Les lectures de Naolou

18 mai 2011

Le caveau de famille

41EAB1SYcPL__SL200Le caveau de famille - Katarina Mazetti
Editions Gaïa
2011, 237 pages
20 €

Résumé éditeur

Après l’immense succès du Mec de la tombe d’à côté, nous sommes des centaines de milliers de lecteurs à nous demander ce qu’il advient de Désirée, la bibliothécaire, et de Benny, le paysan. Elle dévore avec autant d’ardeur les livres et les produits bio, lui élève des vaches et n’imagine pas qu’on puisse lire « de son plein gré ». Pourtant, ils se sont promis trois essais pour avoir un enfant ensemble. Si cela ne donne rien, c’est terminé pour toujours. Et si ça marche… Comme le disait un critique littéraire suédois : « Le quotidien tue l’amour, la vie de famille l’enterre. » C’est gai. Bienvenue dans le caveau de famille ! Pétillant et jubilatoire.

Mon avis

J'étais tombée sous le charme du Mec de la tombe d'à côté, et je me réjouissais de savoir comment allait évoluer l'histoire d'amour entre Désirée et Benny. Je m'attendais à me réjouir et à rire à leurs côtés. Peut-être mes souvenirs me jouent-ils des tours... Le mec de la tombe d'à côté était-il aussi grinçant ? "Pétillant et jubilatoire" vante la quatrième de couverture... Pétillant oui - à supposer que l'acide pétille -, mais jubilatoire, c'est une blague ? Je ne veux pas trop en dire, mais l'évolution des relations entre Désirée et Benny m'a donné plus souvent envie de pleurer que de rire. J'étais bien contente de refermer ce livre finalement, parce que la vision du couple qu'il contient me donne envie de tout, sauf de sourire. Je n'ai pas du tout, mais alors pas du tout adhéré. Je suis la première surprise...

Posté par naolou à 11:01 - Inclassable - Commentaires [4] - Rétroliens [0]
Tags :


12 mai 2011

La septième vague

51sS_bCdi_L__SL200La septième vague - Daniel Glattauer
Editions Grasset
2011, 352 pages
18 €

C'est la suite de Quand souffle le vent du nord...

Résumé éditeur

Leo Leike était à Boston en exil, le voici qui revient. Il y fuyait la romance épistolaire qui l'unissait en esprit avec Emmi. Elle reposait sur trois principes : pas de rencontres, pas de chair, pas d'avenir. Faut-il mettre un terme à une histoire d'amour où l'on ne connaît pas le visage de l'autre ? Où l'on rêve de tous les possibles ? Où l'on brûle pour un(e) inconnu(e) ? Où les caresses sont interdites ?

Mon avis

J'étais sceptique... La fin de Quand souffle le vent du nord m'avait semblée parfaite, même si elle m'avait serrée la gorge, et je n'avais pas envie de gâcher cette excellente impression. Mes doutes ont été balayés dès que j'ai eu le livre entre les mains. Aussitôt catalogué, aussitôt emprunté, et aussi commencé, aussitôt fini ! J'ai retrouvé Emmi et Leo comme si je ne les avais quittés. Exactement la même forme (des échanges de mails). On recommence quelques mois après le dernier mail de Leo. Toujours aussi drôle, émouvant, juste, beau, ah je craque, ces bouquins sont tout simplement merveilleux :) Je suis tombée amoureuse de ce couple je crois !

Daniel Glattauer réveille mon côté fleur bleue, et me réconcilie avec le roman d'amour. J'en ai mis plein dans ma LAL urgente :)

Posté par naolou à 12:27 - Inclassable - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
Tags :

01 février 2011

Petite soeur, mon amour

41F1Ak2BMrL__SL300Petite soeur, mon amour : L'histoire intime de Skyler Rampike - Joyce Carol Oates
Editions Philippe Rey
2010, 666 pages
24 €

Résumé

Petite soeur, mon amour, c'est l'histoire de la famille Rampike racontée par Skyler, le fils aîné. Cette famille se compose de Bix, le père, financier aux dents longues - au sens propre comme au figuré - et au charisme époustoufflant ; Betsey, la mère, blonde plantureuse et dépressive, arriviste forcenée ; Skyler, le fils aîné, qui tente désespérément de se faire aimer de ses deux bargeots de parents ; et enfin Bliss, née Edna Louise, petite patineuse prodige, qui mourra assassinée quelques jours avant son septième anniversaire dans la maison familiale. Mais par qui ?

