17 mai 2011
Rivage mortel
La forêt des damnés, tome 2 : Rivage mortel - Carrie Ryan
Editions Gallimard
2011, 522 pages
17,50 €
Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire.
Résumé
Gabry vit une existence qu'on peut qualifier de paisible, bien à l'abri des grilles qui entourent son village de bord de mer. Aimée par sa mère, entourée par ses amis, la jeune fille est amoureuse de Catcher, le frère de sa meilleure amie. Un amour dont elle ignore encore s'il est payé de retour. Mais elle le saura ce soir, parce que son petit groupe d'amis a décidé de franchir la barrière. De l'autre côté de la barrière, il y a les Mudos, des zombies affamés de chair humaine... Mais Gabry n'en a cure. Ce soir, elle voit Catcher, et c'est tout ce qui importe...
La réalité va rattraper les adolescents, évidemment. Les Mudos attaquent leur groupe, et Catcher est mordu. Gabry fuit sans savoir s'il a ou non été infecté...
A la fin de La forêt des damnés, on avait laissé Mary au pied du phare. Elle y vit maintenant en compagnie de Gabry, sa fille adolescente, et malgré ses origines, elle est plutôt bien intégrée à la communauté. Que s'est-il passé pendant toutes ses années ? Qui est le père de Mary ? Voilà ce, qu'entre autre, on va découvrir dans Rivage mortel.
Mon avis
On retrouve bien dans ce second tome l'ambiance post-apocalyptique qui caractérisait le premier, une atmosphère dramatique qui exacerbe les sentiments des personnages. J'ai néanmoins été moins touchée par l'histoire de Gabry que par celle de sa mère. Ce volume est plus pesant, moins subtil, et Gabry n'a pas le charisme de Mary même si on finit par s'y attacher également. Elle s'appesantit trop longuement sur ses ressentis, ses doutes, l'action en pâtit et on s'ennuie un peu trop souvent.
Ca ne m'a pas vraiment empêchée d'apprécier ce livre qui a aussi beaucoup de qualités. La relation de Gabry et de Catcher est touchante. On en apprend aussi plus sur les Mudos, et ils deviennent à la lumière de ces révélations presque plus "humains". Comme dans le premier tome, le manichéisme est totalement absent de l'histoire, ce qui donne aux personnages et aux situations une vraie profondeur. Et puis Rivage mortel réserve quelques bonnes scènes bien gore qui m'ont fait frissonner de peur et de dégoût, ce qui ne m'était pas arrivé je crois dans le premier tome.
En somme, un bon moment de lecture. Je suis moins touchée que lorsque j'avais découvert La forêt des damnés, mais j'ai vraiment hâte de lire la suite.
18 avril 2011
Crescendo
La saga des anges déchus, tome 2 : Crescendo - Becca Fitzpatrick
Editions du Masque, Collection MsK
2011, 376 pages
17 €
Retrouvez ici ma chronique du tome 1, Hush Hush.
Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire.
Résumé
Pour avoir sauvé la vie de Nora - ou en tout cas refusé qu'elle se sacrifie à sa place - Patch est devenu l'ange gardien de la jeune fille. Alors que les sentiments de Nora grandissent, Patch pratique comme toujours la stratégie de l'évitement, jusqu'à la crise. Nora décide de mettre fin à leur relation. Bouleversée par cette rupture et par la mort de son père, qui reste non élucidée, la jeune fille a plus que jamais besoin de soutien, mais elle ne peut plus compter que sur elle-même. Elle décide d'enquêter seule - enfin, plus ou moins, sa meilleure amie Vee n'étant jamais très loin - afin de lever le mystère sur le meurtre de son père.
Mon avis
Voilà un second tome dans lequel l'intrigue a un peu de mal à décoller. Je suis peut-être bouchée, mais je suis toujours dans le flou concernant les anges déchus, les gardiens et les néphilims... C'était déjà le cas dans Hush, Hush ; ici, j'ai toujours autant de mal à comprendre les tenants et les aboutissants des relations entre les uns et les autres. L'auteur n'y mettant pas franchement du sien pour éclairer ma lanterne, j'ai carrément ramé pour tenter de comprendre les conséquences des actes des uns et des autres.
Heureusement, du côté de l'intrigue sentimentale, là, je suis ! Crescendo se joue sur la partition du "je t'aime moi non plus", avec une Nora complètement déprimée, un Patch toujours aussi sexy et tête à claques, une Vee très en forme et une Marcie plus détestable que jamais. Même si j'apprécie beaucoup ces personnages avec leurs qualités et leurs travers, j'ai trouvé ce second tome un peu plus agaçant que le premier. Construire tout un tome sur les premiers émois, les premiers baisers, les premières caresses, ça fonctionnait ; reprendre la même formule pour le second, ça commence à être un peu longuet.
Mais bon. Je dois bien avouer que ça ne m'a pas empêchée de lire Crescendo en deux jours et de trépigner en me demandant si oui ou non, Nora et Patch allaient coucher ensemble (vous l'aurez compris, ce n'est vraiment pas la guéguerre des anges qui accroche mon intérêt dans ces romans). Et puis j'adore les couvertures de cette série, tout comme les titres. Bref, malgré ma mauvaise foi, je me jetterai sur le troisième tome !
09 avril 2011
Métisse
Métisse : une aventure de Sabina Kane - Jaye Wells
Editions Orbit
2011, 2929 pages
14,90 €
Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire.
Résumé
Sabina vient d'assassiner son ami d'enfance. Elle a beau être habituée à la chose (c'est même son métier), la pillule a du mal à passer. Il faut dire qu'elle n'a pas eu le choix : l'ami en question s'est rendu coupable de haute trahison en ralliant le clan de Clovis, qui fomente un complot pour faire cesser le règne des vampires sur les autres créatures magiques. Sabina est elle-même mi-mage mi-vampire. En raison de ce métissage, elle est destinée à effectuer les basses besognes pour le clan des Dominae, dirigée par sa propre grand-mère.
Les Dominae décident de lui confier une nouvelle mission : Sabina devra faire semblant de leur tourner le dos pour infiltrer la garde rapprochée de Clovis, apprendre le nom de ses informateurs, et enfin l'assassiner. Rien de moins. A cette situation déjà compliquée s'ajoutent une mutlitude d'autres "détails" : un inconnu a invoqué un démon pour tuer Sabina et un mage horripilant tourne autour de la vampire sans qu'elle en comprenne les raisons... Bienvenue dans la vie de tous les jours de Sabina Kane !
Mon avis
Autant le dire tout de suite, ce livre vous réserve un bon nombre de fous rires... Le franc-parler de Sabina est tout simplement jouissif. Je me suis retrouvée à pouffer comme une gourde à de si nombreuses reprises que j'ai finalement décidé de finir ma lecture dans un endroit où je n'aurais plus à me retenir d'exploser de rire. C'est le vrai point fort du roman, parce que cet humour permet de s'attacher sans réserves au personnage principal et de compatir devant les complications - toutes plus tirées par les cheveux les unes que les autres - qui viennent lui pourrir la vie.
