Les lectures de Naolou

12 avril 2011

Dans la nuit brune

51HLw_Nd05L__SL200Dans la nuit brune - Agnès Desarthe
Editions de l'Olivier
2010, 210 pages
18 €

"Interdiction de se souvenir, scande Jérôme, comme s'il lisait cette formule sur le mur de la cuisine, et, soudain, il ne sait pourquoi, il éprouve le soulagement de celui qui s'est concocté une devise. Interdiction de se souvenir de ce qui blesse, de ce qui gêne. Car si on s'en souvient, on y pense, on en parle, on pose des questions et ça revient, ça rôde, comme un spectre."

Résumé

Jérôme se satisfait de sa petite vie sans histoires. Cinquante ans, divorcé, agent immobilier, il vit avec Marina, sa fille adolescente. Mais l'amoureux de Marina vient de mourir, victime d'un accident de moto. La jeune fille est dévastée, et Jérôme, qui se voyait en père jusqu'ici plutôt efficace, se trouve complètement désemparé devant l'ampleur de ce chagrin. Le désordre s'installe peu à peu dans sa vie. Soudain Jérôme se met à penser à tout ce qui fait sa vie, ou son absence de vie : un boulot ennuyeux, un mariage sans passion, et bien avant ça, sa drôle d'enfance. Il est un enfant trouvé par ses parents adoptifs alors qu'il errait dans la forêt. Il ne sait rien de ses premières années ni de ses origines, et se trouve forcé d'admettre qu'il ne sait pas grand chose de plus de la personne qu'il est devenu aujourd'hui.

Mon avis

Je n'ai fait qu'une bouchée de ce petit livre, et il m'a tellement plu que je me trouve bien embêtée au moment de rédiger ce billet. Voilà un livre que j'ai lu stylo en main, et que j'aurais griffonné en long en large et en travers s'il m'avait appartenu. Chacune de ses phrases ou presque est un petit bijou de justesse, de vérité et d'émotion. La plume d'Agnès Desarthe est sinueuse, un peu désordonnée, très intuitive, à l'image des flots de pensées qui assaillent son personnage, lequel se met d'ailleurs à vivre carnet et crayon à la main pour noter ce qui lui passe par la tête. Les phrases sont longues et comprennent souvent plusieurs idées entre la majuscule et le point. On a l'impression d'une suite de petits riens : petites pensées, petits souvenirs, petites émotions, petites impressions, qui forment pourtant un tout plein de sens.

L'intrigue est pareille : une sucession de petits riens qui, une fois le livre terminé, devient un tout très cohérent. C'est souvent triste, mais la fin est pleine d'espoir. J'ai parfois eu l'impression d'être dans un conte de fées, même si je me demande un peu à quoi ça tient : les personnages secondaires énigmatiques, qui semblent tous avoir un rôle bien précis à jouer dans le destin des personnages ? l'omniprésence de la nuit, de la forêt, de la terre, du vent ? Je n'en sais trop rien, mais l'atmosphère est très particulière, symbolique, empreinte de la magie des contes.

Bref, un très très beau livre, qui me laisse toute retournée, la gorge serrée, et me donne envie de découvrir d'autres écrits d'Agnès Desarthe.

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17 octobre 2010

Apocalypse bébé

virginie_depsentes_apocalypse_bebe_coverApocalypse bébé - Virginie Despentes
Editions Grasset
2010, 342 pages
19 €

Je remercie les éditions Grasset et PriceMinister pour ce partenariat.

"Je suis la peste, le choléra, la grippe aviaire et la bombe A. Je suis la merde dans tes yeux [...]"

Résumé

Lucie travaille pour une agence de détectives privés - un boulot mal payé et bien moins exitant qu'il n'y paraît. Son affaire du moment, c'est de suivre Valentine, une ado hyperactive et paumée, pour le compte de sa grand-mère. Jusqu'ici, tout va bien. Seulement un matin, au terme de plusieurs semaines de filature plutôt tranquilles, Valentine disparaît... Sommée par la famille de retrouver au plus vite l'adolescente, Lucie n'a pas la plus petite idée de l'endroit où la chercher. Elle sollicite l'aide de La Hyène, une femme au charme magnétique et dangereux précédée par une réputation ravageuse. Toutes deux se lancent sur les traces de Valentine, sans se douter de l'engrenage dans lequel elles viennent de mettre le doigt.

