29 mars 2011
Un pied au paradis
Un pied au paradis - Ron Rash
Editions du Livre de Poche, Collection Policier
2011, 315 pages
6,50 €
Lu pour le Prix des lecteurs du Livre de Poche, catégorie Polar.
Résumé éditeur
Oconee, comté rural des Appalaches du Sud, début des années 1950. Une ancienne terre cherokee, en passe d'être à jamais enlevée à ses habitants : la compagnie d'électricité Carolina Power rachète peu à peu tous les terrains de la vallée afin de construire une retenue d'eau, immense lac qui va recouvrir fermes et champs. Holland Winchester est mort, sa mère en est sûre, qui ne l'a pas vu revenir à midi, mais a entendu le coup de feu chez le voisin. Ce drame de la jalousie et de la vengeance, noir et intense, prend la forme d'un récit à cinq voix : le shérif Alexander, le voisin, sa femme, leur fils et l'adjoint. Devant un texte aussi puissant que singulier, on pense à Larry Brown et Cormac McCarthy, voire Giono. Pas moins.
Mon avis
Un très beau livre que j'ai lu avec plaisir. Plus qu'un polar, Un pied au paradis est une peinture sociale où se mêlent les thèmes de l'amour marital et filial, de la mort, de la justice et de la rédemption. Le choix d'une narration polyphonique permet de présenter au lecteur une belle galerie de personnages dont chacun possède une vraie voix. Le fait d'avoir placé l'intrigue sur une terre destinée à être recouverte par les eaux fait monter la tension dramatique. Une très belle découverte.
28 mars 2011
Le jeu de l'ombre
Le jeu de l'ombre - Sire Cédric
Editions le Pré aux Clercs
2011, 475 pages
19 €
Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire (mais surtout pour le plaisir).
Résumé
Malko Swann est un musicien de talent, adulé pour son œuvre, célèbre pour ses frasques et son tempérament séducteur. Il vient de terminer un concert exceptionnel, au terme duquel des milliers de personnes l’ont acclamé. Et pourtant… et pourtant Malko roule, fonce même, le sang bourré d’alcool, le nez de cocaïne, vers le Pont du Diable. Pourquoi ? Et pourquoi si vite ? Il l’ignore lui-même. La musique envahit l’habitacle, le pont se rapproche, Malko est seul, et à cet instant, c’est tout ce qui compte. La chute était inévitable, et elle est vertigineuse…
Malko rouvre les yeux dans un lit d’hôpital. Il a une côte cassée, le visage couvert d’éraflures. Les séquelles physiques sont minimes comparées à la gravité de l’accident, mais il se rend vite compte qu’il souffre d’un traumatisme bien plus dramatique : il ne peut plus entendre la moindre note de musique...
Mon avis
J'ai tout simplement adoré ce bouquin ! Sire Cédric a réussi encore une fois à me surprendre. Vous voulez savoir pourquoi ? Retrouvez ma chronique complète ici.
Des news de l'auteur
Après avoir obtenu le Prix Masterton pour L'enfant des cimetières, le Prix du Polar de Cognac pour De fièvre et de sang, Sire Cédric vient d'être à nouveau récompensé pour son écriture : De fièvre et de sang a obtenu le Prix CinéCinéma Frisson la semaine dernière. Plus d'infos ici.
23 mars 2011
A travers le miroir, Alice
A travers le miroir, Alice - Lewis Carroll & Lostfish
Editions Soleil, Collection Métamorphose
2011, 201 pages
29,50 €
Il fallait absolument que je vous parle de ce livre, lu et chroniqué il y a quelques semaines déjà pour les Chroniques de l'Imaginaire.
Résumé
Alice est revenue du Pays des Merveilles, mais avec elle, le rêve n'est jamais loin. Au cours d'un après-midi oisif où elle s'amuse à converser avec les chatons de Dinah, elle se demande soudain ce qui se passe exactement dans la pièce de l'autre côté du miroir - cette pièce où tout est exactement comme dans la vôtre, mais en inversé... Aussitôt dit, aussitôt fait, Alice grimpe sur la cheminée et passe à travers le miroir.
Mon avis
J'avais lu cette suite d'Alice au Pays des Merveilles il y a plusieurs années, sans rien en retenir ou en penser de particulier. Je n'étais donc pas franchement emballée en commençant cette lecture : si découvrir le travail de Lostfish sur cette histoire m'enthousiasmait, je n'avais pas franchement envie de relire le texte.
Et pourtant... Dès le premier chapitre, la suite des aventures d'Alice m'a aspirée et retenue dans ses filets. C'est bien simple, j'ai savouré ce livre du début à la fin. Cette histoire qui m'avait laissée indifférente lors de ma première lecture m'a passionnée ! Peut-être me fallait-il grandir un peu avant d'apprécier l'humour particulier de Carroll, son amour du non-sens ? Je ne saurais vous décrire exactement ce qui m'a charmée dans cette histoire. Mais le fait de vivre du début à la fin un rêve éveillé - qui peut à tout moment virer au cauchemar - aux côtés d'une Alice à la fois charmante et agaçante y est pour beaucoup.
Je pense également que l'ambiance très particulière qui se dégage des illustrations de Lostfish n'est pas étrangère à mon coup de cœur. C'est la première fois que je lis un livre sur l'univers d'Alice au Pays des Merveilles sans que mon cerveau soit parasité par les images de l'adaptation signée Disney. C'est, à ce jour, le travail que je connais qui me semble le mieux coller à l'univers de Carroll - celui d'Arthur Rackham mis à part, mais on ne peut pas vraiment comparer ces deux artistes. Ici, l'atmosphère est très étrange, presque malsaine parfois. Je pense notamment aux expressions d'Alice : elle semble à la fois boudeuse, fiévreuse, malheureuse, aguicheuse... Ses joues sont roses, ses yeux marqués, ses lèvres humides, elle a à la fois la candeur d'une enfant et les poses d'une courtisane. C'est troublant, subversif, et ça colle parfaitement à l'ambivalence du texte. On n'a même plus le sentiment que le texte a été écrit indépendamment de ces illustrations. C'est comme si Carroll lui-même en était l'auteur ! Incroyable non ?