Du côté de l'intrigue, rien de bien révolutionnaire. On est dans de la pure bit-lit, avec une héroïne au caractère bien trempé, des scènes d'action à chaque chapitre ou presque, de beaux mâles aux dents longues et/ou aux pouvoirs surnaturels qui se disputent les faveurs de la jeune personne susnommée, plus, évidemment, une bonne dose de tension sexuelle. On aime ou pas ; personnellement, j'adore ! Surtout quand, comme c'est le cas ici, le roman ne se prend pas au sérieux, et n'a d'autres ambitions que de vous faire passer un bon moment de lecture. Le pari est réussi, et il me tarde déjà de découvrir la suite des aventures de Sabina Kane.
28 mars 2011
Le jeu de l'ombre
Le jeu de l'ombre - Sire Cédric
Editions le Pré aux Clercs
2011, 475 pages
19 €
Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire (mais surtout pour le plaisir).
Résumé
Malko Swann est un musicien de talent, adulé pour son œuvre, célèbre pour ses frasques et son tempérament séducteur. Il vient de terminer un concert exceptionnel, au terme duquel des milliers de personnes l’ont acclamé. Et pourtant… et pourtant Malko roule, fonce même, le sang bourré d’alcool, le nez de cocaïne, vers le Pont du Diable. Pourquoi ? Et pourquoi si vite ? Il l’ignore lui-même. La musique envahit l’habitacle, le pont se rapproche, Malko est seul, et à cet instant, c’est tout ce qui compte. La chute était inévitable, et elle est vertigineuse…
Malko rouvre les yeux dans un lit d’hôpital. Il a une côte cassée, le visage couvert d’éraflures. Les séquelles physiques sont minimes comparées à la gravité de l’accident, mais il se rend vite compte qu’il souffre d’un traumatisme bien plus dramatique : il ne peut plus entendre la moindre note de musique...
Mon avis
J'ai tout simplement adoré ce bouquin ! Sire Cédric a réussi encore une fois à me surprendre. Vous voulez savoir pourquoi ? Retrouvez ma chronique complète ici.
Des news de l'auteur
Après avoir obtenu le Prix Masterton pour L'enfant des cimetières, le Prix du Polar de Cognac pour De fièvre et de sang, Sire Cédric vient d'être à nouveau récompensé pour son écriture : De fièvre et de sang a obtenu le Prix CinéCinéma Frisson la semaine dernière. Plus d'infos ici.
23 mars 2011
A travers le miroir, Alice
A travers le miroir, Alice - Lewis Carroll & Lostfish
Editions Soleil, Collection Métamorphose
2011, 201 pages
29,50 €
Il fallait absolument que je vous parle de ce livre, lu et chroniqué il y a quelques semaines déjà pour les Chroniques de l'Imaginaire.
Résumé
Alice est revenue du Pays des Merveilles, mais avec elle, le rêve n'est jamais loin. Au cours d'un après-midi oisif où elle s'amuse à converser avec les chatons de Dinah, elle se demande soudain ce qui se passe exactement dans la pièce de l'autre côté du miroir - cette pièce où tout est exactement comme dans la vôtre, mais en inversé... Aussitôt dit, aussitôt fait, Alice grimpe sur la cheminée et passe à travers le miroir.
Mon avis
J'avais lu cette suite d'Alice au Pays des Merveilles il y a plusieurs années, sans rien en retenir ou en penser de particulier. Je n'étais donc pas franchement emballée en commençant cette lecture : si découvrir le travail de Lostfish sur cette histoire m'enthousiasmait, je n'avais pas franchement envie de relire le texte.
Et pourtant... Dès le premier chapitre, la suite des aventures d'Alice m'a aspirée et retenue dans ses filets. C'est bien simple, j'ai savouré ce livre du début à la fin. Cette histoire qui m'avait laissée indifférente lors de ma première lecture m'a passionnée ! Peut-être me fallait-il grandir un peu avant d'apprécier l'humour particulier de Carroll, son amour du non-sens ? Je ne saurais vous décrire exactement ce qui m'a charmée dans cette histoire. Mais le fait de vivre du début à la fin un rêve éveillé - qui peut à tout moment virer au cauchemar - aux côtés d'une Alice à la fois charmante et agaçante y est pour beaucoup.
Je pense également que l'ambiance très particulière qui se dégage des illustrations de Lostfish n'est pas étrangère à mon coup de cœur. C'est la première fois que je lis un livre sur l'univers d'Alice au Pays des Merveilles sans que mon cerveau soit parasité par les images de l'adaptation signée Disney. C'est, à ce jour, le travail que je connais qui me semble le mieux coller à l'univers de Carroll - celui d'Arthur Rackham mis à part, mais on ne peut pas vraiment comparer ces deux artistes. Ici, l'atmosphère est très étrange, presque malsaine parfois. Je pense notamment aux expressions d'Alice : elle semble à la fois boudeuse, fiévreuse, malheureuse, aguicheuse... Ses joues sont roses, ses yeux marqués, ses lèvres humides, elle a à la fois la candeur d'une enfant et les poses d'une courtisane. C'est troublant, subversif, et ça colle parfaitement à l'ambivalence du texte. On n'a même plus le sentiment que le texte a été écrit indépendamment de ces illustrations. C'est comme si Carroll lui-même en était l'auteur ! Incroyable non ?
Pour ne rien gâcher, le livre est enrichi de notes sur la traduction qui permettent de prendre conscience du travail considérable qu'il a fallu à Jacques Papy pour rendre en français toutes les subtilités et les bizarreries qui font le charme du texte original.
Vous l'aurez compris, A travers le miroir est un véritable sans faute, et une merveilleuse occasion de découvrir ou de redécouvrir la suite d'Alice au Pays des Merveilles.
11 mars 2011
Viens plus près
Viens plus près - Sara Gran
Editions Points, Collection Roman noir
2011, 189 pages
6,50 €
Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire.
Résumé
Amanda est une trentenaire qui a la belle vie : un mari qui l'aime, un boulot qui la passionne, un appartement magnifique dont elle a elle-même pensé la décoration. Et pourtant... il doit bien y avoir un pourtant, puisque la jeune femme sage et rangée à laquelle son entourage semble s'être habitué commence à changer. A changer radicalement.
D'abord, il y a les cauchemars. Une femme à la beauté dangereuse, allongée sur au bord d'une mer rouge, écrit son nom dans le sable. Ensuite il y a les bruits suspects dans l'appartement - des bruits qui ne se produisent qu'en présence d'Amanda, et dont elle comme son mari sont incapables de déterminer l'origine. Et puis il y a les actes manqués : rien de bien dramatique au départ, un rouge à lèvres qui finit dans son sac sans être passé par la caisse, ce genre de choses. Au départ... C'est quand surviennent les trous de mémoire, les passages à vide, qu'Amanda commence à s'inquiéter pour de bon : que lui arrive-t-il ? Réalise-t-elle des fantasmes qu'elle ignorait avoir jusqu'ici ? Est-elle possédée ?
