Les lectures de Naolou

08 mai 2011

L'enlèvement du Prince Armand

L_enlevement_du_Prince_Armand_largePrincesses mais pas trop, tome 1 : L'enlèvement du Prince Armand - Jim C. Hines
Editions Castelmore
2011, 377 pages
12,90 €

Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire.

Résumé

Danièle a emménagé depuis peu dans le château de son prince. Sa vie est un conte de fées. Sa plus grande difficulté pour s'adapter à sa nouvelle existence consiste à ne pas parler trop familièrement à ses serviteurs, et à ne pas les aider dans leurs tâches quotidiennes. Pas évident quand on a passé la plus grande partie de sa vie comme esclave pour ses demi-soeurs et sa belle-mère. Vous l'avez deviné ? Danièle est Cendrillon, et débute dans la vie de château.

Et ses demi-soeurs, tiens, parlons-en. Voilà que Charlotte, la plus jolie - et la plus teigne - des deux, vient sonner à la porte de Danièle. Elle a des revendications à faire : le pied qu'elle a mutilé pour le faire entrer - en vain - dans la pantoufle de verre la fait souffrir ; sa mère vient de décéder suite aux blessures infligées par les colombes au mariage de Cendrillon. Alors Charlotte est très très énervée. Tellement énervée qu'elle a décidé de supprimer Danièle...

Mais que fait le prince, pendant que l'on s'attaque à sa belle ? Bonne question. A vrai dire, il est introuvable, et il semble qu'il ait été enlevé... Il va falloir à Danièle un sacré courage et beaucoup d'aide pour remettre la main sur son mari. Heureusement, Talia (la belle au bois dormant), et Blanche (Blanche-Neige) veillent au grain...

Mon avis

Les princesses se trouvent ici dans un joyeux foutoir, mélange de fantasy et d'humour, avec de nombreux emprunts aux contes classiques et à leur adaptation par Disney. J'adore les histoires inspirées des contes, mais je suis plus habituée aux adaptations sombres. Ici, c'est l'humour qui prime, et j'ai adoré ça ! Blanche-Neige, la Belle au bois dormant et Cendrillon ne s'en laissent pas conter, croque les hommes pour l'une, les déteste pour l'autre et n'hésite pas à voler à leur secours pour la troisième ! J'ai vraiment apprécié ces trois personnages surprenants. L'auteur glisse dans leur bouche des répliques qui m'ont fait mourir de rire.

L'intrigue ne casse pas vraiment des briques - même si elle réserve quelques surprises - mais peu importe. J'ai vraiment passé un excellent moment en compagnie des princesses et je suis convaincue qu'il en sera de même pour un grand nombre de lecteurs. Voilà un livre qui ne se prend par au sérieux et qui a pour seul but de distraire, quel que soit votre âge. En ce qui me concerne, pari absolument réussi, et j'ai hâte de lire la suite !

Posté par naolou à 15:05 - Fantasy - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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07 mars 2011

Interview de Sophie Dabat

Chose promise, chose due...

Je vous en avais parlé en octobre je crois (mieux vaut tard que jamais), voici enfin l'interview de Sophie Dabat. Je la remercie d'avoir un peu de son temps précieux pour ce qui devait être "deux-trois questions", et qui c'est transformé en "interview-fleuve". Et maintenant, la parole à Sophie :

Naolou : Bonjour Sophie ! Merci d'avoir accepté de répondre à mes questions. Peux-tu te présenter aux lecteurs du blog ?

Sophie_DabatSophie Dabat : Ouille, ça commence dur ! Une présentation.
Heuuu...
Je m'apelle Sophie Dabat, j'ai 32 ans (re-ouille), les cheveux vaguement rougeâtres, 1m56 et un caractèrede cochon (je préfère dire un caractère affirmé, mais je crois que c'est la même chose).
Je suis architecte de formation, je travaille à mi-temps dans cette branche, et le reste du temps, je suis à mon compte comme lectrice et relectrice, et j'écris pendant le temps qu'il me reste (ou que j'arrive à prendre sur les activités annexes comme manger et dormir).

N : Qu'est-ce qui t'a amenée à l'écriture ?

SD : C'est mon chéri ! Un jour, il en a eu marre de m'entendre tout le temps parler de mes lectures, critiquer les scénarios, raconter ce que j'aurais fait à la place des auteurs, et il m'a dit : "Pourquoi tu n'écris pas tes propres histoires ?". Là-dessus, il est allé se doucher en me laissant réfléchir à la question. Quand il est sorti de la salle de bain, j'avais entamé l'écriture d'un roman (que je n'ai jamais fini), mais surtout, je n'ai jamais arrêté d'écrire depuis.

N : Pourquoi avoir choisi les genres de l'imaginaire ?

SD : Parce que c'est ce que j'aime lire ? Je crois que ça ne va pas chercher plus loin que ça. Et comme j'aime aussi le polar, je m'y suis un peu lancée, et comme j'aime les héroïnes, mes textes regorgent de femmes de caractère !

N : Donc, tu écris ce que tu apprécies en tant que lectrice ?

SD : Oui, j'écris ce que j'aime lire, même si je ne suis pas forcément capable d'écrire dans le style de certains auteurs que j'admire ! Je me suis d'ailleurs mise à lire des nouvelles à partir du jour où j'en ai écrit. Mais ça m'est arrivé de relire ce que j'avais écrit, et de me dégoûter toute seule. J'ai pas mal d'imagination, et les scènes gore m'évoquent des trucs vraiment horribles que je visualise très bien. Surtout les scènes gore avec des animaux. On me fait lire un truc où un chat souffre, et je fonds en larmes. Alors que j'en écris sans problème et même avec jubilation. Mais si je dois relire mon texte, il y aura des pleurs et après, je me précipite sur mes chats pour les asphyxier de câlins parce que j'ai trop peur qu'il leur arrive quelque chose. Ca me fait beaucoup moins d'effet avec les humains. J'ai peur que ça ne veuille dire beaucoup de choses sur mon amour de l'humanité !

N : Y a-t-il un écrivain en particulier qui t'a donné envie d'écrire ?

SD : Oui... Anne McCaffrey et Marion Zimmer Bradley. C'étaient mes deux amours d'adolescentes et je garde pour leurs séries beaucoup d'affection, je les relis toujours avec plaisir. Et sinon, mon premier fantasme d'écrivain, ça a été avec Roald Dahl ! J'aimais tellement ses livres pour enfants que j'avais essayé d'en faire un moi aussi (inutile de préciser que ça n'a jamais dépassé le stade du premier paragraphe).
Et David Eddings, aussi. J'allais oublier. J'ai découvert La Belgariade au collège, et cette aventure bourrée d'humour m'a totalement absorbée pendant des mois. Ca m'a donné envie de vivre ces histoires, puis d'en raconter. Avec ma meilleure amie, on imaginait qui on verrait comme acteurs si l'histoire était portée à l'écran. Il y avait Sean Connery pour faire Belgarath, River Phoenix pour Belgarion... On n'a jamais trouvé d'actrice avec la beauté et la prestance nécessaire pour incarner Polgara la sorcière.