Mon avis

Ouch.

Comme toutes les fois où j'ai ouvert un livre de Virginie Despentes, le démarrage a été difficile. Son style abrupte, sauvage, sans concession, m'a sauté au visage dès les premières lignes. J'ai ressenti ses phrases comme une agression - le fait de retrouver les mots "chienne" et "salope" à presque chaque page y est pour beaucoup. J'avais oublié qu'il faut aborder les livres de cet auteur l'esprit grand ouvert, et accepter de s'en prendre plein la figure. C'est brutal, pour le moins, mais le talent y est. Une fois tombées les barrières, on ne peut que suivre Virginie Despentes dans ses intrigues sans espoir, sur les traces de ses personnages déphasés. Car l'auteur ne les épargne pas plus que son lecteur : elle traite les uns comme les autres avec un mélange détonnant de cruauté et de tendresse brusque. Le regard qu'elle porte sur la société et les gens est aigü, dur, mais d'une grande justesse. Dans Apocalypse bébé comme dans Les jolies choses, la violence explose, mais elle n'est pas gratuite. Tout cela a beau être de la fiction, l'auteur n'invente rien : cette brutalité, cette peur, cette laideur, ces destinées à la dérive, on vit dedans, on vit avec - c'est nous. Pour s'en convaincre, il suffit d'ouvrir les yeux, et de regarder.

Construit comme un road-movie, ce roman démarre à pleine vitesse et ne fait qu'accélérer, même quand l'enquête piétine. Virginie Despentes déroule le fil de son intrigue en alternant les points de vue, mais Julie reste le seul personnage à dire "je". N'espérez jamais voir l'auteur panser vos blessures dans un happy-end réconfortant. Chaque incursion dans la tête des uns et des autres nous laisse plus ébranlé que la précédente. Sans même avoir eu le temps de s'en remettre, on continue à courir aux côtés de Julie et La Hyène sur les traces de Valentine, jusqu'au final coup de poing dont, bien sûr, je ne peux rien livrer ici. Sachez juste que cette fin apocalyptique est digne du titre : la violence y explose pour de bon, presque sans raison, dans l'urgence. Dans les derniers chapitres, on est pour de bon dans la peau des personnages : hébété, on ne cherche même plus à expliquer, à comprendre. Ca arrive comme un cauchemar, un cauchemar qui ressemble douloureusement à une certaine réalité.

C'est ce qui est si destabilisant dans Apocalypse bébé : cette férocité, ce désespoir, ces faiblesses, ce pessimisme, ces trahisons, on les condamne, mais on les comprend - on s'y retrouve. Drôle de miroir. Ne comptez pas sur Virginie Despentes pour vous renvoyer le meilleur de vous-même.

Un livre dur donc, mais impossible à oublier.

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25 août 2010

L'antarctique

Deux jeudis de suite que je vous bassine avec les citations de Claire Keegan... Alors aujourd'hui, ce n'est que justice, voici une petite présentation du livre qui me plait tant :

Lantarctique

L'antarctique - Claire Keegan
Editions Sabine Wespieser
2010, 251 pages
21 €

Présentation éditeur

Chaque fois que la femme heureuse en ménage partait, elle se demandait comment ce serait de coucher avec un autre homme.” Dès la première phrase de la nouvelle titre de son recueil, Claire Keegan ferre l’attention de son lecteur. La suite ne le décevra pas.

Mon avis

Ces quinze nouvelles sont inoubliables. Tout en nuances, en soignant les détails, l’auteur dresse le portrait de femmes pleines de paradoxes : elles ont des choix à faire, prennent parfois la décision de commettre petites ou grandes trahisons envers elles-même ou les autres, basculent dans le drame ou dans la tragédie... et pourtant, elles se relèvent et restent maîtresses de leur destinée.

Parfois léger et lumineux, parfois oppressant et angoissant, ce recueil reste toujours juste et beau. Claire Keegan excelle dans l’art de peindre les émotions et de décrire ces femmes au bord du gouffre.

Un très beau recueil empreint de l’atmosphère brumeuse de l’Irlande.

(Je pars en Irlande dans une semaine, ce qui explique peut-être mon obsession...)