Mon avis
Questions rhétoriques, il faut bien le dire, puisque l'ambiance installée dès le début du roman nous fait rapidement pencher vers la seconde option. Comment un thème évoqué des milliers de fois dans la littérature, au cinéma et à la télévision peut-il réussir ici à terroriser le lecteur à ce point, voilà la vraie question que je me pose. Impossible de fermer l'oeil après avoir fini Viens plus près - et apparemment, je ne suis pas la seule : Bret Easton Ellis (l'auteur de American Psycho, rien que ça), fait lui aussi part de son admiration sur la quatrième de couverture. Les auteurs qui parviennent ainsi à instiller la peur me fascinent. Ici, ça tient à de petites choses : une narration à la première personne, un style froid et une esthétique soignée qui rendent encore plus glaçants les récits de cauchemars et d'épisodes délirants. La narratrice n'est pas de celle à qui l'on s'attache au premier abord, tant elle semble dangereuse ; et puis finalement, on la prend en affection pour ne plus jamais l'oublier, peut-être parce qu'elle représente en nous la part sombre qui ne demande qu'à sortir. C'est peut-être là, la force de ce roman : au fond, il n'y est pas tant question de démon, mais plus de l'Autre, cet Autre tout entier constitué d'ombres qui se tapit au fond de nous.
Un livre court et dérangeant, très abouti malgré le nombre de page. J'en tremble encore, et je ne suis pas près d'oublier cette auteure.
07 mars 2011
Interview de Sophie Dabat
Chose promise, chose due...
Je vous en avais parlé en octobre je crois (mieux vaut tard que jamais), voici enfin l'interview de Sophie Dabat. Je la remercie d'avoir un peu de son temps précieux pour ce qui devait être "deux-trois questions", et qui c'est transformé en "interview-fleuve". Et maintenant, la parole à Sophie :
Naolou : Bonjour Sophie ! Merci d'avoir accepté de répondre à mes questions. Peux-tu te présenter aux lecteurs du blog ?
Sophie Dabat : Ouille, ça commence dur ! Une présentation.
Heuuu...
Je m'apelle Sophie Dabat, j'ai 32 ans (re-ouille), les cheveux vaguement rougeâtres, 1m56 et un caractèrede cochon (je préfère dire un caractère affirmé, mais je crois que c'est la même chose).
Je suis architecte de formation, je travaille à mi-temps dans cette branche, et le reste du temps, je suis à mon compte comme lectrice et relectrice, et j'écris pendant le temps qu'il me reste (ou que j'arrive à prendre sur les activités annexes comme manger et dormir).
N : Qu'est-ce qui t'a amenée à l'écriture ?
SD : C'est mon chéri ! Un jour, il en a eu marre de m'entendre tout le temps parler de mes lectures, critiquer les scénarios, raconter ce que j'aurais fait à la place des auteurs, et il m'a dit : "Pourquoi tu n'écris pas tes propres histoires ?". Là-dessus, il est allé se doucher en me laissant réfléchir à la question. Quand il est sorti de la salle de bain, j'avais entamé l'écriture d'un roman (que je n'ai jamais fini), mais surtout, je n'ai jamais arrêté d'écrire depuis.
N : Pourquoi avoir choisi les genres de l'imaginaire ?
SD : Parce que c'est ce que j'aime lire ? Je crois que ça ne va pas chercher plus loin que ça. Et comme j'aime aussi le polar, je m'y suis un peu lancée, et comme j'aime les héroïnes, mes textes regorgent de femmes de caractère !
N : Donc, tu écris ce que tu apprécies en tant que lectrice ?
SD : Oui, j'écris ce que j'aime lire, même si je ne suis pas forcément capable d'écrire dans le style de certains auteurs que j'admire ! Je me suis d'ailleurs mise à lire des nouvelles à partir du jour où j'en ai écrit. Mais ça m'est arrivé de relire ce que j'avais écrit, et de me dégoûter toute seule. J'ai pas mal d'imagination, et les scènes gore m'évoquent des trucs vraiment horribles que je visualise très bien. Surtout les scènes gore avec des animaux. On me fait lire un truc où un chat souffre, et je fonds en larmes. Alors que j'en écris sans problème et même avec jubilation. Mais si je dois relire mon texte, il y aura des pleurs et après, je me précipite sur mes chats pour les asphyxier de câlins parce que j'ai trop peur qu'il leur arrive quelque chose. Ca me fait beaucoup moins d'effet avec les humains. J'ai peur que ça ne veuille dire beaucoup de choses sur mon amour de l'humanité !
N : Y a-t-il un écrivain en particulier qui t'a donné envie d'écrire ?
SD : Oui... Anne McCaffrey et Marion Zimmer Bradley. C'étaient mes deux amours d'adolescentes et je garde pour leurs séries beaucoup d'affection, je les relis toujours avec plaisir. Et sinon, mon premier fantasme d'écrivain, ça a été avec Roald Dahl ! J'aimais tellement ses livres pour enfants que j'avais essayé d'en faire un moi aussi (inutile de préciser que ça n'a jamais dépassé le stade du premier paragraphe).
Et David Eddings, aussi. J'allais oublier. J'ai découvert La Belgariade au collège, et cette aventure bourrée d'humour m'a totalement absorbée pendant des mois. Ca m'a donné envie de vivre ces histoires, puis d'en raconter. Avec ma meilleure amie, on imaginait qui on verrait comme acteurs si l'histoire était portée à l'écran. Il y avait Sean Connery pour faire Belgarath, River Phoenix pour Belgarion... On n'a jamais trouvé d'actrice avec la beauté et la prestance nécessaire pour incarner Polgara la sorcière.
N : Comment décrirais-tu ton univers littéraire ? Sur quels thèmes aimes-tu écrire ?
SD : Une amie m'a dit récemment qu'elle retrouvait souvent les mêmes thèmes dans ce que j'écris, et que c'était à ça qu'elle reconnaissait mes textes même sous pseudo. Alors, elle a repéré le thème de l'adolescence, de l'exclusion, de la différence, de la folie, de la lutte contre l'oppression, un personnage récurrent de grand-mère protectrice. Ca fait déjà beaucoup de thèmes et oui, je crois que je n'ai pour le moment rien écrit qui ne les contienne pas presque tous !
Quant à mon univers littéraire, je crois qu'il est comme moi : moitié mignon, moitié barjo, un peu effrayant et assez porté sur les extrêmes. Je pourrais même dire qu'il est lunatique et toujours prêt à s'envenimer. Après, ça peut s'exprimer différemment suivant les textes, certains sont plus horreur, d'autres plus féeriques et certains penchent carrément vers la fantasy, mais en général, ce sont des univers assez sombres, où les gens sont tourmentés et peuvent très vite plonger vers la folie.