Pour ne rien gâcher, le livre est enrichi de notes sur la traduction qui permettent de prendre conscience du travail considérable qu'il a fallu à Jacques Papy pour rendre en français toutes les subtilités et les bizarreries qui font le charme du texte original.
Vous l'aurez compris, A travers le miroir est un véritable sans faute, et une merveilleuse occasion de découvrir ou de redécouvrir la suite d'Alice au Pays des Merveilles.
22 mars 2011
Un samedi au Salon du livre
Samedi, j'ai passé la journée au salon ! Et quelle belle journée :)
Pas de couac, que du bon : les copains de bonne humeur, le train à l'heure, pas de cinglés dans le métro, pas de file d'attente (un bon plan, d'acheter ses billets à l'avance sur Internet, je vous le dis)... Et un salon preque vide pendant une bonne partie de la matinée - que demande le peuple ?
A 11h sur le stand du Pré aux Clercs (au taquet, j'étais la première), j'ai pu discuter avec Sandrine Gestin, mon illustratrice adorée (ses travaux tapissaient les murs de ma chambre quand j'avais quatorze ans, et maintenant, ceux de mon salon). Je suis repartie avec mon exemplaire de Sous le signe des fées joliment dédicacé. Elle m'a aussi parlé de son prochain livre à paraître en avril chez Au bord des Continents... Il y sera question des dames du Graal (ça promet). En plus d'être talentueuse, elle est très gentille et belle comme un coeur, c'est sûr, les fées se sont penchées sur son berceau :
Avec Sandrine Gestin
(je sais, je ferme les yeux, mais sur les autres, c'est elle qui les ferme, il fallait faire un choix;)
Ensuite, alors qu'on se balladait au hasard des allées, je tombe sur le stand des éditions Mille saisons, et là, qui vois-je ? Henri Courtade, qui dédicaçait Loup, y es-tu ? ce livre que je veux absolument depuis que j'ai lu la chronique de Laure. Un quart d'heure de discussion plus tard, me voici repartie avec ma dédicace et l'envie encore plus pressante de lire ce bouquin :)
Henri Courtade, donc (désolée pour le flou...)
Et puis, totalement par hasard là encore, voilà que je tombe sur Nadia Coste (non non, je ne lui ai pas fait mal :D - ok, je sors), l'auteur de Feydelins. J'ai entendu tellement de bien sur ce livre que je n'ai pas pu m'empêcher de me le procurer, c'était l'occasion où jamais ! Une rencontre agréable là encore. Nadia Coste nous a confié ne pas s'être totalement habituée à être cette année "de l'autre côté de la table" : ça lui fait bizarre d'être prise en photo :)
Nadia Coste en train de signer mon exemplaire
(au passage, vous notez comme les stands sont vides quand on arrive à l'ouverture ? je sais, je l'ai déjà dit, mais c'est vraiment le top !)
Ensuite, il y a eu Didier Graffet, Viviane Moore, et plusieurs autres que je n'ai pas pris en photos parce que je gardais de la batterie pour le clou de ma journée :)

Parce que le clou de ma journée - certains d'entre vous s'en doutent peut-être - c'était la dédicace de Sire Cédric ! Je n'ai pas reçu les épreuves non corrigées de son livre cette année, alors vous imaginez mon impatience à lire Le jeu de l'ombre ! J'ai pu le commencer dans la file d'attente - et oui, parce qu'avec Sire Cédric, on ne rigole pas, et j'étais à pied d'oeuvre à 13h, soit une heure avant le début de la signature. Mes copains m'avaient donc lâchement abandonnée, découragés par le nombre de filles personnes (et aussi, probablement, par ma légère hystérie :). Ils sont quand même revenus fort à propos pour prendre les photos que voici, merci les amis :
Et là, vous allez me dire que ça valait pas le coup d'attendre une heure, peut-être ?
Bon, et sinon, parce qu'on est pas là pour rigoler, je retourne à ma lecture du Jeu de l'ombre. Plus que cinquante pages, et je pourrais tout vous dire sur ce petit bijou :)
Et vous, il était comment votre salon ?
17 mars 2011
Le jeudi, c'est citation ! #16
Ces rendez-vous sont à l'initiative de Chiffonnette.
"La mer est comme la musique ; elle porte en elle et effleure tous les rêves de l'âme."
Luc Bossi - Manhattan Freud

13 mars 2011
Manhattan Freud
Manhattan Freud - Luc Bossi
Editions du Livre de poche, Collection Policier
2011, 445 pages
6,95 €
Livre lu dans le cadre du Prix des lecteurs du Livre de poche, catégorie Polar.
Résumé
1909. Les psychanalystes Freud et Jung s'apprêtent à embarquer pour l'Amérique, où ils ont prévu de donner une série de conférences sur leur science toute récente, et qui fait couler beaucoup d'encre en Europe. Arrivés aux Etats-Unis, ils se trouvent cependant confrontés à un problème tout autre : un homme d'affaire puissant et architecte de talent a été assassiné. Freud va devoir tenter d'analyser la fille de la victime, qui souffre de pertes de mémoire ; Jung, quant à lui, s'emploie à dresser un portrait en creux de l'assassin d'après ce que lui apprend la scène de crime...