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19 juin 2010

Fred et Edie

FredetEdieFred et Edie - Jill Dawson
Éditions Joëlle Losfeld
2001, 262 pages
20,50 €

Extrait (Edie à Fred) : "Ton amour pour moi est neuf, différent, c'est ma vie, et si les choses devaient mal tourner pour nous, j'aurais toujours cette dernière année à me remémorer, en me disant "j'ai vécu". Je n'avais jamais vraiment vécu jusque-là, et je ne vivrai plus jamais après." Edith Thompson, 1922.

 

Présentation éditeur

 

En 1922, à Londres, éclate une affaire qui bouleverse l'Angleterre. Edith Thompson et son amant, Frederick Bywaters, sont convaincus de meurtre sur la personne du mari d'Edith et condamnés à la peine capitale.
Durant le procès, Fred clame l'innocence d'Edie. Elle n'a jamais comploté contre son mari, ni tenté de l'empoisonner, ni incité son amant à le tuer. Pourtant les jurés - neuf hommes et une femme - ne l'entendront pas de cette manière. C'est la femme qu'ils vont juger à travers les lettres d'Edie à Fred. Une femme dynamique qui se moque des conventions. Une femme qui travaille et gagne plus d'argent que son mari. Une femme qui, à vingt-huit ans, n'a toujours pas d'enfants et qui considère que la vie maritale, lorsqu'elle est monotone, ne vaut pas la peine d'être vécue. Une femme qui vit une extraordinaire histoire d'amour avec un homme de sept ans son cadet.
A l'annonce de sa condamnation, une multitude de voix, dont celle de Virginia Woolf, s'éleva pour réclamer la révision du procès et l'abolition de la peine de mort. Malgré une pétition signée par plusieurs centaines de milliers de Britanniques, Fred et Edie seront pendus le 9 janvier 1923. Le bourreau d'Edie se suicidera par la suite. Le directeur et l'aumônier de la prison démissionneront et passeront leur vie à militer contre la peine de mort.

Mon avis

Jill Dawson, poétesse et éditeur anglaise, a fait de ce fait divers tragique un grand et beau roman sur la femme, sa place dans la société et ce à quoi elle aspire.

Edie a donc la parole, tout au long du livre - à peine est-elle interrompue par quelques articles de presse relatant de l'extérieur l'avancée de son procès et par deux lettres seulement de Fred. De sa cellule, elle écrit à Fred (certains morceaux de ses lettres, notamment ceux cités lors du procès, sont véridiques) mais écrit aussi pour elle-même. De souvenirs en digressions, Edie remonte lentement le fil de sa vie, cherche en son passé et en elle-même ce qui a pu l'amener à cette situation désespérée. Son enfance, ses relations avec sa sœur, son mariage malheureux avec Percy, ses avortements, puis sa rencontre avec Fred, et enfin, ce soir dramatique où son amant prend la décision de mettre fin à la vie de celui qui les sépare... le parcours d'Edie est poignant, terrible, mais ordinaire finalement. Car Edie fume, Edie boit, elle veut décider du bon moment pour enfanter, elle veut connaître le plaisir charnel et le bonheur d'être en vie, de se savoir aimée et comprise, et d'aimer en retour - voilà son seul crime. Quelle femme ne se reconnaîtrait pas dans ce portrait-là ?

Comme souvent, voilà que je peine à mettre des mots sur les émotions que j'ai ressenties au cours de ma lecture... :l J'ai toujours été fascinée par les histoires de condamnés à mort : quels que soient les crimes dont ces personnes se sont rendues coupables, comment peut-on infliger à un être humain une telle souffrance ? Comment peut-on lui dire : on va te tuer dans quelques années, quelques mois, quelques jours, tu vas mourir de cette façon, ça se passeraà cet endroit ? Comment peut-on lui dire ça et le laisser enfermer dans une pièce dans laquelle, en pleine santé, il a tout le temps de réfléchir sur le fait que dans quelques années, quelques mois, quelques jours, quelques heures, il ne sera plus... Brr. J'en ai froid dans le dos. Ce genre de livres me fascine donc, mais Fred et Edie est le seul à m'avoir touchée de cette façon. Peut-être parce que  dans cette histoire l'amour vient se mêler à la mort, on peut même dire est à l'origine de la mort.