N : Tu es l'auteur de plusieurs dizaines de nouvelles, d'un roman, d'un essai... Dans quelle forme te sens-tu le plus à l'aise ?
SD : J'hésite j'hésite... En fait, à part l'essai, je ne choisis pas réellement quelle forme va prendre un texte. Je suis très prolixe, donc chaque nouvelle a le potentiel de se transformer en pavé. Mais je crois que chaque forme a ses avantages et inconvénients, on ne raconte pas la même chose, de la même manière, suivant la taille que l'on veut donner au texte. Donc je réfléchis, je pense aux éléments que j'ai, au style que je veux donner, et quand je commence à écrire, ça s'oriente automatiquement vers du court ou du long. Avec parfois des surprises... Quant à l'essai, ça a été une course contre la montre et la difficulté a plus été de couper une bonne partie de ce que j'avais écrit que d'en écrire assez. Ca n'a pas été facile, il y a eu beaucoup de stress (par ma propre faute, d'ailleurs), mais je recommencerai avec plaisir !
N : Comment considères-tu l'écriture ? Un loisir, une passion, un besoin ?
SD : Les trois à la fois, c'est possible ? C'est un loisir, mais dont je ne pourrais pas me passer, et qui me passionne. C'est à la fois un exutoire et un délassement.
N : Es-tu superstitieuse par rapport à l'écriture ? Je veux dire, le syndrome de la page blanche, ou l'idée de ne pas réussir à rendre un manuscrit à temps, ce sont des choses qui t'angoissent ?
SD : Page blanche, c'est quoi ? Non, certains vont me maudire en lisant ça, mais je n'ai jamais eu ce problème. Récemment, j'ai échoué à rendre deux textes pour des appels à textes, mais c'était parce que, malgré les idées et l'envie, j'avais un autre projet d'écriture qui me tournait dans la tête et je n'arrivais pas à me concentrer sur autre chose. Donc j'ai fini par abandonner ces deux pauvres nouvelles à leur triste sort d'essais inaboutis pour me recentrer sur mon gros projet du moment et d'un seul coup, les signes se sont enchaînés ! Donc non, l'angoisse de la page blanche, pour moi, c'est plutôt l'angoisse de trouver le temps pour écrire au quotidien !
N : Tu es donc romancière, mais mon petit doigt me dit que tu es également chroniqueuse, correctrice pour les maisons d'éditions, traductrice à tes heures me semble-t-il... et aussi, j'oubliais, employée à mi-temps dans un cabinet d'architecte ! Comment trouves-tu le temps pour tout ça ?
SD : Rrrr.... zzzzz... rrrrr.... zzzz...
Désolée, je rattrape mon retard de sommeil.
Le temps ? Justement, je n'en trouve pas, alors je le prends là où je peux : les pauses déjeuner au bureau me servent à écrire, les samedi matin aussi, les soirées à la maison me permettent de faire mes chroniques, ma demi-heure de lecture au lit chaque soir se transforme souvent en heure, voire plus, de lecture... Et le reste du temps, j'ai un mi-temps d'architecte et un mi-temps de correctrice. Facile, non ?
N : Du coup, à quoi ressemblent tes journées ?
SD : J'essaie d'écrire à peu près 1/2 heure par jour. Mais ce n'est pas régulier, c'est plutôt plus que moins. Si je suis en plein milieu d'un chapitre et que je dois m'arrêter, je vais avoir beaucoup de mal donc dès que j'aurai un petit moment de livre, je m'y remettrai et tant pis pour les corvées ménagères ou le reste ! Et le lendemain, je rattraperai.
En fait, mes journées sont toujours assez aléatoires, je compte plutôt en semaine : le lundi, je suis à l'agence pour toute la journée et je rendre à la maison le soir pour corriger pendant une heure ou écrire. Le mardi, c'est à la maison, donc corrections, traductions, écriture (sans parler de peinture, cuisine, ménage, etc.), le mercredi, c'est le matin à l'agence, l'après-midi à mon compte. Le jeudi est comme le lundi, le vendredi comme le mardi. Et le week end... travaux de la maison (on est en train de rénover), courses, écriture de chroniques, popotte, promenade du chien, nettoyage de la litière des chats, nettoyage de la maison du lapin, écriture, lecture, coups de fil à la famille, sans oublier la sacro-sainte grasse matinée du dimanche matin... bref, la conclusion d'une semaine trépidante !
N : Quand tu commences une histoire, sais-tu précisément où tu vas mener tes personnages, comment tu vas conclure ton intrigue, ou bien les choses se mettent-elles d'elles-mêmes en place, au fur et à mesure ?
SD : Avant, quand j'écrivais une nouvelle, j'avais une idée (vague) de là où je voulais aller, ou je partais d'un thème, d'une image, et je me laissais porter. Puis quand j'ai commencé mon premier roman, je me suis aperçue que pour tenir sur la longueur, il fallait structurer, avoir un synopsis cohérent, et du coup , je me suis mise à faireça pour tout. Maintenant, je suis presque incapable d'écrire si je n'ai pas au moins un schéma des éléments importants de l'histoire.
N : Comment procèdes-tu pour la construction de tes personnages ? Tu leur dresses un profil bien précis avant de te lancer dans l'écriture ? Tu les laisses s'inventer au fur et à mesure ?
SD : Au début, ils sont assez flous, mais avec quelques traits bien définis, comme si c'étaient des personnes que j'avais croisées à une soirée et qui m'avaient marquée. Je ne les connais pas encore, mais je me fais une idée d'eux. Puis après quelques paragraphes où ils interviennent, leurs caractéristiques se précisent et au bout d'un moment, je me sens prête à dresser un portrait complet d'eux, avec tous les détails utiles (ou pas), leurs tics et petites manies, leur physique, bref, tous les éléments qui font d'eux des individus bien précis. Mais il arrive toujours qu'ils me surprennent, ça m'est encore arrivé cette semaine, un des personnages m'a échappé et je n'ai pas réussi à redresser la situation, je vais devoir gérer les conséquences de ses bêtises !
N : Ils sont donc doués d'une vie propre ?
SD : C'est ce que je disais au-dessus ! Même si je définis leurs personnalités, au bout d'un moment, ils finissent par avoir une vie propre et agissent de façon surprenante. Par exemple, un des personnages de Changelins me surprend par sa vulgarité. Je voulais qu'elle soit affirmée, forte en gueule, pratiquement imbuvable, même, mais les bordées de jurons, franchement, je ne les avais pas prévues ! Peut-être que je vais devoir la censurer un peu !
N : As-tu un faible pour un certain type de personnalité ? Préfères-tu partir de la réalité ou imaginer ?