Mon avis
Ce livre avait des atouts pour me plaire : un tueur en série, une intrigue policière avec pour personnage principal l'inventeur de la psychanalyse... je m'en réjouissais d'avance. Et je dois dire que j'ai été déçue. Si Manhattan Freud a d'incontestables et solides qualités - une écriture soignée, des personnages charismatiques et une intrigue travaillée -, il souffre aussi d'un manque de tonus qui a vraiment plombé ma lecture. Je me suis ennuyée. C'est long, trop long, on s'attarde interminablement sur une série de détails... Des lecteurs plus patients que moi, cependant, y trouveront forcément leur compte, tant ce livre a de qualités. Pour moi, ce n'était peut-être tout simplement pas le bon moment (il faut dire que j'avais Alice, à travers le miroir illustré par Lostfish qui piaffait pendant ce temps dans ma PAL... ça aide pas ! je vous en reparle bientôt).
11 mars 2011
Viens plus près
Viens plus près - Sara Gran
Editions Points, Collection Roman noir
2011, 189 pages
6,50 €
Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire.
Résumé
Amanda est une trentenaire qui a la belle vie : un mari qui l'aime, un boulot qui la passionne, un appartement magnifique dont elle a elle-même pensé la décoration. Et pourtant... il doit bien y avoir un pourtant, puisque la jeune femme sage et rangée à laquelle son entourage semble s'être habitué commence à changer. A changer radicalement.
D'abord, il y a les cauchemars. Une femme à la beauté dangereuse, allongée sur au bord d'une mer rouge, écrit son nom dans le sable. Ensuite il y a les bruits suspects dans l'appartement - des bruits qui ne se produisent qu'en présence d'Amanda, et dont elle comme son mari sont incapables de déterminer l'origine. Et puis il y a les actes manqués : rien de bien dramatique au départ, un rouge à lèvres qui finit dans son sac sans être passé par la caisse, ce genre de choses. Au départ... C'est quand surviennent les trous de mémoire, les passages à vide, qu'Amanda commence à s'inquiéter pour de bon : que lui arrive-t-il ? Réalise-t-elle des fantasmes qu'elle ignorait avoir jusqu'ici ? Est-elle possédée ?
Mon avis
Questions rhétoriques, il faut bien le dire, puisque l'ambiance installée dès le début du roman nous fait rapidement pencher vers la seconde option. Comment un thème évoqué des milliers de fois dans la littérature, au cinéma et à la télévision peut-il réussir ici à terroriser le lecteur à ce point, voilà la vraie question que je me pose. Impossible de fermer l'oeil après avoir fini Viens plus près - et apparemment, je ne suis pas la seule : Bret Easton Ellis (l'auteur de American Psycho, rien que ça), fait lui aussi part de son admiration sur la quatrième de couverture. Les auteurs qui parviennent ainsi à instiller la peur me fascinent. Ici, ça tient à de petites choses : une narration à la première personne, un style froid et une esthétique soignée qui rendent encore plus glaçants les récits de cauchemars et d'épisodes délirants. La narratrice n'est pas de celle à qui l'on s'attache au premier abord, tant elle semble dangereuse ; et puis finalement, on la prend en affection pour ne plus jamais l'oublier, peut-être parce qu'elle représente en nous la part sombre qui ne demande qu'à sortir. C'est peut-être là, la force de ce roman : au fond, il n'y est pas tant question de démon, mais plus de l'Autre, cet Autre tout entier constitué d'ombres qui se tapit au fond de nous.
Un livre court et dérangeant, très abouti malgré le nombre de page. J'en tremble encore, et je ne suis pas près d'oublier cette auteure.
07 mars 2011
Interview de Sophie Dabat
Chose promise, chose due...
Je vous en avais parlé en octobre je crois (mieux vaut tard que jamais), voici enfin l'interview de Sophie Dabat. Je la remercie d'avoir un peu de son temps précieux pour ce qui devait être "deux-trois questions", et qui c'est transformé en "interview-fleuve". Et maintenant, la parole à Sophie :
Naolou : Bonjour Sophie ! Merci d'avoir accepté de répondre à mes questions. Peux-tu te présenter aux lecteurs du blog ?
Sophie Dabat : Ouille, ça commence dur ! Une présentation.
Heuuu...
Je m'apelle Sophie Dabat, j'ai 32 ans (re-ouille), les cheveux vaguement rougeâtres, 1m56 et un caractèrede cochon (je préfère dire un caractère affirmé, mais je crois que c'est la même chose).
Je suis architecte de formation, je travaille à mi-temps dans cette branche, et le reste du temps, je suis à mon compte comme lectrice et relectrice, et j'écris pendant le temps qu'il me reste (ou que j'arrive à prendre sur les activités annexes comme manger et dormir).
N : Qu'est-ce qui t'a amenée à l'écriture ?
SD : C'est mon chéri ! Un jour, il en a eu marre de m'entendre tout le temps parler de mes lectures, critiquer les scénarios, raconter ce que j'aurais fait à la place des auteurs, et il m'a dit : "Pourquoi tu n'écris pas tes propres histoires ?". Là-dessus, il est allé se doucher en me laissant réfléchir à la question. Quand il est sorti de la salle de bain, j'avais entamé l'écriture d'un roman (que je n'ai jamais fini), mais surtout, je n'ai jamais arrêté d'écrire depuis.
N : Pourquoi avoir choisi les genres de l'imaginaire ?
SD : Parce que c'est ce que j'aime lire ? Je crois que ça ne va pas chercher plus loin que ça. Et comme j'aime aussi le polar, je m'y suis un peu lancée, et comme j'aime les héroïnes, mes textes regorgent de femmes de caractère !
N : Donc, tu écris ce que tu apprécies en tant que lectrice ?