Fred et Edie est une histoire dure, tragique, terriblement injuste. C'est aussi un livre magnifique, l'histoire d'une femme moderne, intelligente, et d'un amour inconditionnel. Je ne sais pas quoi ajouter ; j'espère seulement que mon billet mal écrit vous donnera quand même envie de découvrir ce livre inoubliable.

Extrait (lettre d'Edie à sa sœur Avis : elle lui parle d'une photo d'elle deux prises avec Fred, son amant et Percy, son mari) : "Quand je me rappelle l'été que nous avons passé à Shanklin, je revois cette photographie prise sur la plage et où nous sommes tous les quatre. (...) J'essaie de ne pas trop y penser, mais cette idée ne me quitte pas : que d'ici une année, sur nous quatre, toi seule seras en mesure de regarder à nouveau cette photographie. Tu sais ce que je veux dire, Avis. C'est un peu comme ces tubes de verre remplis de sable coloré. Sauf qu'il ne resterait plus qu'une couche et que toutes les autres auraient disparu sans laisser de trace. Et cette unique couche serait sans intérêt, perdue, cassée... perplexe, à tenter d'exister sans les autres. (...) Je ne te demande qu'une chose. Je ne la demande à personne d'autre d'ailleurs, même pas à Dieu, parce que c'est inutile, mais je te la demande à toi, Avis. S'il te plaît pardonne-moi pour tout, si tu peux trouver en ton cœur la force pour le faire."

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05 juin 2010

Infildèle : histoires de transgression

Infid_leInfidèle : histoires de transgression - Joyce Carol Oates
Éditions Stock, Collection Les mots étrangers
2003, 428 pages
22 €

Résumé

Vingt et une nouvelles et autant de variations sur le thème-fleuve que constitue l’infidélité.

Mon avis

Variété de tons, variété de styles, Joyce Carol Oates signe un recueil marquant ou chaque nouvelle explore un univers bien particulier. Sous le titre Infidèle sont réunies des histoires très différentes. L’auteur y explore le thème attendu de l’adultère, mais pas seulement : elle parle de l’infidélité aux autres - qu’ils soient maris, amants, amis ou membres de la famille - mais aussi et surtout de l’infidélité à soi-même, de nos petits et grands mensonges, et de leur influence sur nos vies... en somme, de la frontière extrêmement fragile qui sépare le bien du mal.

Ce sujet large et passionnant est prétexte à des réflexions sur des questions américaines telles que le port d'armes, la peine de mort, les tueries adolescentes ou la violence policière. Ce dernier thème est évoqué dans Au *PAYS DES FLICS*, la dernière nouvelle du recueil, celle qui m'a le plus marquée et m'a fait froid dans le dos :

Dans un futur proche, un journaliste d'investigations appelé S. participe avec plusieurs collègues à une vaste opération ayant pour but de prouver que les flics se rendent souvent coupables de violence sur les minorités. Déguisés en homosexuel, en SDF ou prostituées, et suivis par des caméras cachées, les journalistes tentent de surprendre ces violences policières. Mais durant toute l'opération et quelles que soient les circonstances, les flics font montre d'un comportement exemplaire. S. est persuadé que l'opération a été truquée et que les flics ont été mis au courant de la présence des caméras. Quelque temps après la diffusion de l'émission, le journaliste se fait arrêter sous un prétexte fallacieux et est conduit au *PAYS DES FLICS*, un endroit étrange, moitié bar, moitié QG de la police, où il est battu, violé et torturé pendant plusieurs jours. Sorti miraculeusement (ou pas ?) de cet enfer, il sombre dans une profonde dépression...

Ce n'est qu'une des nombreuses nouvelles que j'ai adorées dans ce recueil. Sur les 21, seules 3 n'ont pas retenu durablement mon attention. En somme, un très beau livre, cohérent, cruel et dérangeant qui, comme tous ceux de Oates, plonge le lecteur dans des abîmes de réflexion.

Du même auteur, j'ai déjà lu : Mère disparue ; Viol, une histoire d'amour ; Vous ne me connaissez pas.

Du même auteur dans ma LAL : Délicieuses pourritures ; Zombi ; La fille tatouée ; Blonde ; Confession d'un gang de filles ; Hantises : histoires grotesques ; Fille noire, fille blanche.

