-elle possédée ?

Mon avis

Questions rhétoriques, il faut bien le dire, puisque l'ambiance installée dès le début du roman nous fait rapidement pencher vers la seconde option. Comment un thème évoqué des milliers de fois dans la littérature, au cinéma et à la télévision peut-il réussir ici à terroriser le lecteur à ce point, voilà la vraie question que je me pose. Impossible de fermer l'oeil après avoir fini Viens plus près - et apparemment, je ne suis pas la seule : Bret Easton Ellis (l'auteur de American Psycho, rien que ça), fait lui aussi part de son admiration sur la quatrième de couverture. Les auteurs qui parviennent ainsi à instiller la peur me fascinent. Ici, ça tient à de petites choses : une narration à la première personne, un style froid et une esthétique soignée qui rendent encore plus glaçants les récits de cauchemars et d'épisodes délirants. La narratrice n'est pas de celle à qui l'on s'attache au premier abord, tant elle semble dangereuse ; et puis finalement, on la prend en affection pour ne plus jamais l'oublier, peut-être parce qu'elle représente en nous la part sombre qui ne demande qu'à sortir. C'est peut-être là, la force de ce roman : au fond, il n'y est pas tant question de démon, mais plus de l'Autre, cet Autre tout entier constitué d'ombres qui se tapit au fond de nous.

Un livre court et dérangeant, très abouti malgré le nombre de page. J'en tremble encore, et je ne suis pas près d'oublier cette auteure.