SD : Je ne pars jamais de gens que je connais. Je peux emprunter des anecdotes que des amis m'ont racontées ou que j'ai vécues, je peux, pour rendre une scène, l'implanter dans un endroit réel et y mettre les gens que j'y avais vus... mais uniquement des inconnus. Par exemple, dans Changelins, plusieurs personnes habitant Rennes m'ont dit avoir reconnu un petit couple de maraîchers que l'on voir souvent sur le marché des Lices. C'est normal : c'est eux, parce que dans la réalité, ces gens sont très pittoresques et font partie de l'âme de l'endroit. Mais je ne les connais pas, je ne leur ai jamais acheté de légumes. Je peux juste décrire leurs sourires, leurs produits et le ressenti que j'ai d'eux à distance. Après, pour les personnages principaux, c'est vrai que parfois, je prends un trait de caractère de gens que je connais, ou une partie du physique. Mais uniquement un trait de caractère et pas deux, ou alors, que le physique mais pas le caractère qui va avec, et je change des éléments annexes. Pas plus, je fais un mélange avec différentes personnes qui me rappellent ce personnage. Je détesterais que quelqu'un vienne me voir pour me reprocher de lui avoir donné le personnage du salaud intégral de l'histoire, ou me dise "tiens, je ne pensais pas que tu me voyais comme ça".
N : As-tu l'impression d'utiliser ta propre vie comme matière romanesque ? Est-ce qu'il t'arrive de t'amuser à te cacher derrière certaines situations, certains personnages ?
SD : Oups, démasquée ! Je n'incarne pas mes personnages ni ne me cache derrière eux, par contre, beaucoup de situations viennent de mon vécu. Dans Changelins, le déménagement de Marseille à Rennes, l'impression de déracinement, les doutes sur la folie, l'incompréhension, le sentiment de n'avoir jamais été à sa place dans le système scolaire... tout cela fait partie de mon vécu. Cela m'aide à rendre les situations plus vivantes, je ne parle que de mon point de vue, mais au moins, je sais que je l'ai vécu, donc je risque moins de faire des incohérences.
Mais ce n'est pas de l'autobiographie, il ne faut pas abuser. Comme pour les personnages, je pars d'un élément connus et je l'applique à l'inconnu. C'est le propre du fantastique, en même temps : on greffe du surnaturel sur la trame du quotidien.
Et ça m'est arrivé aussi de disséminer parfois des anecdotes qui me sont arrivées, des boulettes ou des gaffes. Les gens qui me connaissent peuvent ricaner en les lisant, et moi aussi !
N : Quelle importance accordes-tu au style ? A-t-il pour toi une place primordiale, ou doit-il s'effacer, se faire discret pour ne pas prendre le pas sur l'intrigue ?
SD : En fait, quand j'écris, je n'y pense pas. Je sais que si les mots viennent tout seuls, sans que j'aie à les tirer un à un, le style a plus de chances de me plaire directement quand je me relirai. A contrario, si j'ai du mal à fairesortir les mots, je vais m'acharner pendant quelques chapitres (ou paragraphes) en espérant que ça se débloque, mais si ce n'est pas le cas, c'est que je me dirige vers une impasse et je préfèretout arrêter et effacer avant d'avoir perdu trop de temps. Sur le moment, je préfère laisser librecours à l'inspiration (quel grand mot !) pour ne pas la fairefuir, mais une fois le manuscrit achevé, il y aura une traque impitoyable envers les répétitions, les adverbes, les formulations alambiquées et les phrases de sept lignes de long comme j'ai tendance à en faire ! Il y a un temps pour chaque chose...
N : Penses-tu aux lecteurs, à leurs réactions, pendant que tu écris ?
SD : Ah non ! Je suis très égoïste : j'aime me faire rire quand j'écris, mais je n'aime pas penser aux autres. J'écris avant tout pour moi, parce que j'en ai envie, besoin, et une fois le texte fini, alors seulement je m'inquièterai de la réaction des lecteurs. Mais il faut d'abord que ça me plaise.
N : Appréhendes-tu les retours sur tes textes ? Est-ce qu'il arrive que des remarques influent en bien ou en mal sur l'idée que tu t'en faisais ?
SD : Non, je n'appréhende pas trop les retours. Enfin, si, je suis quand même impatiente de lire les critiques, et quand quelqu'un descend un de mes textes, ça fait mal. Mais si les arguments sont pertinents, j'essaie de les retenir. Plusieurs personnes m'ont fait des remarques similaires sur Changelins, du coup, j'essaie de corriger le tir ou de justifier mes choix, d'expliquer certaines situations peut-être trop improbables dans la suite pour que tout soit cohérent.
Ce qui m'a le plus blessée, c'est le jour où j'ai lu des commentaires désobligeants sur un texte... qui n'avait pas encore été publié ! Les gens s'étaient fait une opinion et critiquaient à partir de la quatrième de couverture. J'ai fulminé toute la soirée avant de me dire que ça me faisait de la pub, quand même, et que peut-être ils changeraient d'avis s'ils prenaient la peine de lire le texte.
N : Ca te fait quel effet, de voir ton livre, tout droit sorti de ta tête, matérialisé en un objet bien réel ?
SD : Ben, ça fait plaisir, quand même ! Et ça fait un peu peur. Je n'ai pas trop réalisé pour Changelins, la publication a été repoussée à plusieurs reprises à cause de problèmes techniques et, du coup, j'ai eu le temps de me faire à l'idée. Mais il n'empêche que le jour où des gens m'ont dit l'avoir acheté, ou le jour où j'en ai déposé un exemplaire au bureau pour mes collègues, j'ai eu la même impression que si j'étais toute nue sur une scène de théâtre, le texte en moins !
C'est effrayant, en fait. Comme si les gens allaient lire dans ma tête et juger ce qu'ils y trouvaient. C'est très personnel, un livre...
N : 2010 a été un peu ton année, avec la sortie de ton premier roman - Changelins aux éditions Black Book - et celle de ton essai - Bit-Lit ! aux Moutons Electriques -, mais ces deux parutions ne sont pas tes premiers pas dans la littérature... On a pu croiser ton nom à de nombreuses reprises au sommaire d'anthologies (Vampires aux éditions Glyphe, Les dames baroques aux éditions du Riez, Contes de villes et de fuséesaux éditions Ad Astra...). Comment vis-tu cette évolution ?
SD : Je n'ai pas réellement ressenti d'évolution. Changelins était censé être une nouvelle, à la base, et s'est tellement complexifié que ça a donné un roman. En fait, je crois que l'idée d'écrire un pavé me faisait peur, ça demande beaucoup d'engagement, de la constance, un scénario à toute épreuve... c'est du long terme et j'avais peur de ne pas être à la hauteur. Puis un jour, bien avant Changelins, je me suis aperçue que j'avais écrit plusieurs nouvelles traitant du même univers et parlant de personnages parents. J'en ai fait un recueil, qui a finalement évolué en roman. Il n'a toujours pas été publié (mais je ne désespère pas), mais ça m'a désinhibée du roman parce que j'ai réalisé que sans le vouloir vraiment, j'avais écrit un pavé. Depuis, je crois que je préfère ça ! De toute façon, j'ai toujours été très prolixe et le principal problème que je rencontre dans mes nouvelles, c'est de les maintenir justement au format de nouvelles, donc passer au roman s'est fait naturellement une fois que l'idée était assumée.