Pour dresser le portrait de cette famille dysfonctionnelle, Joyce Carol s'est inspirée librement de l'histoire de JonBenet Ramsey, mini-miss de beauté, assassinée dans sa maison le soir de Noël 1996. Elle avait six ans. L'affaire n'a jamais été résolue. Joyce Carol Oates prend le parti, dans ce roman, d'en dénouer tous les fils.

Mon avis

Dévasteur. C'est le mot qui me vient à l'esprit après avoir refermé ce livre.

Un roman très dérangeant, d'abord parce qu'il s'inspire d'une histoire vécue. Je ne sais pas si tous les lecteurs ont eu envie, comme moi, de "googleliser" JonBennet Ramsey au cours de la lecture... Je l'ai fait - et j'ai honte - et ça m'a glacée de voir les photos de cette famille. S'ils sont tous - hormis Bliss - assez différents physiquement des personnages décrits dans le roman, leur image s'est mélangée au portrait mental que je me faisais d'eux pendant la lecture, au point de ne plus arriver à distinguer le vrai du faux. Bizarre promenade dans le "cyber-cloaque" comme le nomme si bien Skyler (Rampike, pas Ramsey - vous voyez comme on s'y perd ?), où les photos de la famille au temps du "bonheur" côtoient celles du corps de Bliss, étendu dans la cave, couvert d'une serviette éponge...

Comme je le disais dans le résumé, c'est Skyler qui prend la plume pour raconter l'histoire de sa petite soeur adorée/détestée - un Skyler dévasté par la tristesse et la culbalité (coupable de quoi ? on l'apprendra au fil des pages). Il y parle de sa soeur, forcément, tout tourne même autour de ça, mais il nous offre aussi une vue d'ensemble de la famille. Si évidemment, tout tourne autour du meurtre de Bliss, son frère remonte le temps jusqu'aux années où il était enfant unique dans la famille Rampike et dissèque les conséquences dramatiques de l'évènement sur sa santé mentale déjà fragilisée par un environnement instable. S'il allait déjà mal avant le meurtre de sa soeur - on a d'ailleurs l'impression qu'il n'a jamais été heureux, rongé qu'il était par le désir vain de se faire aimer par ses parents, terrorisé par l'idée fixe que quelque chose de mal allait arriver à sa famille -, son esprit semble s'être bloqué cette fameuse nuit, et les appels au secours de Bliss, dix ans après, résonnent encore dans son esprit.

Skyler expose les faits, en boucle, en désordre, les examine et les rééxamine encore, tente de faire lumière, grâce à son intelligence d'adulte, sur tout ce qui lui a échappé quand il était enfant. La construction est donc vraiment décousue, les notes de bas de page se multiplient. C'est très déroutant pour le lecteur, mais ça permet d'entrer profondément dans l'esprit malade du narrateur. Ce récit a pour Skyler valeur cathartique. C'est d'ailleurs un prêtre qui lui a conseillé de s'astreindre à le rédiger pour y voir plus clair. Mais il ne veut pas seulement avoir moins mal : il lui faut également découvrir la vérité. Voilà pourquoi il écrit : il sait que cette vérité est cachée au fond, tout au fond de lui-même. Que le lecteur ne désespère pas : l'annonce de cette vérité viendra finalement. Une vérité ignoble, même si elle n'est pas vraiment une surprise.

J'ai utilisé le mot "dévastateur" au début de mon avis. Dévastateur, parce que Petite soeur, mon amour parle de ce qui se passe derrière les portes fermées... Une famille idyllique, des parents beaux, riches, intelligents, et des enfants qui ressemblent à des anges - voilà pour la façade. Mais dans l'intimité, c'est, comme le dit si bien la quatrième de couverture, "l'horreur ordinaire". Le père absent, macho, fou de ses enfants et de sa femme mais méprisant, convaincu de sa supériorité, incapable de vivre sans séduire, et donc condamné à se sentir étouffé dans son foyer ; la mère bipolaire, tantôt étouffante, tantôt désespérément absente, même quand elle est là. Elle utilise à merveille le chantage affective, est la reine des petites phrases et des comportements destructeurs. Une mère au pouvoir dévastateur, prête à tout pour réussir, pour s'accomplir, même si elle doit pour ça écraser ses enfants.

A travers le portrait de cette famille se dessine une Amérique qui fait froid dans le dos. Une Amérique des banlieux aisées, où l'argent et les relations servent à colmater les fêlures, où l'on se bourre dès le plus jeune âge d'anti-dépresseurs, somnifères et autres régulateurs d'humeur. Une Amérique où l'on a tout, mais où rien ne suffit jamais à apaiser les blessures de l'âme.