N : Comment décrirais-tu ton univers littéraire ? Sur quels thèmes aimes-tu écrire ?

SD : Une amie m'a dit récemment qu'elle retrouvait souvent les mêmes thèmes dans ce que j'écris, et que c'était à ça qu'elle reconnaissait mes textes même sous pseudo. Alors, elle a repéré le thème de l'adolescence, de l'exclusion, de la différence, de la folie, de la lutte contre l'oppression, un personnage récurrent de grand-mère protectrice. Ca fait déjà beaucoup de thèmes et oui, je crois que je n'ai pour le moment rien écrit qui ne les contienne pas presque tous !
Quant à mon univers littéraire, je crois qu'il est comme moi : moitié mignon, moitié barjo, un peu effrayant et assez porté sur les extrêmes. Je pourrais même dire qu'il est lunatique et toujours prêt à s'envenimer. Après, ça peut s'exprimer différemment suivant les textes, certains sont plus horreur, d'autres plus féeriques et certains penchent carrément vers la fantasy, mais en général, ce sont des univers assez sombres, où les gens sont tourmentés et peuvent très vite plonger vers la folie.

N : Tu es l'auteur de plusieurs dizaines de nouvelles, d'un roman, d'un essai... Dans quelle forme te sens-tu le plus à l'aise ?

SD : J'hésite j'hésite... En fait, à part l'essai, je ne choisis pas réellement quelle forme va prendre un texte. Je suis très prolixe, donc chaque nouvelle a le potentiel de se transformer en pavé. Mais je crois que chaque forme a ses avantages et inconvénients, on ne raconte pas la même chose, de la même manière, suivant la taille que l'on veut donner au texte. Donc je réfléchis, je pense aux éléments que j'ai, au style que je veux donner, et quand je commence à écrire, ça s'oriente automatiquement vers du court ou du long. Avec parfois des surprises... Quant à l'essai, ça a été une course contre la montre et la difficulté a plus été de couper une bonne partie de ce que j'avais écrit que d'en écrire assez. Ca n'a pas été facile, il y a eu beaucoup de stress (par ma propre faute, d'ailleurs), mais je recommencerai avec plaisir !

N : Comment considères-tu l'écriture ? Un loisir, une passion, un besoin ?

SD : Les trois à la fois, c'est possible ? C'est un loisir, mais dont je ne pourrais pas me passer, et qui me passionne. C'est à la fois un exutoire et un délassement.

N : Es-tu superstitieuse par rapport à l'écriture ? Je veux dire, le syndrome de la page blanche, ou l'idée de ne pas réussir à rendre un manuscrit à temps, ce sont des choses qui t'angoissent ?

SD : Page blanche, c'est quoi ? Non, certains vont me maudire en lisant ça, mais je n'ai jamais eu ce problème. Récemment, j'ai échoué à rendre deux textes pour des appels à textes, mais c'était parce que, malgré les idées et l'envie, j'avais un autre projet d'écriture qui me tournait dans la tête et je n'arrivais pas à me concentrer sur autre chose. Donc j'ai fini par abandonner ces deux pauvres nouvelles à leur triste sort d'essais inaboutis pour me recentrer sur mon gros projet du moment et d'un seul coup, les signes se sont enchaînés ! Donc non, l'angoisse de la page blanche, pour moi, c'est plutôt l'angoisse de trouver le temps pour écrire au quotidien !

N : Tu es donc romancière, mais mon petit doigt me dit que tu es également chroniqueuse, correctrice pour les maisons d'éditions, traductrice à tes heures me semble-t-il... et aussi, j'oubliais, employée à mi-temps dans un cabinet d'architecte ! Comment trouves-tu le temps pour tout ça ?

SD : Rrrr.... zzzzz... rrrrr.... zzzz...
Désolée, je rattrape mon retard de sommeil.
Le temps ? Justement, je n'en trouve pas, alors je le prends là où je peux : les pauses déjeuner au bureau me servent à écrire, les samedi matin aussi, les soirées à la maison me permettent de faire mes chroniques, ma demi-heure de lecture au lit chaque soir se transforme souvent en heure, voire plus, de lecture... Et le reste du temps, j'ai un mi-temps d'architecte et un mi-temps de correctrice. Facile, non ?

N : Du coup, à quoi ressemblent tes journées ?

SD : J'essaie d'écrire à peu près 1/2 heure par jour. Mais ce n'est pas régulier, c'est plutôt plus que moins. Si je suis en plein milieu d'un chapitre et que je dois m'arrêter, je vais avoir beaucoup de mal donc dès que j'aurai un petit moment de livre, je m'y remettrai et tant pis pour les corvées ménagères ou le reste ! Et le lendemain, je rattraperai.
En fait, mes journées sont toujours assez aléatoires, je compte plutôt en semaine : le lundi, je suis à l'agence pour toute la journée et je rendre à la maison le soir pour corriger pendant une heure ou écrire. Le mardi, c'est à la maison, donc corrections, traductions, écriture (sans parler de peinture, cuisine, ménage, etc.), le mercredi, c'est le matin à l'agence, l'après-midi à mon compte. Le jeudi est comme le lundi, le vendredi comme le mardi. Et le week end... travaux de la maison (on est en train de rénover), courses, écriture de chroniques, popotte, promenade du chien, nettoyage de la litière des chats, nettoyage de la maison du lapin, écriture, lecture, coups de fil à la famille, sans oublier la sacro-sainte grasse matinée du dimanche matin... bref, la conclusion d'une semaine trépidante !

N : Quand tu commences une histoire, sais-tu précisément où tu vas mener tes personnages, comment tu vas conclure ton intrigue, ou bien les choses se mettent-elles d'elles-mêmes en place, au fur et à mesure ?

SD : Avant, quand j'écrivais une nouvelle, j'avais une idée (vague) de là où je voulais aller, ou je partais d'un thème, d'une image, et je me laissais porter. Puis quand j'ai commencé mon premier roman, je me suis aperçue que pour tenir sur la longueur, il fallait structurer, avoir un synopsis cohérent, et du coup , je me suis mise à faireça pour tout. Maintenant, je suis presque incapable d'écrire si je n'ai pas au moins un schéma des éléments importants de l'histoire.

N : Comment procèdes-tu pour la construction de tes personnages ? Tu leur dresses un profil bien précis avant de te lancer dans l'écriture ? Tu les laisses s'inventer au fur et à mesure ?