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16 mai 2010

Quand souffle le vent du nord

Quand_souffle_le_ventQuand souffle le vent du nord - Daniel Glattauer
Editions Grasset
2010, 348 pages
18 €

Résumé

Emmi envoie un mail à Leo, qu'elle ne connait pas, croyant résilier un abonnement à un magazine. Leo lui répond qu'elle s'est trompée d'adresse. Emmi s'excuse. S'ensuit une correspondance de plus en plus fréquente et enflammée entre ces deux personnes qui ne se sont jamais rencontrées. Elle est mariée, lui amoureux d'une autre. A mesure que leurs échanges se font plus intimes, grandit leur peur de se rencontrer et de briser le charme...

Mon avis

Parfois, c'est plus facile de donner son avis sur un livre qu'on n'a pas aimé. Je ne sais jamais quoi dire sur les livres que j'ai adorés, et aujourd'hui, je n'ai pas envie de me fouler.

Donc, j'ai aimé Quand souffle le vent du nord, et je ne sais pas quoi en dire. C'est triste et drôle, rafraîchissant et interrogeant, sensuel et platonique ; ça ne se prend pas au sérieux, et pourtant ça l'est, et ô combien ! ... Bref, ce roman m'a vraiment parlé, même si je ne sais pas quoi en dire !

Je vais donc me contenter de vous proposer quelques extraits :

Leo à Emmi : "Ecrire, c'est comme embrasser, mais sans les lèvres. Ecrire, c'est embrasser avec l'esprit."

Emmi à Leo, s'imaginant ce que pourrait donner leur première rencontre : "Ils se jettent l'un sur l'autre comme des affamés, ne laissent rien de côté, se roulent pendant des heures dans l'appartement. Coupure. Image suivante : il est sur le dos, sur ses lèvres passe un sourire frivole, son regard lascif s'arrête sur le plafond, comme s'il voulait se le faire lui aussi. Elle est allongée avec la tête sur sa poitrine. Satisfaite comme une biche après le passage d'une horde de boucs en rut. (...) Et que se passe-t-il après ? Cela m'intéresse au plus au point : que se passe-t-il après ???"

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22 janvier 2010

Lucky

J'attends avec impatience la sortie de "Lovely Bones" (février 2010 sur les écrans français), l'adaptation cinématographique par Peter Jackson de La nostalgie de l'ange d'Alice Sebold, mon gros coup de coeur en 2003 !

Pour me faire patienter, j'ai décidé d'attaquer la lecture de Lucky, roman autobiographique du même auteur, auquel je n'avais jamais osé me frotter en raison de son sujet difficile : le viol. Quand je dis difficile, je ne veux pas dire que j'avais peur d'être choquée ; je craignais surtout le côté voyeuriste et éventuellement racoleur de la chose. A la lecture, il s'est avéré que je me trompais sur toute la ligne. Je m'explique...

LuckyLucky - Alice Sebold
Nil Editions
2005, 332 pages
19 €

 

Résumé éditeur

Alice Sebold n'a jamais oublié ce jour où elle a cru mourir sous les coups de son violeur. Elle avait dix-huit ans. Contrairement à Susie, son héroïne de La Nostalgie de l'Ange, elle s'en est sortie. Elle a été « chanceuse », lui ont dit les policiers (« lucky » en anglais). Elle raconte ici les cinquante minutes qui ont décidé de sa vie entière.

Ce jour d'horreur, elle a vu dans le regard des enquêteurs qu'on la soupçonnait d'avoir été consentante. Pourquoi, s'est-elle demandé, le viol est-il le seul crime dont la victime est supposée coupable?

Mon avis

Ce qui m'a frappé dans ce livre, et qui me marquera longtemps, c'est qu'il n'épargne rien au lecteur : la description du viol est minutieuse, presque clinique ; les sentiments qui suivent sont remarquablement bien retranscrits, ce qui m'a paru être un véritable tour de force étant donné que l'auteur les a réellement vécus, et a dû ensuite les dépasser. Avec elle, on passe par tous les états : dégoût, culpabilité, terreur, haine, désir de vengeance...

Mais il n'y a là rien qui puisse surprendre dans un livre bien écrit sur le sujet. Là où Alice Sebold frappe plus fort, c'est qu'elle livre une vraie réflexion sur le sujet. Comment peut-on accepter dans nos sociétés que les victimes de viol soit quasiment systématiquement soupçonnées de ne pas s'être suffisamment défendues, voire d'avoir provoqué le viol ou le violeur par une attitude ou des vêtements inappropriés ?