SD : Oui, j'écris ce que j'aime lire, même si je ne suis pas forcément capable d'écrire dans le style de certains auteurs que j'admire ! Je me suis d'ailleurs mise à lire des nouvelles à partir du jour où j'en ai écrit. Mais ça m'est arrivé de relire ce que j'avais écrit, et de me dégoûter toute seule. J'ai pas mal d'imagination, et les scènes gore m'évoquent des trucs vraiment horribles que je visualise très bien. Surtout les scènes gore avec des animaux. On me fait lire un truc où un chat souffre, et je fonds en larmes. Alors que j'en écris sans problème et même avec jubilation. Mais si je dois relire mon texte, il y aura des pleurs et après, je me précipite sur mes chats pour les asphyxier de câlins parce que j'ai trop peur qu'il leur arrive quelque chose. Ca me fait beaucoup moins d'effet avec les humains. J'ai peur que ça ne veuille dire beaucoup de choses sur mon amour de l'humanité !
N : Y a-t-il un écrivain en particulier qui t'a donné envie d'écrire ?
SD : Oui... Anne McCaffrey et Marion Zimmer Bradley. C'étaient mes deux amours d'adolescentes et je garde pour leurs séries beaucoup d'affection, je les relis toujours avec plaisir. Et sinon, mon premier fantasme d'écrivain, ça a été avec Roald Dahl ! J'aimais tellement ses livres pour enfants que j'avais essayé d'en faire un moi aussi (inutile de préciser que ça n'a jamais dépassé le stade du premier paragraphe).
Et David Eddings, aussi. J'allais oublier. J'ai découvert La Belgariade au collège, et cette aventure bourrée d'humour m'a totalement absorbée pendant des mois. Ca m'a donné envie de vivre ces histoires, puis d'en raconter. Avec ma meilleure amie, on imaginait qui on verrait comme acteurs si l'histoire était portée à l'écran. Il y avait Sean Connery pour faire Belgarath, River Phoenix pour Belgarion... On n'a jamais trouvé d'actrice avec la beauté et la prestance nécessaire pour incarner Polgara la sorcière.
N : Comment décrirais-tu ton univers littéraire ? Sur quels thèmes aimes-tu écrire ?
SD : Une amie m'a dit récemment qu'elle retrouvait souvent les mêmes thèmes dans ce que j'écris, et que c'était à ça qu'elle reconnaissait mes textes même sous pseudo. Alors, elle a repéré le thème de l'adolescence, de l'exclusion, de la différence, de la folie, de la lutte contre l'oppression, un personnage récurrent de grand-mère protectrice. Ca fait déjà beaucoup de thèmes et oui, je crois que je n'ai pour le moment rien écrit qui ne les contienne pas presque tous !
Quant à mon univers littéraire, je crois qu'il est comme moi : moitié mignon, moitié barjo, un peu effrayant et assez porté sur les extrêmes. Je pourrais même dire qu'il est lunatique et toujours prêt à s'envenimer. Après, ça peut s'exprimer différemment suivant les textes, certains sont plus horreur, d'autres plus féeriques et certains penchent carrément vers la fantasy, mais en général, ce sont des univers assez sombres, où les gens sont tourmentés et peuvent très vite plonger vers la folie.
N : Tu es l'auteur de plusieurs dizaines de nouvelles, d'un roman, d'un essai... Dans quelle forme te sens-tu le plus à l'aise ?
SD : J'hésite j'hésite... En fait, à part l'essai, je ne choisis pas réellement quelle forme va prendre un texte. Je suis très prolixe, donc chaque nouvelle a le potentiel de se transformer en pavé. Mais je crois que chaque forme a ses avantages et inconvénients, on ne raconte pas la même chose, de la même manière, suivant la taille que l'on veut donner au texte. Donc je réfléchis, je pense aux éléments que j'ai, au style que je veux donner, et quand je commence à écrire, ça s'oriente automatiquement vers du court ou du long. Avec parfois des surprises... Quant à l'essai, ça a été une course contre la montre et la difficulté a plus été de couper une bonne partie de ce que j'avais écrit que d'en écrire assez. Ca n'a pas été facile, il y a eu beaucoup de stress (par ma propre faute, d'ailleurs), mais je recommencerai avec plaisir !
N : Comment considères-tu l'écriture ? Un loisir, une passion, un besoin ?
SD : Les trois à la fois, c'est possible ? C'est un loisir, mais dont je ne pourrais pas me passer, et qui me passionne. C'est à la fois un exutoire et un délassement.
N : Es-tu superstitieuse par rapport à l'écriture ? Je veux dire, le syndrome de la page blanche, ou l'idée de ne pas réussir à rendre un manuscrit à temps, ce sont des choses qui t'angoissent ?
SD : Page blanche, c'est quoi ? Non, certains vont me maudire en lisant ça, mais je n'ai jamais eu ce problème. Récemment, j'ai échoué à rendre deux textes pour des appels à textes, mais c'était parce que, malgré les idées et l'envie, j'avais un autre projet d'écriture qui me tournait dans la tête et je n'arrivais pas à me concentrer sur autre chose. Donc j'ai fini par abandonner ces deux pauvres nouvelles à leur triste sort d'essais inaboutis pour me recentrer sur mon gros projet du moment et d'un seul coup, les signes se sont enchaînés ! Donc non, l'angoisse de la page blanche, pour moi, c'est plutôt l'angoisse de trouver le temps pour écrire au quotidien !
N : Tu es donc romancière, mais mon petit doigt me dit que tu es également chroniqueuse, correctrice pour les maisons d'éditions, traductrice à tes heures me semble-t-il... et aussi, j'oubliais, employée à mi-temps dans un cabinet d'architecte ! Comment trouves-tu le temps pour tout ça ?
SD : Rrrr.... zzzzz... rrrrr.... zzzz...
Désolée, je rattrape mon retard de sommeil.
Le temps ? Justement, je n'en trouve pas, alors je le prends là où je peux : les pauses déjeuner au bureau me servent à écrire, les samedi matin aussi, les soirées à la maison me permettent de faire mes chroniques, ma demi-heure de lecture au lit chaque soir se transforme souvent en heure, voire plus, de lecture... Et le reste du temps, j'ai un mi-temps d'architecte et un mi-temps de correctrice. Facile, non ?