SD : Au début, ils sont assez flous, mais avec quelques traits bien définis, comme si c'étaient des personnes que j'avais croisées à une soirée et qui m'avaient marquée. Je ne les connais pas encore, mais je me fais une idée d'eux. Puis après quelques paragraphes où ils interviennent, leurs caractéristiques se précisent et au bout d'un moment, je me sens prête à dresser un portrait complet d'eux, avec tous les détails utiles (ou pas), leurs tics et petites manies, leur physique, bref, tous les éléments qui font d'eux des individus bien précis. Mais il arrive toujours qu'ils me surprennent, ça m'est encore arrivé cette semaine, un des personnages m'a échappé et je n'ai pas réussi à redresser la situation, je vais devoir gérer les conséquences de ses bêtises !

N : Ils sont donc doués d'une vie propre ?

SD : C'est ce que je disais au-dessus ! Même si je définis leurs personnalités, au bout d'un moment, ils finissent par avoir une vie propre et agissent de façon surprenante. Par exemple, un des personnages de Changelins me surprend par sa vulgarité. Je voulais qu'elle soit affirmée, forte en gueule, pratiquement imbuvable, même, mais les bordées de jurons, franchement, je ne les avais pas prévues ! Peut-être que je vais devoir la censurer un peu !

N : As-tu un faible pour un certain type de personnalité ? Préfères-tu partir de la réalité ou imaginer ?

SD : Je ne pars jamais de gens que je connais. Je peux emprunter des anecdotes que des amis m'ont racontées ou que j'ai vécues, je peux, pour rendre une scène, l'implanter dans un endroit réel et y mettre les gens que j'y avais vus... mais uniquement des inconnus. Par exemple, dans Changelins, plusieurs personnes habitant Rennes m'ont dit avoir reconnu un petit couple de maraîchers que l'on voir souvent sur le marché des Lices. C'est normal : c'est eux, parce que dans la réalité, ces gens sont très pittoresques et font partie de l'âme de l'endroit. Mais je ne les connais pas, je ne leur ai jamais acheté de légumes. Je peux juste décrire leurs sourires, leurs produits et le ressenti que j'ai d'eux à distance. Après, pour les personnages principaux, c'est vrai que parfois, je prends un trait de caractère de gens que je connais, ou une partie du physique. Mais uniquement un trait de caractère et pas deux, ou alors, que le physique mais pas le caractère qui va avec, et je change des éléments annexes. Pas plus, je fais un mélange avec différentes personnes qui me rappellent ce personnage. Je détesterais que quelqu'un vienne me voir pour me reprocher de lui avoir donné le personnage du salaud intégral de l'histoire, ou me dise "tiens, je ne pensais pas que tu me voyais comme ça".

N : As-tu l'impression d'utiliser ta propre vie comme matière romanesque ? Est-ce qu'il t'arrive de t'amuser à te cacher derrière certaines situations, certains personnages ?

SD : Oups, démasquée ! Je n'incarne pas mes personnages ni ne me cache derrière eux, par contre, beaucoup de situations viennent de mon vécu. Dans Changelins, le déménagement de Marseille à Rennes, l'impression de déracinement, les doutes sur la folie, l'incompréhension, le sentiment de n'avoir jamais été à sa place dans le système scolaire... tout cela fait partie de mon vécu. Cela m'aide à rendre les situations plus vivantes, je ne parle que de mon point de vue, mais au moins, je sais que je l'ai vécu, donc je risque moins de faire des incohérences.
Mais ce n'est pas de l'autobiographie, il ne faut pas abuser. Comme pour les personnages, je pars d'un élément connus et je l'applique à l'inconnu. C'est le propre du fantastique, en même temps : on greffe du surnaturel sur la trame du quotidien.
Et ça m'est arrivé aussi de disséminer parfois des anecdotes qui me sont arrivées, des boulettes ou des gaffes. Les gens qui me connaissent peuvent ricaner en les lisant, et moi aussi !

N : Quelle importance accordes-tu au style ? A-t-il pour toi une place primordiale, ou doit-il s'effacer, se faire discret pour ne pas prendre le pas sur l'intrigue ?

SD : En fait, quand j'écris, je n'y pense pas. Je sais que si les mots viennent tout seuls, sans que j'aie à les tirer un à un, le style a plus de chances de me plaire directement quand je me relirai. A contrario, si j'ai du mal à fairesortir les mots, je vais m'acharner pendant quelques chapitres (ou paragraphes) en espérant que ça se débloque, mais si ce n'est pas le cas, c'est que je me dirige vers une impasse et je préfèretout arrêter et effacer avant d'avoir perdu trop de temps. Sur le moment, je préfère laisser librecours à l'inspiration (quel grand mot !) pour ne pas la fairefuir, mais une fois le manuscrit achevé, il y aura une traque impitoyable envers les répétitions, les adverbes, les formulations alambiquées et les phrases de sept lignes de long comme j'ai tendance à en faire ! Il y a un temps pour chaque chose...

N : Penses-tu aux lecteurs, à leurs réactions, pendant que tu écris ?

SD : Ah non ! Je suis très égoïste : j'aime me faire rire quand j'écris, mais je n'aime pas penser aux autres. J'écris avant tout pour moi, parce que j'en ai envie, besoin, et une fois le texte fini, alors seulement je m'inquièterai de la réaction des lecteurs. Mais il faut d'abord que ça me plaise.

N : Appréhendes-tu les retours sur tes textes ? Est-ce qu'il arrive que des remarques influent en bien ou en mal sur l'idée que tu t'en faisais ?

SD : Non, je n'appréhende pas trop les retours. Enfin, si, je suis quand même impatiente de lire les critiques, et quand quelqu'un descend un de mes textes, ça fait mal. Mais si les arguments sont pertinents, j'essaie de les retenir. Plusieurs personnes m'ont fait des remarques similaires sur Changelins, du coup, j'essaie de corriger le tir ou de justifier mes choix, d'expliquer certaines situations peut-être trop improbables dans la suite pour que tout soit cohérent.
Ce qui m'a le plus blessée, c'est le jour où j'ai lu des commentaires désobligeants sur un texte... qui n'avait pas encore été publié ! Les gens s'étaient fait une opinion et critiquaient à partir de la quatrième de couverture. J'ai fulminé toute la soirée avant de me dire que ça me faisait de la pub, quand même, et que peut-être ils changeraient d'avis s'ils prenaient la peine de lire le texte.

N : Ca te fait quel effet, de voir ton livre, tout droit sorti de ta tête, matérialisé en un objet bien réel ?

SD : Ben, ça fait plaisir, quand même ! Et ça fait un peu peur. Je n'ai pas trop réalisé pour Changelins, la publication a été repoussée à plusieurs reprises à cause de problèmes techniques et, du coup, j'ai eu le temps de me faire à l'idée. Mais il n'empêche que le jour où des gens m'ont dit l'avoir acheté, ou le jour où j'en ai déposé un exemplaire au bureau pour mes collègues, j'ai eu la même impression que si j'étais toute nue sur une scène de théâtre, le texte en moins !
C'est effrayant, en fait. Comme si les gens allaient lire dans ma tête et juger ce qu'ils y trouvaient. C'est très personnel, un livre...