N : Donc tu n'avais pas prévu au départ de faire de Changelins une série ?
SD : Au début, je voulais en faire une nouvelle, mais quand j'ai vu la taille de "l'introduction" et tout ce que j'avais encore comme idée, alors oui, je suis passée directement du stade "nouvelle" au concept de "série".
N : Pourquoi ce titre, Changelins? Syrine serait-elle une enfant des fées élevée par des humains ?
SD : Pour le moment, il n'y a pas de fées ni d'elfes dans Changelins, mais c'est vrai que je suis partie de cette idée. J'ai essayé de donner une nouvelle vision des changelins en l'adaptant à notre société et à cet univers. Syrine a été élevée par des humains, mais elle se découvre des capacités qui ne sont pas humaines, et elle ne se sent pas à sa place parmi les hommes. D'ailleurs, elle est aux prises avec l'Ancienne, une entité qui n'est pas humaine non plus et avec laquelle elle va se découvrir un lien.
On en découvre plus dans le tome 2, mais sans dire qu'elle est une enfant des fées, il est clair qu'elle a une ascendance particulière et qu'elle est à la frontière des mondes, comme les changelins traditionnels.
N : Dans Bit-lit !, tu dis que la bit-lit française n'existe pas. Pourtant, dans ma petite tête, Changelins appartient clairement à ce genre... même si l'action ne se situe pas dans un contexte anglo-saxon, que tu fais une part plus discrète à la romance, et que tu multiplies les références à d'autres genres, notamment aux comics. L'irruption du fantastique dans la réalité, le sang, les morsures, tout ça mêlé au quotidien d'une héroïne très proche de nous, qui se débat avec sa colère, sa douleur, ses peurs, ses sentiments exacerbés... Tout ça colle pour moi vraiment à la bit-lit. Tu n'es pas d'accord ?
SD : Si, si... le problème, c'est que je n'ai pas conçu Changelins comme étant de la bit-lit, donc j'ai du mal à coller cette étiquette dessus. En plus, dans Bit-lit !, je n'allais quand même pas parler de mes propres écrits, ça ferait vraiment auteur égocentrique ! Je crois que Changelins contient en effet beaucoup d'éléments bit-lit, on ne peut pas baigner dans un genre sans être influencé. Mais il s'en démarque par de nombreux autres côtés. Par exemple, il n'y a aucun élément romantique, que ce soit du sexe, de l'histoire d'amour, de la romance, rien n'évoque Twilight, pas plus qu'Anita Blake. Et le côté policier, avec une enquête et une lutte contre des méchants qui veulent dominer le monde (ou semer le chaos) n'est que très schématisé. Je pense que Changelinsse rapproche plus de la fantasy urbaine que de la bit-lit. Mais comme la bit-lit est issue de la fantasy urbaine, on pourrait dire que Changelins est un petit frère de la bit-lit. Ou un cousin germain.
N : Ton style est très visuel. Es-tu attirée par une mise en forme de Changelins en bd ?
SD : Ce serait bien... j'adorerais ! Plein de gens m'ont posé la question, mais pour le moment, personne ne s'est proposé pour me faire de beaux dessins. Je dois vraiment avoir la réputation d'une auteur caractérielle qui dévorerait tout cru le pauvre dessinateur ! Mais ça me ferait vraiment plaisir, pourtant !
N : L'appel est lancé... :)
Dans ton roman, tu places Syrine dans des lieux que tu sembles bien connaître. Qu'est-ce qui a ta préférence : retranscrire l'atmosphère de lieux que tu as déjà visités ou en inventer d'autres de toute pièce ?
SD : Quand ce sont des endroits qui existent dans notre univers, je préfère les avoir visités. Une photo ou un guide touristique ne remplacera jamais le ressenti, le vécu et les petites anecdotes. Mais quand ce sont des endroits imaginaires, je fais l'inverse : j'essaie de les doter d'une apparence d'endroits réels, même si je n'y suis jamais allée, pour qu'ils évoquent quand même quelque chose au lecteur. Tout en y rajoutant une touche d'exotisme "alien".
N : Dis-nous... à partir de quand peut-on espérer lire la suite des aventures de Syrine ?
SD : Très bientôt ! Je suis en plein dedans et les idées se bousculent ! Je ne peux pas donner de date, tout dépendra ensuite de l'éditeur, mais ma partie, l'écriture, avance vraiment rapidement, j'ai passé le cap qui m'angoissait la semaine dernière (une scène difficile à écrire) et maintenant, ça roule comme sur des rails ! Ca roule même de façon un peu trop productive, j'ai déjà écrit un truc énorme, et je n'en suis pas encore à la moitié du synopsis !
N : La bit-lit - terme qui, nous apprends-tu, a été inventé en France - est un phénomène éditorial assez récent dans notre pays. J'ai donc été impressionnée par le recul que tu réussis à prendre sur le sujet. Alors dis-nous, comment est venue l'idée d'écrire sur la bit-lit ?
SD : Au début, ça a été une plaisanterie entre André-François Ruaud (le "berger en chef" des Moutons Electriques) et moi. J'adore les essais des Moutons et j'insistais pour qu'il en sorte un sur Buffy. L'idée le tentait, mais il m'a dit qu'il préfèrerait que ce soit sur la bit-lit en général, le genre le plus proche de Buffy, et comme il savait que j'adorais ça (j'en lis depuis très longtemps, surtout en VO), il m'a dit que si je voulais un essai sur le thème, je n'avais qu'à l'écrire. J'ai un peu ricané. C'était avant Noël, j'ai dit que j'y réfléchirai... et Noël est passé. Début janvier, il m'a demandé si j'avais pensé à un sommaire, et là, j'ai réalisé qu'il était tout à fait sérieux et j'ai commencé à paniquer. J'ai ressorti tous mes bouquins, j'ai noté des idées sur un bout de papier (en fait, un fichier sur ordi), et un mois après le projet était lancé avec un sommaire et beaucoup de signes !
Je ne remercierai jamais assez André d'avoir insisté pour que cette "idée en l'air" se concrétise !
N : Pour ton essai, d'autres auteurs t'ont apporté leur concours. Comment s'est passée la collaboration ?
SD : Ca s'est très bien passé, tout naturellement. C'était la première fois que je ne bossais pas toute seule dans mon coin (la première fois que j'écrivais un essai aussi), et les auteurs qui ont travaillé avec moi sur le sujet étaient déjà des vétérans dans le genre, ils m'ont beaucoup aidée.
N : Tu y fais un parallèle qui m'a beaucoup frappée entre la bit-lit et les romans de Jane Austen. Je dis frappée, parce que je n'avais jamais fait le rapprochement, mais c'est vrai qu'en général, quand on aime la bit-lit, on aime Jane Austen. Pour ceux qui n'ont pas lu l'essai, pourrais-tu nous expliquer ce parallèle ?