Avec un style simple et efficace qui fait passer le lecteur par toute une palette d'émotions, Alice Sebold nous décrit son parcours de "guérison", du viol au procès et aux années qui ont suivi. Le chemin est long, douloureux, semé de chaos et d'embûches ; on sent que la plaie est encore vive, et que le ton léger adopté parfois par l'auteur est là pour permettre aux lecteurs de garder une certaine distance.

Difficile de décrire clairement tous les sentiments que ce livre m'a inspirés. Disons juste qu'il s'agit d'une oeuvre crue, sans concessions, intelligente et puissante, qui offre un éclairage intéressant sur le roman La nostalgie de l'ange.

Je voudrais aussi ajouter que je reste sans voix devant le courage qu'a dû nécessiter l'écriture d'un tel livre, d'autant que le sujet, comme je l'ai déjà dit, est traité d'une façon remarquablement intelligente et juste.

Si le sujet ne vous rebute pas, c'est à lire.

Du même auteur dans ma LAL : Noir de lune

Posté par naolou à 14:19 - Littérature blanche - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

09 janvier 2010

Le garçon dans la lune

Legar_ondanslaluneLe garçon dans la lune - Kate O'Riordan
Editions Joëlle Losfeld
2008, 273 pages
21 €

"Toutes les vérités étaient peut-être simples, finalement ; le chemin qui y menait était complexe."

Résumé

Sam a sept ans. La nuit, quand il lève les yeux vers le ciel, il voit un petit garçon qui pleure dans la lune. Ses parents, Julia et Brian, s'amusent de tant d'imagination. A la veille de Noël, la famille se prépare pour un séjour en Irlande dans la famille de Brian. Julia appréhende toujours ces visites ; elle se sent mal à l'aise dans la famille de son mari. Ce séjour là sera bien pire que les autres, bien pire que tout ce qu'elle pouvait imaginer. Sam va mourir... Le couple ne survit pas à cette épreuve et se sépare. Contre toutes attentes, Julia décide d'aller faire son deuil  dans la famille si taciturne de son mari... Elle va y découvrir de terribles secrets de famille.

Mon avis

Qu'il est compliqué de parler des livres qui nous ont touché profondément, si profondément qu'on a le sentiment qu'ils ont été écrits pour nous... Pourquoi ce livre m'a-t-il retournée à ce point ?

D'abord parce qu'il se passe en Irlande, un pays que j'apprécie particulièrement. Il faut bien le dire, la brume et la mer, les maisons de pierres et le vent sont propices aux belles histoires...

Ensuite pour la construction : ce livre est façonné comme un suspense, ce qui en fait un redoutable pages-turner ! Une fois ouvert, je n'ai pas pu le lâcher... On frissonne à chaque chapitre dans l'attente d'une révélation. C'est très bien fait.

Et puis surtout, surtout pour l'écriture de Kate O'Riordan. Une écriture sèche et presque clinique qui transmet pourtant une émotion incroyable. L'auteur ne s'arrête jamais à l'aspect extérieur des choses ; elle creuse et fouille, décrit sans complaisance mais avec une grande humanité. Les premiers chapitres du livre, qui s'attardent sur la relation de couple de Julia et Brian, sont d'une incroyable justesse.
L'histoire a beau être dramatique, on ne sombre jamais dans le pathos. Le garçon dans la lune est un roman très dur, mais aussi très lumineux, avec en toile de fond une histoire d'amour complexe et touchante.

Le garçon dans la lune est le premier livre que j'ouvre de Kate O'Riordan. Je suis sûre qu'il ne sera pas le dernier !

Pour la route, un petit extrait bien caustique : "Oh oui, c'était cela l'amour. Un amoncellement au fil des ans, invisible la plupart du temps, mais toujours là, revenant toujours, s'accumulant comme la plaque dentaire. Et tout aussi tenace. Brian ronfla de nouveau, Julia lui donna un coup de coude dans les côtes. Elle s'endormit - satisfaite."

Du même auteur dans ma LAL : Pierres de mémoire

Au menu du prochain billet, mes impressions sur La cave, première lecture de mon Dark side challenge !

Posté par naolou à 10:41 - Littérature blanche - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
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