413UZq39vcL__SL200N : 2010 a été un peu ton année, avec la sortie de ton premier roman - Changelins aux éditions Black Book - et celle de ton essai - Bit-Lit ! aux Moutons Electriques -, mais ces deux parutions ne sont pas tes premiers pas dans la littérature... On a pu croiser ton nom à de nombreuses reprises au sommaire d'anthologies (Vampires aux éditions Glyphe, Les dames baroques aux éditions du Riez, Contes de villes et de fuséesaux éditions Ad Astra...). Comment vis-tu cette évolution ?

SD : Je n'ai pas réellement ressenti d'évolution. Changelins était censé être une nouvelle, à la base, et s'est tellement complexifié que ça a donné un roman. En fait, je crois que l'idée d'écrire un pavé me faisait peur, ça demande beaucoup d'engagement, de la constance, un scénario à toute épreuve... c'est du long terme et j'avais peur de ne pas être à la hauteur. Puis un jour, bien avant Changelins, je me suis aperçue que j'avais écrit plusieurs nouvelles traitant du même univers et parlant de personnages parents. J'en ai fait un recueil, qui a finalement évolué en roman. Il n'a toujours pas été publié (mais je ne désespère pas), mais ça m'a désinhibée du roman parce que j'ai réalisé que sans le vouloir vraiment, j'avais écrit un pavé. Depuis, je crois que je préfère ça ! De toute façon, j'ai toujours été très prolixe et le principal problème que je rencontre dans mes nouvelles, c'est de les maintenir justement au format de nouvelles, donc passer au roman s'est fait naturellement une fois que l'idée était assumée.

41Ltg_DsE7L__SL200N : Donc tu n'avais pas prévu au départ de faire de Changelins une série ?

SD : Au début, je voulais en faire une nouvelle, mais quand j'ai vu la taille de "l'introduction"  et tout ce que j'avais encore comme idée, alors oui, je suis passée directement du stade "nouvelle" au concept de "série".

N : Pourquoi ce titre, Changelins? Syrine serait-elle une enfant des fées élevée par des humains ?

SD : Pour le moment, il n'y a pas de fées ni d'elfes dans Changelins, mais c'est vrai que je suis partie de cette idée. J'ai essayé de donner une nouvelle vision des changelins en l'adaptant à notre société et à cet univers. Syrine a été élevée par des humains, mais elle se découvre des capacités qui ne sont pas humaines, et elle ne se sent pas à sa place parmi les hommes. D'ailleurs, elle est aux prises avec l'Ancienne, une entité qui n'est pas humaine non plus et avec laquelle elle va se découvrir un lien.
On en découvre plus dans le tome 2, mais sans dire qu'elle est une enfant des fées, il est clair qu'elle a une ascendance particulière et qu'elle est à la frontière des mondes, comme les changelins traditionnels.

N : Dans Bit-lit !, tu dis que la bit-lit française n'existe pas. Pourtant, dans ma petite tête, Changelins appartient clairement à ce genre... même si l'action ne se situe pas dans un contexte anglo-saxon, que tu fais une part plus discrète à la romance, et que tu multiplies les références à d'autres genres, notamment aux comics. L'irruption du fantastique dans la réalité, le sang, les morsures, tout ça mêlé au quotidien d'une héroïne très proche de nous, qui se débat avec sa colère, sa douleur, ses peurs, ses sentiments exacerbés... Tout ça colle pour moi vraiment à la bit-lit. Tu n'es pas d'accord ?

SD : Si, si... le problème, c'est que je n'ai pas conçu Changelins comme étant de la bit-lit, donc j'ai du mal à coller cette étiquette dessus. En plus, dans Bit-lit !, je n'allais quand même pas parler de mes propres écrits, ça ferait vraiment auteur égocentrique ! Je crois que Changelins contient en effet beaucoup d'éléments bit-lit, on ne peut pas baigner dans un genre sans être influencé. Mais il s'en démarque par de nombreux autres côtés. Par exemple, il n'y a aucun élément romantique, que ce soit du sexe, de l'histoire d'amour, de la romance, rien n'évoque Twilight, pas plus qu'Anita Blake. Et le côté policier, avec une enquête et une lutte contre des méchants qui veulent dominer le monde (ou semer le chaos) n'est que très schématisé. Je pense que Changelinsse rapproche plus de la fantasy urbaine que de la bit-lit. Mais comme la bit-lit est issue de la fantasy urbaine, on pourrait dire que Changelins est un petit frère de la bit-lit. Ou un cousin germain.

N : Ton style est très visuel. Es-tu attirée par une mise en forme de Changelins en bd ?

SD : Ce serait bien... j'adorerais ! Plein de gens m'ont posé la question, mais pour le moment, personne ne s'est proposé pour me faire de beaux dessins. Je dois vraiment avoir la réputation d'une auteur caractérielle qui dévorerait tout cru le pauvre dessinateur ! Mais ça me ferait vraiment plaisir, pourtant !

N : L'appel est lancé... :)
Dans ton roman, tu places Syrine dans des lieux que tu sembles bien connaître. Qu'est-ce qui a ta préférence : retranscrire l'atmosphère de lieux que tu as déjà visités ou en inventer d'autres de toute pièce ?

SD : Quand ce sont des endroits qui existent dans notre univers, je préfère les avoir visités. Une photo ou un guide touristique ne remplacera jamais le ressenti, le vécu et les petites anecdotes. Mais quand ce sont des endroits imaginaires, je fais l'inverse : j'essaie de les doter d'une apparence d'endroits réels, même si je n'y suis jamais allée, pour qu'ils évoquent quand même quelque chose au lecteur. Tout en y rajoutant une touche d'exotisme "alien".

N : Dis-nous... à partir de quand peut-on espérer lire la suite des aventures de Syrine ?

SD : Très bientôt ! Je suis en plein dedans et les idées se bousculent ! Je ne peux pas donner de date, tout dépendra ensuite de l'éditeur, mais ma partie, l'écriture, avance vraiment rapidement, j'ai passé le cap qui m'angoissait la semaine dernière (une scène difficile à écrire) et maintenant, ça roule comme sur des rails ! Ca roule même de façon un peu trop productive, j'ai déjà écrit un truc énorme, et je n'en suis pas encore à la moitié du synopsis !

41q9TU52mGL__SL200N : La bit-lit - terme qui, nous apprends-tu, a été inventé en France - est un phénomène éditorial assez récent dans notre pays. J'ai donc été impressionnée par le recul que tu réussis à prendre sur le sujet. Alors dis-nous, comment est venue l'idée d'écrire sur la bit-lit ?