N : Du coup, à quoi ressemblent tes journées ?
SD : J'essaie d'écrire à peu près 1/2 heure par jour. Mais ce n'est pas régulier, c'est plutôt plus que moins. Si je suis en plein milieu d'un chapitre et que je dois m'arrêter, je vais avoir beaucoup de mal donc dès que j'aurai un petit moment de livre, je m'y remettrai et tant pis pour les corvées ménagères ou le reste ! Et le lendemain, je rattraperai.
En fait, mes journées sont toujours assez aléatoires, je compte plutôt en semaine : le lundi, je suis à l'agence pour toute la journée et je rendre à la maison le soir pour corriger pendant une heure ou écrire. Le mardi, c'est à la maison, donc corrections, traductions, écriture (sans parler de peinture, cuisine, ménage, etc.), le mercredi, c'est le matin à l'agence, l'après-midi à mon compte. Le jeudi est comme le lundi, le vendredi comme le mardi. Et le week end... travaux de la maison (on est en train de rénover), courses, écriture de chroniques, popotte, promenade du chien, nettoyage de la litière des chats, nettoyage de la maison du lapin, écriture, lecture, coups de fil à la famille, sans oublier la sacro-sainte grasse matinée du dimanche matin... bref, la conclusion d'une semaine trépidante !
N : Quand tu commences une histoire, sais-tu précisément où tu vas mener tes personnages, comment tu vas conclure ton intrigue, ou bien les choses se mettent-elles d'elles-mêmes en place, au fur et à mesure ?
SD : Avant, quand j'écrivais une nouvelle, j'avais une idée (vague) de là où je voulais aller, ou je partais d'un thème, d'une image, et je me laissais porter. Puis quand j'ai commencé mon premier roman, je me suis aperçue que pour tenir sur la longueur, il fallait structurer, avoir un synopsis cohérent, et du coup , je me suis mise à faireça pour tout. Maintenant, je suis presque incapable d'écrire si je n'ai pas au moins un schéma des éléments importants de l'histoire.
N : Comment procèdes-tu pour la construction de tes personnages ? Tu leur dresses un profil bien précis avant de te lancer dans l'écriture ? Tu les laisses s'inventer au fur et à mesure ?
SD : Au début, ils sont assez flous, mais avec quelques traits bien définis, comme si c'étaient des personnes que j'avais croisées à une soirée et qui m'avaient marquée. Je ne les connais pas encore, mais je me fais une idée d'eux. Puis après quelques paragraphes où ils interviennent, leurs caractéristiques se précisent et au bout d'un moment, je me sens prête à dresser un portrait complet d'eux, avec tous les détails utiles (ou pas), leurs tics et petites manies, leur physique, bref, tous les éléments qui font d'eux des individus bien précis. Mais il arrive toujours qu'ils me surprennent, ça m'est encore arrivé cette semaine, un des personnages m'a échappé et je n'ai pas réussi à redresser la situation, je vais devoir gérer les conséquences de ses bêtises !
N : Ils sont donc doués d'une vie propre ?
SD : C'est ce que je disais au-dessus ! Même si je définis leurs personnalités, au bout d'un moment, ils finissent par avoir une vie propre et agissent de façon surprenante. Par exemple, un des personnages de Changelins me surprend par sa vulgarité. Je voulais qu'elle soit affirmée, forte en gueule, pratiquement imbuvable, même, mais les bordées de jurons, franchement, je ne les avais pas prévues ! Peut-être que je vais devoir la censurer un peu !
N : As-tu un faible pour un certain type de personnalité ? Préfères-tu partir de la réalité ou imaginer ?
SD : Je ne pars jamais de gens que je connais. Je peux emprunter des anecdotes que des amis m'ont racontées ou que j'ai vécues, je peux, pour rendre une scène, l'implanter dans un endroit réel et y mettre les gens que j'y avais vus... mais uniquement des inconnus. Par exemple, dans Changelins, plusieurs personnes habitant Rennes m'ont dit avoir reconnu un petit couple de maraîchers que l'on voir souvent sur le marché des Lices. C'est normal : c'est eux, parce que dans la réalité, ces gens sont très pittoresques et font partie de l'âme de l'endroit. Mais je ne les connais pas, je ne leur ai jamais acheté de légumes. Je peux juste décrire leurs sourires, leurs produits et le ressenti que j'ai d'eux à distance. Après, pour les personnages principaux, c'est vrai que parfois, je prends un trait de caractère de gens que je connais, ou une partie du physique. Mais uniquement un trait de caractère et pas deux, ou alors, que le physique mais pas le caractère qui va avec, et je change des éléments annexes. Pas plus, je fais un mélange avec différentes personnes qui me rappellent ce personnage. Je détesterais que quelqu'un vienne me voir pour me reprocher de lui avoir donné le personnage du salaud intégral de l'histoire, ou me dise "tiens, je ne pensais pas que tu me voyais comme ça".
N : As-tu l'impression d'utiliser ta propre vie comme matière romanesque ? Est-ce qu'il t'arrive de t'amuser à te cacher derrière certaines situations, certains personnages ?
SD : Oups, démasquée ! Je n'incarne pas mes personnages ni ne me cache derrière eux, par contre, beaucoup de situations viennent de mon vécu. Dans Changelins, le déménagement de Marseille à Rennes, l'impression de déracinement, les doutes sur la folie, l'incompréhension, le sentiment de n'avoir jamais été à sa place dans le système scolaire... tout cela fait partie de mon vécu. Cela m'aide à rendre les situations plus vivantes, je ne parle que de mon point de vue, mais au moins, je sais que je l'ai vécu, donc je risque moins de faire des incohérences.
Mais ce n'est pas de l'autobiographie, il ne faut pas abuser. Comme pour les personnages, je pars d'un élément connus et je l'applique à l'inconnu. C'est le propre du fantastique, en même temps : on greffe du surnaturel sur la trame du quotidien.