SD : Déjà, les points communs les plus frappants, c'est le côté féminin, voire féministe : dans Jane Austen, on parle principalement d'héroïnes, de femmes qui racontent elles-mêmes leur histoire, aux prises avec une société qui ne leur offre pas la possibilité de développer leur potentiel. Ensuite, il y a la critique de la société. La bit-lit comme les romans de Jane Austen montrent toujours un contexte où les comportements divergents sont réprouvés et où les héroïnes doivent se battre pour faire valoir leurs droits. Ça a aussi été le cas de la vie même de Jane Austen. Quand elle parlait du mariage pour les femmes, des problèmes de dot et de la nécessité de trouver un mari, elle parlait de son propre cas et de la frustration qui en découlait. Puis il y a la description de l'époque : c'est toujours des histoires contemporaines à l'auteur, qui décrit son quotidien, son environnement et son époque, dans tout son côté prosaïque. Les histoires d'amour (contrariées) sont omniprésentes dans les deux genres. Sans parler du faible de Jane Austen pour les romans gothiques, qu'elle a parodié dans Northanger Abbey, qui étaient à la mode à son époque, et que la bit-lit utilise aussi sous la forme du fantastique.
Il faudrait poser plutôt la question à Isabelle Ballester, qui est la véritable spécialiste du genre (c'est elle qui a écrit l'article sur Jane Austen dans Bit-lit !. Et elle a aussi écrit un essai sur cet auteur aux Moutons Electriques). Moi, je ne suis qu'une fervente lectrice bavarde.
N : Est-ce que tu as pris plaisir à écrire cet essai ? C'est, j'imagine, une forme qui nécessite plus de documentation que la fiction ; quelles sont les autres différences ?
SD : Le stress ? La conscience aiguë de ne pas être diplômée de lettres et de plonger à l'aveuglette dans un puits sans fond de problèmes ?
En fait, Bit-lit ! a été une grande aventure. C'était ma première commande, mon premier essai, mon premier travail d'équipe, puisqu'il a fallu organiser la collaboration avec d'autres participants. La documentation... ça n'a pas été le plus dur, je lis de la bit-lit depuis des années. Mais organiser tout ça, définir un axe, et surtout, écrire de façon plus méthodique, le tout dans un délai très serré (pour moi), ça a été une grande période de remise en question (et de crises existentielles quotidiennes !)...
Mais au final, quelle fierté ! Et oui, a posteriori, quel plaisir d'avoir relevé le défi et d'être parvenue à tenir les promesses ! Je ne pensais pas y arriver (merci d'ailleurs à André et Julien et mon chéri d'avoir su me ramasser à la petite cuillère à chaque fois que j'ai pensé jeter l'éponge) mais maintenant que c'est fait, je repense aux bons moments, aux phases d'écriture où tout coulait de source, aux séances photo, à la joie d'avoir bouclé une partie... c'était vraiment gratifiant !
N : Es-tu prête à renouveler l'expérience sur d'autres sujets ?
SD : Projet en cours ! Enfin, projet en cours de conception, je me donne un petit délai pour passer à la phase écriture, il faut d'abord que je termine le tome 2 de Changelins !
N : Tu nous présentes dans Bit-lit ! un beau panel d'oeuvres mettant en scène les créatures de la nuit. Dis-nous, pour quel vampire as-tu un petit faible ?
SD : Allez, je vais frapper un grand coup : Eric Northmann, dans True Blood ! J'adore l'acteur Alexander Skarsgard, et le personnage dans les romans est tout aussi séduisant et fascinant. Dans le même genre, je suis accro à Spike dans Buffy. Ce qui est bizarre, c'est que dans la réalité, je préfère les bruns ténébreux (de préférence les musiciens, pas vrai, chéri ?) plutôt que les beaux blondinets. Ça doit être le côté voyou...
Et en littérature, un vampirature favori...
Bones, dans la série Chasseuse de la nuit. Encore un blond (décoloré) voyou, motard, avec en plus l'accent et l'humour anglais (comme Spike).
N : Quels sont tes projets littéraires ? Maintenant que te voilà romancière, peut-on espérer te retrouver dans des anthologies ?
SD : Bien sûr ! Il va y avoir une anthologie aux éditions CDS, dirigée par Charlotte Bousquet, et deux autres chez Argemmios, dirigées par Nathalie Dau. J'ai d'autres nouvelles en soumission en ce moment, mais c'est vrai que j'ai plus de mal à écrire des nouvelles pour des appels à texte quand j'ai un roman en cours. Sinon, j'ai un joli texte (je ne dis pas ça pour me vanter mais parce que j'éprouve beaucoup d'affection pour cette nouvelle) qui va bientôt sortir dans le fanzine "Eclats de rêves", et un autre dans le prochain "Chemins de Traverses", un texte qui se déroule dans le désert, et dans le même univers que le premier roman que j'ai écrit et qui n'a jamais été publié. Comme il est toujours en soumission chez quelques éditeurs, je garde espoir que quelqu'un l'adoptera un jour...
Et sinon, hé bien, les projets du moment : Changelins 2, 360 000 signes au compteur et encore beaucoup de choses à dire, et un nouvel essai après ! Et plein d'idées pour des romans, des nouvelles, des romans graphiques, des sketches de théâtre... je manque de temps !
N : Merci Sophie pour m'avoir accordé un peu de ton temps précieux ! Le mot de la fin est pour toi...
SD : ... et comme pour la présentation, je sèche ! C'est horrible !
Bon allez, je me lance. Le mot de la fin : merci !
31 janvier 2011
Bit-Lit !
Bit-Lit ! L'amour des vampires - Sophie Dabat
Les Moutons Electriques
2010, 354 pages
25 €
Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire (mais avant tout, pour le plaisir !!).
Résumé
Suite au succès de Twilight - la saga de Stephenie Meyer - et des films qui en sont tirés, on a vu fleurir (pour ne pas dire déferler) sur les tables des librairies françaises des romans ayant pour personnages principaux femmes ou jeunes filles aux prises avec des créatures surnaturelles, avec lesquelles elles entretiennent des rapports amour-haine dont les lecteurs semblent n'être pas prêts de se lasser.
Sophie Dabat (auteur de Changelins, sorti récemment aux éditions Black Book) s'est penchée sur ce phénomène récent en France et plus ancien dans les pays anglo-saxons. Dans Bit-Lit !, elle brosse un portrait très complet de cette littérature, passant en revue les origines du genre, les différents univers qui y sont développés, les personnages humains et surnaturels qui y évoluent, le tout entrecoupé d'extraits d'oeuvres phares de ce courant et d'interviews de Charlaine Harris (La communauté du Sud) et Kelley Armstrong (Femmes de l'Autremonde). De Buffy à Anita Blake, en passant par Bella Swan et Sookie Stackhouse, préparez-vous à cheminer au côté de ces belles héroïnes pendant 354 pages !