SD : Au début, ça a été une plaisanterie entre André-François Ruaud (le "berger en chef" des Moutons Electriques) et moi. J'adore les essais des Moutons et j'insistais pour qu'il en sorte un sur Buffy. L'idée le tentait, mais il m'a dit qu'il préfèrerait que ce soit sur la bit-lit en général, le genre le plus proche de Buffy, et comme il savait que j'adorais ça (j'en lis depuis très longtemps, surtout en VO), il m'a dit que si je voulais un essai sur le thème, je n'avais qu'à l'écrire. J'ai un peu ricané. C'était avant Noël, j'ai dit que j'y réfléchirai... et Noël est passé. Début janvier, il m'a demandé si j'avais pensé à un sommaire, et là, j'ai réalisé qu'il était tout à fait sérieux et j'ai commencé à paniquer. J'ai ressorti tous mes bouquins, j'ai noté des idées sur un bout de papier (en fait, un fichier sur ordi), et un mois après le projet était lancé avec un sommaire et beaucoup de signes !
Je ne remercierai jamais assez André d'avoir insisté pour que cette "idée en l'air" se concrétise !

N : Pour ton essai, d'autres auteurs t'ont apporté leur concours. Comment s'est passée la collaboration ?

SD : Ca s'est très bien passé, tout naturellement. C'était la première fois que je ne bossais pas toute seule dans mon coin (la première fois que j'écrivais un essai aussi), et les auteurs qui ont travaillé avec moi sur le sujet étaient déjà des vétérans dans le genre, ils m'ont beaucoup aidée.

N : Tu y fais un parallèle qui m'a beaucoup frappée entre la bit-lit et les romans de Jane Austen. Je dis frappée, parce que je n'avais jamais fait le rapprochement, mais c'est vrai qu'en général, quand on aime la bit-lit, on aime Jane Austen. Pour ceux qui n'ont pas lu l'essai, pourrais-tu nous expliquer ce parallèle ?

SD : Déjà, les points communs les plus frappants, c'est le côté féminin, voire féministe : dans Jane Austen, on parle principalement d'héroïnes, de femmes qui racontent elles-mêmes leur histoire, aux prises avec une société qui ne leur offre pas la possibilité de développer leur potentiel. Ensuite, il y a la critique de la société. La bit-lit comme les romans de Jane Austen montrent toujours un contexte où les comportements divergents sont réprouvés et où les héroïnes doivent se battre pour faire valoir leurs droits. Ça a aussi été le cas de la vie même de Jane Austen. Quand elle parlait du mariage pour les femmes, des problèmes de dot et de la nécessité de trouver un mari, elle parlait de son propre cas et de la frustration qui en découlait. Puis il y a la description de l'époque : c'est toujours des histoires contemporaines à l'auteur, qui décrit son quotidien, son environnement et son époque, dans tout son côté prosaïque. Les histoires d'amour (contrariées) sont omniprésentes dans les deux genres. Sans parler du faible de Jane Austen pour les romans gothiques, qu'elle a parodié dans Northanger Abbey, qui étaient à la mode à son époque, et que la bit-lit utilise aussi sous la forme du fantastique.
Il faudrait poser plutôt la question à Isabelle Ballester, qui est la véritable spécialiste du genre (c'est elle qui a écrit l'article sur Jane Austen dans Bit-lit !. Et elle a aussi écrit un essai sur cet auteur aux Moutons Electriques). Moi, je ne suis qu'une fervente lectrice bavarde.

N : Est-ce que tu as pris plaisir à écrire cet essai ? C'est, j'imagine, une forme qui nécessite plus de documentation que la fiction ; quelles sont les autres différences ?

SD : Le stress ? La conscience aiguë de ne pas être diplômée de lettres et de plonger à l'aveuglette dans un puits sans fond de problèmes ?
En fait, Bit-lit ! a été une grande aventure. C'était ma première commande, mon premier essai, mon premier travail d'équipe, puisqu'il a fallu organiser la collaboration avec d'autres participants. La documentation... ça n'a pas été le plus dur, je lis de la bit-lit depuis des années. Mais organiser tout ça, définir un axe, et surtout, écrire de façon plus méthodique, le tout dans un délai très serré (pour moi), ça a été une grande période de remise en question (et de crises existentielles quotidiennes !)...
sophie_dabatMais au final, quelle fierté ! Et oui, a posteriori, quel plaisir d'avoir relevé le défi et d'être parvenue à tenir les promesses ! Je ne pensais pas y arriver (merci d'ailleurs à André et Julien et mon chéri d'avoir su me ramasser à la petite cuillère à chaque fois que j'ai pensé jeter l'éponge) mais maintenant que c'est fait, je repense aux bons moments, aux phases d'écriture où tout coulait de source, aux séances photo, à la joie d'avoir bouclé une partie... c'était vraiment gratifiant !

N : Es-tu prête à renouveler l'expérience sur d'autres sujets ?

SD : Projet en cours ! Enfin, projet en cours de conception, je me donne un petit délai pour passer à la phase écriture, il faut d'abord que je termine le tome 2 de Changelins !

N : Tu nous présentes dans Bit-lit ! un beau panel d'oeuvres mettant en scène les créatures de la nuit. Dis-nous, pour quel vampire as-tu un petit faible ?

eric_true_blood_500x281SD : Allez, je vais frapper un grand coup : Eric Northmann, dans True Blood ! J'adore l'acteur Alexander Skarsgard, et le personnage dans les romans est tout aussi séduisant et fascinant. Dans le même genre, je suis accro à Spike dans Buffy. Ce qui est bizarre, c'est que dans la réalité, je préfère les bruns ténébreux (de préférence les musiciens, pas vrai, chéri ?) plutôt que les beaux blondinets. Ça doit être le côté voyou...
Et en littérature, un vampirature favori...
Bones, dans la série Chasseuse de la nuit. Encore un blond (décoloré) voyou, motard, avec en plus l'accent et l'humour anglais (comme Spike).

N : Quels sont tes projets littéraires ? Maintenant que te voilà romancière, peut-on espérer te retrouver dans des anthologies ?

SD : Bien sûr ! Il va y avoir une anthologie aux éditions CDS, dirigée par Charlotte Bousquet, et deux autres chez Argemmios, dirigées par Nathalie Dau. J'ai d'autres nouvelles en soumission en ce moment, mais c'est vrai que j'ai plus de mal à écrire des nouvelles pour des appels à texte quand j'ai un roman en cours. Sinon, j'ai un joli texte (je ne dis pas ça pour me vanter mais parce que j'éprouve beaucoup d'affection pour cette nouvelle) qui va bientôt sortir dans le fanzine "Eclats de rêves", et un autre dans le prochain "Chemins de Traverses", un texte qui se déroule dans le désert, et dans le même univers que le premier roman que j'ai écrit et qui n'a jamais été publié. Comme il est toujours en soumission chez quelques éditeurs, je garde espoir que quelqu'un l'adoptera un jour...
Et sinon, hé bien, les projets du moment : Changelins 2, 360 000 signes au compteur et encore beaucoup de choses à dire, et un nouvel essai après ! Et plein d'idées pour des romans, des nouvelles, des romans graphiques, des sketches de théâtre... je manque de temps !