Drôle de de monde, drôle de famille, dépeints dans ce roman diablement intelligent mais difficile à lire.

Posté par naolou à 08:08 - Inclassable - Commentaires [4] - Rétroliens [0]

21 décembre 2010

Menteuse

MenteuseMenteuse - Justine Larbalestier
Editions Gallimard Jeunesse
2010, 312 pages
13,50 €

Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire.

Résumé

"Inventer des bobards, c'est une chose ; quand c'est eux qui te réinventent, c'est une autre affaire."

Micah est une menteuse. Elle l'avoue sans problèmes : elle ment à tout le monde, à ses parents, à ses profs, à ses camarades de classe, à son petit ami. Elle ment à tous, excepté à nous, lecteurs. C'est du moins son intention : nous raconter la vérité, la vraie, sans tromperie et sans fard. Mais une menteuse est une menteuse, alors comment dêméler le vrai du faux dans son discours ? Micah est pleine de bonnes intentions, pourtant. Ses mensonges lui pèsent, elle voudrait s'en défaire. Mais le problème, c'est quand la réalité est plus compliquée encore...

Impossible d'en révéler plus sur l'intrigue au risque de vous gâcher la découverte.

Mon avis

Ce livre m'a interpelée dès sa sortie : la belle jeune fille aux yeux étranges sur la couverture y était pour beaucoup ; le titre également, Menteuse, qui peut vouloir tout et rien dire à la fois. La quatrième de couverture, énigmatique, a achevé d'aiguiser ma curiosité. J'étais méfiante pourtant, parce que tout ça pouvait préfigurer du meilleur comme du pire. Eh bien, autant le dire tout de suite, c'est le meilleur qui l'emporte dans ce roman, et haut la main !

Le postulat de départ est intéressant : la personne qui nous parle et nous raconte son histoire est une mythomane, une vraie. Pourtant, à nous, elle jure de dire toute la vérité et rien que la vérité. Bien sûr, ça va être plus compliqué que ça. Rien que les titres des trois parties - "Où je dis la vérité" ; "Où je dis la vraie vérité" ; "La vérité authentique et véritable" - nous indiquent qu'on a intérêt à garder tout au long de la lecture les yeux grand ouverts et l'esprit bien aiguisé. Le doute a beau être présent, il n'empêche qu'on se fait avoir sur toute la ligne. Micah, c'est sûr, nous mène par le bout du nez, égrainant patiemment et avec habilité les vraies et fausses révélations. L'empathie pour ce personnage est telle qu'on brûle vraiment de lui faire confiance. J'ai parfois ressenti ses mensonges comme une presque trahison à mon égard - signe que ce livre fonctionne vraiment ! La construction est parfaite, donc, à la fois complexe et claire. Elle entretient le suspense et embrouille le lecteur sans le perdre. Les titres des chapitres, très explicites - "Avant" ; "Après" ; "Mon histoire à moi" ; "L'histoire de ma famille" - permettent de suivre Micah sans peine dans ses multiples digressions et retours en arrière. Le tout forme un puzzle complexe, à l'image de la vie et de l'esprit compliqués de la jeune fille. Chaque révélation y trouve sa place et une fois terminé, on a envie de relire ce livre du début à la fin pour tenter de voir où Micah aurait pu - encore - nous abuser sans qu'on en ait conscience.

J'ai adoré le style de ce livre. Ce n'est certes pas une écriture élégante. Le ton est irrévérencieux, nerveux, les phrases tourmentées, sèches, la grammaire tordue. Le tout retranscrit à merveille l'état d'esprit tourmenté de l'adolescente. Comme je le disais plus haut, Micah est vraiment un personnage fascinant, tout à la fois inquiétante et attachante, sincère et malhonnête, intelligente et immature. On a l'impression qu'elle lit dans nos pensées : combien de fois me suis-je faite surprendre par une de ses phrases ("Vous vous demandez si on couchait ensemble, hein ?"), comme si cette narratrice avait tous les pouvoirs, y compris celui de lire dans nos pensées ?

Menteuse est vraiment un excellent roman, à tout point de vue. Le mystère est si bien entretenu d'un bout à l'autre qu'on peut finalement y voir ce qu'on veut : roman policier, histoire d'amour, roman fantastique ? Seule Micah détient la vérité, la vraie vérité, mais en est-elle seulement consciente ?

Posté par naolou à 18:30 - Inclassable - Commentaires [4] - Rétroliens [0]


  1