Et ça m'est arrivé aussi de disséminer parfois des anecdotes qui me sont arrivées, des boulettes ou des gaffes. Les gens qui me connaissent peuvent ricaner en les lisant, et moi aussi !
N : Quelle importance accordes-tu au style ? A-t-il pour toi une place primordiale, ou doit-il s'effacer, se faire discret pour ne pas prendre le pas sur l'intrigue ?
SD : En fait, quand j'écris, je n'y pense pas. Je sais que si les mots viennent tout seuls, sans que j'aie à les tirer un à un, le style a plus de chances de me plaire directement quand je me relirai. A contrario, si j'ai du mal à fairesortir les mots, je vais m'acharner pendant quelques chapitres (ou paragraphes) en espérant que ça se débloque, mais si ce n'est pas le cas, c'est que je me dirige vers une impasse et je préfèretout arrêter et effacer avant d'avoir perdu trop de temps. Sur le moment, je préfère laisser librecours à l'inspiration (quel grand mot !) pour ne pas la fairefuir, mais une fois le manuscrit achevé, il y aura une traque impitoyable envers les répétitions, les adverbes, les formulations alambiquées et les phrases de sept lignes de long comme j'ai tendance à en faire ! Il y a un temps pour chaque chose...
N : Penses-tu aux lecteurs, à leurs réactions, pendant que tu écris ?
SD : Ah non ! Je suis très égoïste : j'aime me faire rire quand j'écris, mais je n'aime pas penser aux autres. J'écris avant tout pour moi, parce que j'en ai envie, besoin, et une fois le texte fini, alors seulement je m'inquièterai de la réaction des lecteurs. Mais il faut d'abord que ça me plaise.
N : Appréhendes-tu les retours sur tes textes ? Est-ce qu'il arrive que des remarques influent en bien ou en mal sur l'idée que tu t'en faisais ?
SD : Non, je n'appréhende pas trop les retours. Enfin, si, je suis quand même impatiente de lire les critiques, et quand quelqu'un descend un de mes textes, ça fait mal. Mais si les arguments sont pertinents, j'essaie de les retenir. Plusieurs personnes m'ont fait des remarques similaires sur Changelins, du coup, j'essaie de corriger le tir ou de justifier mes choix, d'expliquer certaines situations peut-être trop improbables dans la suite pour que tout soit cohérent.
Ce qui m'a le plus blessée, c'est le jour où j'ai lu des commentaires désobligeants sur un texte... qui n'avait pas encore été publié ! Les gens s'étaient fait une opinion et critiquaient à partir de la quatrième de couverture. J'ai fulminé toute la soirée avant de me dire que ça me faisait de la pub, quand même, et que peut-être ils changeraient d'avis s'ils prenaient la peine de lire le texte.
N : Ca te fait quel effet, de voir ton livre, tout droit sorti de ta tête, matérialisé en un objet bien réel ?
SD : Ben, ça fait plaisir, quand même ! Et ça fait un peu peur. Je n'ai pas trop réalisé pour Changelins, la publication a été repoussée à plusieurs reprises à cause de problèmes techniques et, du coup, j'ai eu le temps de me faire à l'idée. Mais il n'empêche que le jour où des gens m'ont dit l'avoir acheté, ou le jour où j'en ai déposé un exemplaire au bureau pour mes collègues, j'ai eu la même impression que si j'étais toute nue sur une scène de théâtre, le texte en moins !
C'est effrayant, en fait. Comme si les gens allaient lire dans ma tête et juger ce qu'ils y trouvaient. C'est très personnel, un livre...
N : 2010 a été un peu ton année, avec la sortie de ton premier roman - Changelins aux éditions Black Book - et celle de ton essai - Bit-Lit ! aux Moutons Electriques -, mais ces deux parutions ne sont pas tes premiers pas dans la littérature... On a pu croiser ton nom à de nombreuses reprises au sommaire d'anthologies (Vampires aux éditions Glyphe, Les dames baroques aux éditions du Riez, Contes de villes et de fuséesaux éditions Ad Astra...). Comment vis-tu cette évolution ?
SD : Je n'ai pas réellement ressenti d'évolution. Changelins était censé être une nouvelle, à la base, et s'est tellement complexifié que ça a donné un roman. En fait, je crois que l'idée d'écrire un pavé me faisait peur, ça demande beaucoup d'engagement, de la constance, un scénario à toute épreuve... c'est du long terme et j'avais peur de ne pas être à la hauteur. Puis un jour, bien avant Changelins, je me suis aperçue que j'avais écrit plusieurs nouvelles traitant du même univers et parlant de personnages parents. J'en ai fait un recueil, qui a finalement évolué en roman. Il n'a toujours pas été publié (mais je ne désespère pas), mais ça m'a désinhibée du roman parce que j'ai réalisé que sans le vouloir vraiment, j'avais écrit un pavé. Depuis, je crois que je préfère ça ! De toute façon, j'ai toujours été très prolixe et le principal problème que je rencontre dans mes nouvelles, c'est de les maintenir justement au format de nouvelles, donc passer au roman s'est fait naturellement une fois que l'idée était assumée.
N : Donc tu n'avais pas prévu au départ de faire de Changelins une série ?
SD : Au début, je voulais en faire une nouvelle, mais quand j'ai vu la taille de "l'introduction" et tout ce que j'avais encore comme idée, alors oui, je suis passée directement du stade "nouvelle" au concept de "série".
N : Pourquoi ce titre, Changelins? Syrine serait-elle une enfant des fées élevée par des humains ?
SD : Pour le moment, il n'y a pas de fées ni d'elfes dans Changelins, mais c'est vrai que je suis partie de cette idée. J'ai essayé de donner une nouvelle vision des changelins en l'adaptant à notre société et à cet univers. Syrine a été élevée par des humains, mais elle se découvre des capacités qui ne sont pas humaines, et elle ne se sent pas à sa place parmi les hommes. D'ailleurs, elle est aux prises avec l'Ancienne, une entité qui n'est pas humaine non plus et avec laquelle elle va se découvrir un lien.