N : Merci Sophie pour m'avoir accordé un peu de ton temps précieux ! Le mot de la fin est pour toi...

SD : ... et comme pour la présentation, je sèche ! C'est horrible !
Bon allez, je me lance. Le mot de la fin : merci !

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31 janvier 2011

Bit-Lit !

41q9TU52mGL__SL200Bit-Lit ! L'amour des vampires - Sophie Dabat
Les Moutons Electriques
2010, 354 pages
25 €

Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire (mais avant tout, pour le plaisir !!).

Résumé

Suite au succès de Twilight - la saga de Stephenie Meyer - et des films qui en sont tirés, on a vu fleurir (pour ne pas dire déferler) sur les tables des librairies françaises des romans ayant pour personnages principaux femmes ou jeunes filles aux prises avec des créatures surnaturelles, avec lesquelles elles entretiennent des rapports amour-haine dont les lecteurs semblent n'être pas prêts de se lasser.

Sophie Dabat (auteur de Changelins, sorti récemment aux éditions Black Book) s'est penchée sur ce phénomène récent en France et plus ancien dans les pays anglo-saxons. Dans Bit-Lit !, elle brosse un portrait très complet de cette littérature, passant en revue les origines du genre, les différents univers qui y sont développés, les personnages humains et surnaturels qui y évoluent, le tout entrecoupé d'extraits d'oeuvres phares de ce courant et d'interviews de Charlaine Harris (La communauté du Sud) et Kelley Armstrong (Femmes de l'Autremonde). De Buffy à Anita Blake, en passant par Bella Swan et Sookie Stackhouse, préparez-vous à cheminer au côté de ces belles héroïnes pendant 354 pages !

Mon avis

Tout d'abord, comment ne pas saluer le travail de recherche et de réflexion sur ce genre somme toute assez récent en France, et sur lequel il est donc difficile d'avoir un peu de recul ? On pouvait imaginer que cet ouvrage se bornerait à dresser un catalogue amélioré des séries qui cartonnent... mais on est bien au-dessus de ça. Si Bit-Lit ! regorge effectivement de titres et d'extraits d'ouvrages et fait un panorama assez large des parutions de bit-lit adultes et jeunesses (je vous conseille d'ailleurs de le lire crayon en main pour noter tout ce que vous aurez fatalement envie de lire une fois cette lecture achevée), Sophie Dabat et ses collaboratrices y proposent aussi et surtout des réflexions très pertinentes, éclairantes - voire étonnantes ! - sur un certain nombre de points : les liens entre la bit-lit, la chick-lit, mais aussi le roman sentimental, le roman gothique, le roman policier et... Jane Austen, par exemple. On aura aussi l'occasion de les voir analyser le comportement des héroïnes, leurs rapports avec leur féminité, leur violence, leur sexualité, leur envie - ou dégout - à l'idée d'enfanter... Finalement, ce genre qui semble plutôt léger (et qui l'est, sous bien des aspects), est bien plus profond qu'il n'en a l'air, et c'est un des mérites de cet ouvrage que de mettre le doigt sur ce point.

Une autre qualité de cet essai, c'est qu'il colle vraiment bien au genre dont il parle : si vous aimez lire de la bit-lit, vous prendrez plaisir à lire Bit-lit ! Dit comme ça, ça parait évident, mais qui n'a pas fait l'expérience de s'ennuyer profondément en lisant un essai sur un sujet qui pourtant le passionne ? Eh bien, pas de ça ici ! Bit-Lit !, tout comme la bit-lit, ça déménage ! Le découpage est dynamique, les titres de parties pleins de second degré, le style imagé... Tout ça est entrecoupé d'extraits, de couvertures de livres, et surtout de photos mettant en scène, entre autres modèles, l'auteur elle-même. Ces photos ajoutent à l'ouvrage les touches d'humour, de glamour et de second degré si chères au genre littéraire dont il discourt. Voilà qui contribue agréablement à la cohérence de Bit-Lit !, et c'est un vrai plaisir pour les yeux !

Un livre passionnant donc - je dirais même fascinant, si j'osais le jeu de mot pourri -, à la fois drôle, intelligent, bien écrit, et créateur d'envie. Un indispensable à découvrir !

sophie_dabat

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Ailleurs

41vpbxPqGlL__SL200Ailleurs (Les Eveilleurs - Tome 2) - Pauline Alphen
Editions Hachette
2010, 355 pages
14 €

Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire.

Clic ici pour ma chronique de Salicande, le tome 1.

Résumé

Souvenez-vous. C'était l'anniversaire de Jad, il y eut un orage terrible, d'étranges boules de lumière traversant la salle des festivités... Et maintenant, rien ne sera plus comme avant. Eben et Bahir morts, Jad, Ugh et Jwel disparus, et Claris... et bien personne ne sait où est Claris, qui semble avoir disparu quand on lui a appris que le plafond de la salle où se trouvait son jumeau s'est écroulée sur ses occupants...

La petite communauté que l'on avait pris tant de plaisir à découvrir et à suivre dans Salicande est donc séparée. Les survivants, chacun dans leur cauchemar, tentent de comprendre ce qui s'est passé... Le Mandarin se torture de ne pas avoir mieux protégé les jumeaux. Jad et Ugh, perdus dans un lieu étrange qu'ils nomment les limbes, se demandent s'ils sont vivants ou morts. Et Claris, folle de douleur à l'idée d'avoir perdu son frère, a disparu de Salicande et oublié son passé, de sa langue maternelle à son propre nom...

Mon avis

Un second tome sombre donc, où l'on retrouve les personnages plongés dans de grands tourments. Les premiers chapitres sont plein d'émotions, très douloureux, et comme dans Salicande, la plume de l'auteur dépeint à merveille les sentiments et les sensations. Cette plume est incontestablement un des points forts de cette série : intuitive, fluide, elle sait traduire avec les mots les plus simples les concepts et les sentiments les plus complexes.

On retrouve également avec beaucoup de plaisir le monde cohérent créé par Pauline Alphen. C'est une idée de génie d'avoir placé ce monde quelques siècles après notre ère, ce qui permet de se projeter dans les dérives de nos sociétés, et d'ancrer les personnages dans une dimension à la fois éloignée de nous (ils n'ont plus nos moyens de communication, ils sont revenus à une espèce de Moyen-Âge fantasmé) et très proche (nos best-sellers de littérature - Harry Potter, Eragon, Tobie Lolness... - sont devenus leurs classiques, parés d'une aura de respectabilité qu'ils ne possèdent pas encore à notre époque).