Mon avis
Tout d'abord, comment ne pas saluer le travail de recherche et de réflexion sur ce genre somme toute assez récent en France, et sur lequel il est donc difficile d'avoir un peu de recul ? On pouvait imaginer que cet ouvrage se bornerait à dresser un catalogue amélioré des séries qui cartonnent... mais on est bien au-dessus de ça. Si Bit-Lit ! regorge effectivement de titres et d'extraits d'ouvrages et fait un panorama assez large des parutions de bit-lit adultes et jeunesses (je vous conseille d'ailleurs de le lire crayon en main pour noter tout ce que vous aurez fatalement envie de lire une fois cette lecture achevée), Sophie Dabat et ses collaboratrices y proposent aussi et surtout des réflexions très pertinentes, éclairantes - voire étonnantes ! - sur un certain nombre de points : les liens entre la bit-lit, la chick-lit, mais aussi le roman sentimental, le roman gothique, le roman policier et... Jane Austen, par exemple. On aura aussi l'occasion de les voir analyser le comportement des héroïnes, leurs rapports avec leur féminité, leur violence, leur sexualité, leur envie - ou dégout - à l'idée d'enfanter... Finalement, ce genre qui semble plutôt léger (et qui l'est, sous bien des aspects), est bien plus profond qu'il n'en a l'air, et c'est un des mérites de cet ouvrage que de mettre le doigt sur ce point.
Une autre qualité de cet essai, c'est qu'il colle vraiment bien au genre dont il parle : si vous aimez lire de la bit-lit, vous prendrez plaisir à lire Bit-lit ! Dit comme ça, ça parait évident, mais qui n'a pas fait l'expérience de s'ennuyer profondément en lisant un essai sur un sujet qui pourtant le passionne ? Eh bien, pas de ça ici ! Bit-Lit !, tout comme la bit-lit, ça déménage ! Le découpage est dynamique, les titres de parties pleins de second degré, le style imagé... Tout ça est entrecoupé d'extraits, de couvertures de livres, et surtout de photos mettant en scène, entre autres modèles, l'auteur elle-même. Ces photos ajoutent à l'ouvrage les touches d'humour, de glamour et de second degré si chères au genre littéraire dont il discourt. Voilà qui contribue agréablement à la cohérence de Bit-Lit !, et c'est un vrai plaisir pour les yeux !
Un livre passionnant donc - je dirais même fascinant, si j'osais le jeu de mot pourri -, à la fois drôle, intelligent, bien écrit, et créateur d'envie. Un indispensable à découvrir !
19 décembre 2010
Challenge Stephen King terminé !
Je me fais rare sur ce blog en ce moment. Manque de temps, manque de motivation... les fêtes approchent, et j'ai plus envie de passer du temps avec mes proches que sur Internet ! Mais je continue à lire, et je posterai donc encore de temps en temps par ici.
Le pourquoi du comment de mon billet d'aujourd'hui : j'ai fini mon Challenge Stephen King organisé par Neph ! (yeah, enfin un challenge de mené à son terme !).
Côté film, j'ai (re)visionné La ligne verte (chronique ici).
Côté bouquin, j'ai lu Juste avant le crépuscule. Globalement, cette lecture a été une déception. J'ai apprécié les thèmes et l'ambiance générale et, comme d'habitude, j'ai adoré la préface. Mais hormis trois nouvelles - je n'ai pas les titres sous les yeux, mais il s'agit de celle sur le chat, celle sur les TOC et celle sur le tueur en série - je me suis profondément ennuyée, allant jusqu'à ne pas terminer l'une d'entre elles. Je n'en tiens pas rigueur à Stephen King, qui reste mon auteur adoré vénéré. On ne peut pas être tout le temps au top :)
Si je ne poste pas d'ici là, je vous souhaite un joyeux Noël à tous !
07 décembre 2010
Beautiful nightmares
Beautiful nightmares - Nicoletta Ceccoli
Editions Soleil, Collection Venusdea
2010, 135 pages
34,90 €
Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire (merci à elles et aux éditions Soleil pour ce magnifique cadeau de Noël avant l'heure).
Présentation
Nicoletta Ceccoli est une artiste mondialement connue. Elle est l'illustratrice de nombreux contes et albums à l'étranger, où elle expose et a obtenu de prestigieux prix. Son travail remarquable passe plus inaperçu en France. Pourtant, si vous êtes amateur de polars nordiques, la mélancolie et la douceur apparente de ses compositions vous disent peut-être quelque chose : on lui doit la couverture du Prédicateur, célèbre roman de Camilla Läckberg sorti aux éditions Actes Sud (Actes Noirs). Depuis quelques années, son travail est également décliné en France en carte postale, carte de voeux et petits carnets de notes. Mais Beautiful nightmares est le premier artbook a lui être consacré dans notre langue.
Mon avis
Je ne sais pas par où commencer pour vous décrire ce livre, tant il foisonne de merveilles. Mais attention, il ne s'agit pas ici de merveilles enfantines. Les songes de Nicoletta Ceccoli ne sont pas à placer entre toutes les mains. Le moins que l'on puisse dire, c'est que son travail interpelle. Le titre - Beautiful nightmares donc - a beau annoncer la couleur, ce qui frappe en premier dans le travail de l'artiste, c'est une impression de poésie et de douceur. Les couleurs pastels, les visages ronds, les jolis robes, la blondeur presque systématique des personnages, les ambiances d'apparence enfantine, l'atmosphère un peu floue, estompée... On croit nager dans du coton, jusqu'à ce que l'on s'attache aux détails : là, on note les visages fermés, les sourires absents, les yeux tristes, clos ou vides, la présence d'insectes plus ou moins menaçants, les postures tantôt dominatrices, tantôt abandonnées, les allusions sexuelles, la taille disproportionnée des visages, des membres, des yeux... Une fois arrivé là dans la contemplation, on comprend sans difficulté la présence du mot "cauchemar" dans le titre : l'artiste a un véritable talent pour peindre ce moment précis où un rêve confortable et réconfortant vire peu à peu pour devenir menaçant, puis dangereux. C'est précisément ainsi que j'ai ressenti ses peintures : la beauté, la douceur, sur lesquelles plânent les ombres menaçantes de la peur, de l'angoisse, de l'obsession, de la mélancolie...
Mais ce n'est qu'une interprétation personnelle, et c'est sûrement ici que réside toute la force du travail de Nicoletta Ceccoli : chacun peut y trouver son propre reflet. Le merveilleux de cette artiste est un merveilleux ambigü, dont la beauté et la dangerosité parlent aux tripes autant qu'aux yeux. On pense à Dali et à ses peintures surréalistes. On pense aussi à soi-même, à ses propres peurs, à ses propres cauchemars, magnifiés et mis en scène ici avec un rare talent.
Un livre magnifique donc, très original, qui fait rêver autant qu'il interpelle.