On en découvre plus dans le tome 2, mais sans dire qu'elle est une enfant des fées, il est clair qu'elle a une ascendance particulière et qu'elle est à la frontière des mondes, comme les changelins traditionnels.
N : Dans Bit-lit !, tu dis que la bit-lit française n'existe pas. Pourtant, dans ma petite tête, Changelins appartient clairement à ce genre... même si l'action ne se situe pas dans un contexte anglo-saxon, que tu fais une part plus discrète à la romance, et que tu multiplies les références à d'autres genres, notamment aux comics. L'irruption du fantastique dans la réalité, le sang, les morsures, tout ça mêlé au quotidien d'une héroïne très proche de nous, qui se débat avec sa colère, sa douleur, ses peurs, ses sentiments exacerbés... Tout ça colle pour moi vraiment à la bit-lit. Tu n'es pas d'accord ?
SD : Si, si... le problème, c'est que je n'ai pas conçu Changelins comme étant de la bit-lit, donc j'ai du mal à coller cette étiquette dessus. En plus, dans Bit-lit !, je n'allais quand même pas parler de mes propres écrits, ça ferait vraiment auteur égocentrique ! Je crois que Changelins contient en effet beaucoup d'éléments bit-lit, on ne peut pas baigner dans un genre sans être influencé. Mais il s'en démarque par de nombreux autres côtés. Par exemple, il n'y a aucun élément romantique, que ce soit du sexe, de l'histoire d'amour, de la romance, rien n'évoque Twilight, pas plus qu'Anita Blake. Et le côté policier, avec une enquête et une lutte contre des méchants qui veulent dominer le monde (ou semer le chaos) n'est que très schématisé. Je pense que Changelinsse rapproche plus de la fantasy urbaine que de la bit-lit. Mais comme la bit-lit est issue de la fantasy urbaine, on pourrait dire que Changelins est un petit frère de la bit-lit. Ou un cousin germain.
N : Ton style est très visuel. Es-tu attirée par une mise en forme de Changelins en bd ?
SD : Ce serait bien... j'adorerais ! Plein de gens m'ont posé la question, mais pour le moment, personne ne s'est proposé pour me faire de beaux dessins. Je dois vraiment avoir la réputation d'une auteur caractérielle qui dévorerait tout cru le pauvre dessinateur ! Mais ça me ferait vraiment plaisir, pourtant !
N : L'appel est lancé... :)
Dans ton roman, tu places Syrine dans des lieux que tu sembles bien connaître. Qu'est-ce qui a ta préférence : retranscrire l'atmosphère de lieux que tu as déjà visités ou en inventer d'autres de toute pièce ?
SD : Quand ce sont des endroits qui existent dans notre univers, je préfère les avoir visités. Une photo ou un guide touristique ne remplacera jamais le ressenti, le vécu et les petites anecdotes. Mais quand ce sont des endroits imaginaires, je fais l'inverse : j'essaie de les doter d'une apparence d'endroits réels, même si je n'y suis jamais allée, pour qu'ils évoquent quand même quelque chose au lecteur. Tout en y rajoutant une touche d'exotisme "alien".
N : Dis-nous... à partir de quand peut-on espérer lire la suite des aventures de Syrine ?
SD : Très bientôt ! Je suis en plein dedans et les idées se bousculent ! Je ne peux pas donner de date, tout dépendra ensuite de l'éditeur, mais ma partie, l'écriture, avance vraiment rapidement, j'ai passé le cap qui m'angoissait la semaine dernière (une scène difficile à écrire) et maintenant, ça roule comme sur des rails ! Ca roule même de façon un peu trop productive, j'ai déjà écrit un truc énorme, et je n'en suis pas encore à la moitié du synopsis !
N : La bit-lit - terme qui, nous apprends-tu, a été inventé en France - est un phénomène éditorial assez récent dans notre pays. J'ai donc été impressionnée par le recul que tu réussis à prendre sur le sujet. Alors dis-nous, comment est venue l'idée d'écrire sur la bit-lit ?
SD : Au début, ça a été une plaisanterie entre André-François Ruaud (le "berger en chef" des Moutons Electriques) et moi. J'adore les essais des Moutons et j'insistais pour qu'il en sorte un sur Buffy. L'idée le tentait, mais il m'a dit qu'il préfèrerait que ce soit sur la bit-lit en général, le genre le plus proche de Buffy, et comme il savait que j'adorais ça (j'en lis depuis très longtemps, surtout en VO), il m'a dit que si je voulais un essai sur le thème, je n'avais qu'à l'écrire. J'ai un peu ricané. C'était avant Noël, j'ai dit que j'y réfléchirai... et Noël est passé. Début janvier, il m'a demandé si j'avais pensé à un sommaire, et là, j'ai réalisé qu'il était tout à fait sérieux et j'ai commencé à paniquer. J'ai ressorti tous mes bouquins, j'ai noté des idées sur un bout de papier (en fait, un fichier sur ordi), et un mois après le projet était lancé avec un sommaire et beaucoup de signes !
Je ne remercierai jamais assez André d'avoir insisté pour que cette "idée en l'air" se concrétise !
N : Pour ton essai, d'autres auteurs t'ont apporté leur concours. Comment s'est passée la collaboration ?
SD : Ca s'est très bien passé, tout naturellement. C'était la première fois que je ne bossais pas toute seule dans mon coin (la première fois que j'écrivais un essai aussi), et les auteurs qui ont travaillé avec moi sur le sujet étaient déjà des vétérans dans le genre, ils m'ont beaucoup aidée.