D'un point de vue esthétique, ce monde est également une merveille. La forêt, la mer, la montagne retrouvent sous la plume de l'auteur leurs mystères, leurs pouvoirs, en un mot leur magie. La faune et la flore qui y évoluent sont fascinantes.

Finalement, s'il fallait faire un seul reproche à ce second tome, ce serait la lenteur avec laquelle évolue l'intrigue. Mais franchement, il est tellement dépaysant de se retrouver dans ce monde que l'on se fiche complètement du rythme de l'action. Pour ma part, Les Eveilleurs pourraient s'étendre sur dix tomes, je ne m'en lasserai pas ! Vivement la suite.

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07 décembre 2010

Beautiful nightmares

beautifulnightmaresBeautiful nightmares - Nicoletta Ceccoli
Editions Soleil, Collection Venusdea
2010, 135 pages
34,90 €

Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire (merci à elles et aux éditions Soleil pour ce magnifique cadeau de Noël avant l'heure).

Présentation

Nicoletta Ceccoli est une artiste mondialement connue. Elle est l'illustratrice de nombreux contes et albums à l'étranger, où elle expose et a obtenu de prestigieux prix. Son travail remarquable passe plus inaperçu en France. Pourtant, si vous êtes amateur de polars nordiques, la mélancolie et la douceur apparente de ses compositions vous disent peut-être quelque chose : on lui doit la couverture du Prédicateur, célèbre roman de Camilla Läckberg sorti aux éditions Actes Sud (Actes Noirs). Depuis quelques années, son travail est également décliné en France en carte postale, carte de voeux et petits carnets de notes. Mais Beautiful nightmares est le premier artbook a lui être consacré dans notre langue.

Mon avis

Je ne sais pas par où commencer pour vous décrire ce livre, tant il foisonne de merveilles. Mais attention, il ne s'agit pas ici de merveilles enfantines. Les songes de Nicoletta Ceccoli ne sont pas à placer entre toutes les mains. Le moins que l'on puisse dire, c'est que son travail interpelle. Le titre - Beautiful nightmares donc - a beau annoncer la couleur, ce qui frappe en premier dans le travail de l'artiste, c'est une impression de poésie et de douceur. Les couleurs pastels, les visages ronds, les jolis robes, la blondeur presque systématique des personnages, les ambiances d'apparence enfantine, l'atmosphère un peu floue, estompée... On croit nager dans du coton, jusqu'à ce que l'on s'attache aux détails : là, on note les visages fermés, les sourires absents, les yeux tristes, clos ou vides, la présence d'insectes plus ou moins menaçants, les postures tantôt dominatrices, tantôt abandonnées, les allusions sexuelles, la taille disproportionnée des visages, des membres, des yeux... Une fois arrivé là dans la contemplation, on comprend sans difficulté la présence du mot "cauchemar" dans le titre : l'artiste a un véritable talent pour peindre ce moment précis où un rêve confortable et réconfortant vire peu à peu pour devenir menaçant, puis dangereux. C'est précisément ainsi que j'ai ressenti ses peintures : la beauté, la douceur, sur lesquelles plânent les ombres menaçantes de la peur, de l'angoisse, de l'obsession, de la mélancolie...

Mais ce n'est qu'une interprétation personnelle, et c'est sûrement ici que réside toute la force du travail de Nicoletta Ceccoli : chacun peut y trouver son propre reflet. Le merveilleux de cette artiste est un merveilleux ambigü, dont la beauté et la dangerosité parlent aux tripes autant qu'aux yeux. On pense à Dali et à ses peintures surréalistes. On pense aussi à soi-même, à ses propres peurs, à ses propres cauchemars, magnifiés et mis en scène ici avec un rare talent.

Un livre magnifique donc, très original, qui fait rêver autant qu'il interpelle.

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13 novembre 2010

La secte des assassins

Guerres_du_monde__merg_Guerres du monde émergé, tome 1 : La secte des assassins - Licia Troisi
Editions Pocket Jeunesse
2010, 556 pages
19 €

Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire.

Résumé

A 17 ans, Doubhée est déjà une voleuse expérimentée. Elle enchaîne menus larcins et gros coups chez les nobles du monde émergé. La jeune fille n'a pas le choix : elle ne peut compter que sur elle-même. Elle fuit un passé terrible qui l'a amenée à tuer à plusieurs reprises, ce qu'elle ne voudrait recommencer pour rien au monde.

La Guilde des Assassins a pourtant un autre avis sur la question. Pour ses membres, Doubhée est une Enfant de la mort qui se doit de dédier sa vie à Thenaar, le dieu des meurtriers. Ils lancent une malédiction sur la jeune fille afin de la forcer à rejoindre leurs rangs. Doubhée n'a plus le choix : elle devra rejoindre la Guilde et se plier à ses enseignements... ou fuir et mourir.

Mon avis

Il y a maintenant quarante ans que Nihal, Sennar, Ido et leurs compagnons ont libéré les terres du monde émergé du joug du Tyran. La situation est pourtant loin d'être apaisée... Dohor, ennemi juré d'Ido, a pris le pouvoir, et dans l'ombre, la Guilde des Assassins fomente un complot pour ramener le Tyran à la vie. C'est dans ce contexte violent que l'on découvre Doubhée, héroïne de la nouvelle série de Licia Troisi, qui a autant de charisme que la demi-elfe Nihal.

Le troisième tome des Chroniques du monde émergé m'avait lassée, et c'est sans conviction que j'ai entamé cette lecture. J'ai pourtant immédiatement accroché. On retrouve dans La secte des assassins tout ce qui faisait le charme de la série précédente, les défauts en moins : des personnages charismatiques, torturés, mais cette fois, qui agissent au lieu de se morfondre... Le pessimisme qui plombait Le talisman du pouvoir s'est évaporé. On découvre une histoire passionnante, pleine de rebondissements, peuplée par des personnages que l'on prend plaisir à connaître et à suivre.

Si ce tome constitue bien une suite des Chroniques du monde émergé, puisqu'il démarre quarante ans après, ne vous attendez pas à y retrouver Nihal et ses compagnons. Trois cents pages s'écoulent avant qu'on ait une allusion au gnome Ido, qui ne fait ensuite que des apparitions épisodiques dans le cours de l'intrigue. Mais ça n'a pas d'importance ! Les nouveaux personnages ont autant à offrir que les anciens.

Un très bon premier tome qui relance sans conteste mon intérêt pour l'univers du monde émergé.

Cliquez sur les titres pour découvrir mes chroniques des tomes précédents :

Chroniques du monde émergé, tome 1 : Nihal de la terre du vent
Chroniques du monde émergé, tome 2 : La mission de Sennar
Chroniques du monde émergé, tome 3 : Le talisman du pouvoir

Posté par naolou à 14:35 - Jeunesse - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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05 octobre 2010

Reckless

recklessReckless, tome 1 : Le sortilège de pierre - Cornelia Funke
Editions Gallimard Jeunesse
2010, 327 pages
15 €

Merci aux Chroniques de l'Imaginaire et aux éditions Gallimard pour cette découverte.

Résumé

Dans la maison de la famille Reckless, il y a un miroir au cadre orné de roses plus vraies que nature. Ce miroir est splendide, mais pas seulement : il est aussi et surtout magique. Il s'agit d'une porte vers un autre monde, un monde où les contes deviennent réalité, plongeant ceux qui s'y risquent dans une expérience aussi dangereuse qu'envoûtante.

Jacob Reckless avait douze ans lorsqu'il a franchi le miroir pour la première fois. Depuis, il ne cesse d'y revenir. Derrière le miroir, le monde a plus de saveur, plus de couleur. Et puis Jacob espère y retrouver son père, disparu des années plus tôt. Un jour, son petit frère Will, lassé des absences perpétuelles de son aîné, décide de franchir le miroir à son tour. Attaqué par un Goyl, une créature à la peau de pierre, il contracte une maladie étrange. Jacob sait ce que signifie une telle blessure : l'existence de son frère, son existence en tant qu'être humain, est menacée. Will va peu à peu se transformer pour devenir Goyl à son tour : coeur de pierre, peau de pierre. Jacob est sur le point de perdre son frère, et il ne peut l'accepter. Il est prêt à tout pour faire en sorte de lui rendre sa forme humaine. Mais la fée sombre, maîtresse du roi des Goyls, ne l'entend pas de cette oreille. Car c'est du jade qui pousse sur la peau de Will, et une prophétie ancienne dit qu'un Goyl à la peau de jade viendra en son temps pour rendre son roi immortel...

Mon avis

Ce premier tome de la nouvelle série signée Cornelia Funke est une véritable merveille. Beaucoup plus mature et abouti que la trilogie Cœur d'encre, Reckless nous entraîne dans un monde où la magie, la terreur et le merveilleux règnent en maîtres. Truffé de références aux contes et légendes classiques, enrichi d'inventions brillantes de l'auteur, ce premier tome nous fait découvrir un imaginaire riche et maîtrisé qu'on ne se lasse pas de contempler. Toute la complexité des contes de fées est exprimée dans ce roman : on oscille avec les personnages entre émerveillement et inquiétude, terreur et fascination.

Pour ajouter encore au plaisir du lecteur, chaque début de chapitre est doté d'une illustration en noir et blanc. Ces crayonnés magnifiques sont le fruit de Cornelia Funke elle-même, dont on avait déjà découvert le beau coup de crayon dans la trilogie Cœur d'encre, où ses dessins se faisaient plus discrets. Ici, ils prennent une place plus ample et méritée, et complètent à merveille l'ambiance très particulière du roman.

Seul bémol : les personnages manquent pour l'instant un peu de consistance, les humains surtout. Les Goyls, les fées et Fox, femme-renarde et amie fidèle de Jacob, sont bien mieux croqués. Mais il ne faut pas oublier qu'il ne s'agit que d'un premier tome ; l'auteur prend probablement son temps pour poser les jalons d'une histoire où les relations entre les protagonistes promettent d'être intenses et passionnantes.

Pour ma part, je suis pleinement conquise par cette introduction. Il me tarde de lire la suite de Reckless, pour replonger dans ce monde cruel et exaltant.

Posté par naolou à 08:08 - Fantastique - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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04 octobre 2010

Cidre et dragon 2010, les photos

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Mieux vaut tard... nia nia nia ! Voici enfin quelques photos du festival Cidre et dragon 2010 qui s'est déroulé le 18 et 19 septembre à Merville Franceville :

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Hervé Gourdet (organisateur du Printemps des légendes) en train de me dédicacer son livre ;

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Partie de Trollball sur la plage ;

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Le campement médiéval ;

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Vivement la prochaine édition !

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19 septembre 2010

L'enjomineur, 1793

LenjomineurL'enjomineur, 1793 - Pierre Bordage
Editions J'ai Lu, Collection Fantasy
2010, 475 pages
8,40 €

Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire.

Résumé

République de France, 1793. La Terreur gronde... On retrouve Emile et Cornuaud quelques semaines après les avoir quittés. Emile a failli à la mission que Mélusine lui avait confiée pour tenter de retrouver Perrette : il fuit donc la Vendée pour gagner Paris, tourmenté par ses blessures physiques et mentales, armé de la dague magique que lui a offert la créature serpentine. Cornuaud, quant à lui, lutte avec de moins en moins de conviction contre la sorcière noire qui l'a ensorcelé. Il commence à accepter sa malédiction et prend un plaisir de plus en plus profond à tuer. Tout juste sorti de prison, il devient un agent de la Révolution et peut ainsi asouvir la soif de sang de sa sorcière en toute tranquillité...

En toile de fond des pérégrinations de ces deux personnages, la secte de Mithra gagne du terrain. On découvre avec effroi toute l'étendue de son influence sur le destin de la France et du monde...

Mon avis

Ce second tome de L'enjomineur est encore plus passionnant que le premier. Le rythme en est plus soutenu : Bordage a posé son décor et fait maintenant avancer l'action à toute allure. Le destin des personnages principaux se précise. On en apprend un peu plus sur le passé d'Emile ; on devine la noirceur du futur de Cornuaud. Enfin, ces deux personnages se croisent et mêlent leur destinée dans l'intrigue, pour le pire...

Si Bordage continue à apporter un soin tout particulier à la peinture historique de cette période tourmentée de l'histoire de France, il laisse dans ce second tome plus de place au merveilleux, au fantastique, à la magie. Une sirène vient même interférer dans le cours de l'intrigue... une créature merveilleuse que l'on croise trop rapidement et qu'on aurait aimé mieux connaître ! (au passage, vous avez vu cette magnifique couv ??)

La fin de ce second tome, très abrupte, ne donne qu'une envie : se plonger dans la suite, en espérant qu'elle soit à la hauteur des deux excellents premiers volets.

Posté par naolou à 13:20 - Fantastique - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
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18 septembre 2010

Cidre et dragon 2010

Aujourd'hui et demain se déroule le festival Cidre et Dragon à Merville-Franceville (14810), à mi-chemin entre Cabourg et Caen. Le festival tourne autour de tout ce qui touche à la fantasy : GN, concert (Omnia le samedi soir), animation de rue, boutiques et campement médiéval...

Toutes les informations ici.

J'y serai, j'essaierai de vous poster quelques photos demain soir.

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Posté par naolou à 11:44 - Fantasy - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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