N : Tu y fais un parallèle qui m'a beaucoup frappée entre la bit-lit et les romans de Jane Austen. Je dis frappée, parce que je n'avais jamais fait le rapprochement, mais c'est vrai qu'en général, quand on aime la bit-lit, on aime Jane Austen. Pour ceux qui n'ont pas lu l'essai, pourrais-tu nous expliquer ce parallèle ?
SD : Déjà, les points communs les plus frappants, c'est le côté féminin, voire féministe : dans Jane Austen, on parle principalement d'héroïnes, de femmes qui racontent elles-mêmes leur histoire, aux prises avec une société qui ne leur offre pas la possibilité de développer leur potentiel. Ensuite, il y a la critique de la société. La bit-lit comme les romans de Jane Austen montrent toujours un contexte où les comportements divergents sont réprouvés et où les héroïnes doivent se battre pour faire valoir leurs droits. Ça a aussi été le cas de la vie même de Jane Austen. Quand elle parlait du mariage pour les femmes, des problèmes de dot et de la nécessité de trouver un mari, elle parlait de son propre cas et de la frustration qui en découlait. Puis il y a la description de l'époque : c'est toujours des histoires contemporaines à l'auteur, qui décrit son quotidien, son environnement et son époque, dans tout son côté prosaïque. Les histoires d'amour (contrariées) sont omniprésentes dans les deux genres. Sans parler du faible de Jane Austen pour les romans gothiques, qu'elle a parodié dans Northanger Abbey, qui étaient à la mode à son époque, et que la bit-lit utilise aussi sous la forme du fantastique.
Il faudrait poser plutôt la question à Isabelle Ballester, qui est la véritable spécialiste du genre (c'est elle qui a écrit l'article sur Jane Austen dans Bit-lit !. Et elle a aussi écrit un essai sur cet auteur aux Moutons Electriques). Moi, je ne suis qu'une fervente lectrice bavarde.
N : Est-ce que tu as pris plaisir à écrire cet essai ? C'est, j'imagine, une forme qui nécessite plus de documentation que la fiction ; quelles sont les autres différences ?
SD : Le stress ? La conscience aiguë de ne pas être diplômée de lettres et de plonger à l'aveuglette dans un puits sans fond de problèmes ?
En fait, Bit-lit ! a été une grande aventure. C'était ma première commande, mon premier essai, mon premier travail d'équipe, puisqu'il a fallu organiser la collaboration avec d'autres participants. La documentation... ça n'a pas été le plus dur, je lis de la bit-lit depuis des années. Mais organiser tout ça, définir un axe, et surtout, écrire de façon plus méthodique, le tout dans un délai très serré (pour moi), ça a été une grande période de remise en question (et de crises existentielles quotidiennes !)...
Mais au final, quelle fierté ! Et oui, a posteriori, quel plaisir d'avoir relevé le défi et d'être parvenue à tenir les promesses ! Je ne pensais pas y arriver (merci d'ailleurs à André et Julien et mon chéri d'avoir su me ramasser à la petite cuillère à chaque fois que j'ai pensé jeter l'éponge) mais maintenant que c'est fait, je repense aux bons moments, aux phases d'écriture où tout coulait de source, aux séances photo, à la joie d'avoir bouclé une partie... c'était vraiment gratifiant !
N : Es-tu prête à renouveler l'expérience sur d'autres sujets ?
SD : Projet en cours ! Enfin, projet en cours de conception, je me donne un petit délai pour passer à la phase écriture, il faut d'abord que je termine le tome 2 de Changelins !
N : Tu nous présentes dans Bit-lit ! un beau panel d'oeuvres mettant en scène les créatures de la nuit. Dis-nous, pour quel vampire as-tu un petit faible ?
SD : Allez, je vais frapper un grand coup : Eric Northmann, dans True Blood ! J'adore l'acteur Alexander Skarsgard, et le personnage dans les romans est tout aussi séduisant et fascinant. Dans le même genre, je suis accro à Spike dans Buffy. Ce qui est bizarre, c'est que dans la réalité, je préfère les bruns ténébreux (de préférence les musiciens, pas vrai, chéri ?) plutôt que les beaux blondinets. Ça doit être le côté voyou...
Et en littérature, un vampirature favori...
Bones, dans la série Chasseuse de la nuit. Encore un blond (décoloré) voyou, motard, avec en plus l'accent et l'humour anglais (comme Spike).
N : Quels sont tes projets littéraires ? Maintenant que te voilà romancière, peut-on espérer te retrouver dans des anthologies ?
SD : Bien sûr ! Il va y avoir une anthologie aux éditions CDS, dirigée par Charlotte Bousquet, et deux autres chez Argemmios, dirigées par Nathalie Dau. J'ai d'autres nouvelles en soumission en ce moment, mais c'est vrai que j'ai plus de mal à écrire des nouvelles pour des appels à texte quand j'ai un roman en cours. Sinon, j'ai un joli texte (je ne dis pas ça pour me vanter mais parce que j'éprouve beaucoup d'affection pour cette nouvelle) qui va bientôt sortir dans le fanzine "Eclats de rêves", et un autre dans le prochain "Chemins de Traverses", un texte qui se déroule dans le désert, et dans le même univers que le premier roman que j'ai écrit et qui n'a jamais été publié. Comme il est toujours en soumission chez quelques éditeurs, je garde espoir que quelqu'un l'adoptera un jour...
Et sinon, hé bien, les projets du moment : Changelins 2, 360 000 signes au compteur et encore beaucoup de choses à dire, et un nouvel essai après ! Et plein d'idées pour des romans, des nouvelles, des romans graphiques, des sketches de théâtre... je manque de temps !
N : Merci Sophie pour m'avoir accordé un peu de ton temps précieux ! Le mot de la fin est pour toi...
SD : ... et comme pour la présentation, je sèche ! C'est horrible !
Bon allez, je me lance. Le mot de la fin : merci !








