08 mai 2011
L'enlèvement du Prince Armand
Princesses mais pas trop, tome 1 : L'enlèvement du Prince Armand - Jim C. Hines
Editions Castelmore
2011, 377 pages
12,90 €
Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire.
Résumé
Danièle a emménagé depuis peu dans le château de son prince. Sa vie est un conte de fées. Sa plus grande difficulté pour s'adapter à sa nouvelle existence consiste à ne pas parler trop familièrement à ses serviteurs, et à ne pas les aider dans leurs tâches quotidiennes. Pas évident quand on a passé la plus grande partie de sa vie comme esclave pour ses demi-soeurs et sa belle-mère. Vous l'avez deviné ? Danièle est Cendrillon, et débute dans la vie de château.
Et ses demi-soeurs, tiens, parlons-en. Voilà que Charlotte, la plus jolie - et la plus teigne - des deux, vient sonner à la porte de Danièle. Elle a des revendications à faire : le pied qu'elle a mutilé pour le faire entrer - en vain - dans la pantoufle de verre la fait souffrir ; sa mère vient de décéder suite aux blessures infligées par les colombes au mariage de Cendrillon. Alors Charlotte est très très énervée. Tellement énervée qu'elle a décidé de supprimer Danièle...
Mais que fait le prince, pendant que l'on s'attaque à sa belle ? Bonne question. A vrai dire, il est introuvable, et il semble qu'il ait été enlevé... Il va falloir à Danièle un sacré courage et beaucoup d'aide pour remettre la main sur son mari. Heureusement, Talia (la belle au bois dormant), et Blanche (Blanche-Neige) veillent au grain...
Mon avis
Les princesses se trouvent ici dans un joyeux foutoir, mélange de fantasy et d'humour, avec de nombreux emprunts aux contes classiques et à leur adaptation par Disney. J'adore les histoires inspirées des contes, mais je suis plus habituée aux adaptations sombres. Ici, c'est l'humour qui prime, et j'ai adoré ça ! Blanche-Neige, la Belle au bois dormant et Cendrillon ne s'en laissent pas conter, croque les hommes pour l'une, les déteste pour l'autre et n'hésite pas à voler à leur secours pour la troisième ! J'ai vraiment apprécié ces trois personnages surprenants. L'auteur glisse dans leur bouche des répliques qui m'ont fait mourir de rire.
L'intrigue ne casse pas vraiment des briques - même si elle réserve quelques surprises - mais peu importe. J'ai vraiment passé un excellent moment en compagnie des princesses et je suis convaincue qu'il en sera de même pour un grand nombre de lecteurs. Voilà un livre qui ne se prend par au sérieux et qui a pour seul but de distraire, quel que soit votre âge. En ce qui me concerne, pari absolument réussi, et j'ai hâte de lire la suite !
12 avril 2011
Dans la nuit brune
Dans la nuit brune - Agnès Desarthe
Editions de l'Olivier
2010, 210 pages
18 €
"Interdiction de se souvenir, scande Jérôme, comme s'il lisait cette formule sur le mur de la cuisine, et, soudain, il ne sait pourquoi, il éprouve le soulagement de celui qui s'est concocté une devise. Interdiction de se souvenir de ce qui blesse, de ce qui gêne. Car si on s'en souvient, on y pense, on en parle, on pose des questions et ça revient, ça rôde, comme un spectre."
Résumé
Jérôme se satisfait de sa petite vie sans histoires. Cinquante ans, divorcé, agent immobilier, il vit avec Marina, sa fille adolescente. Mais l'amoureux de Marina vient de mourir, victime d'un accident de moto. La jeune fille est dévastée, et Jérôme, qui se voyait en père jusqu'ici plutôt efficace, se trouve complètement désemparé devant l'ampleur de ce chagrin. Le désordre s'installe peu à peu dans sa vie. Soudain Jérôme se met à penser à tout ce qui fait sa vie, ou son absence de vie : un boulot ennuyeux, un mariage sans passion, et bien avant ça, sa drôle d'enfance. Il est un enfant trouvé par ses parents adoptifs alors qu'il errait dans la forêt. Il ne sait rien de ses premières années ni de ses origines, et se trouve forcé d'admettre qu'il ne sait pas grand chose de plus de la personne qu'il est devenu aujourd'hui.
Mon avis
Je n'ai fait qu'une bouchée de ce petit livre, et il m'a tellement plu que je me trouve bien embêtée au moment de rédiger ce billet. Voilà un livre que j'ai lu stylo en main, et que j'aurais griffonné en long en large et en travers s'il m'avait appartenu. Chacune de ses phrases ou presque est un petit bijou de justesse, de vérité et d'émotion. La plume d'Agnès Desarthe est sinueuse, un peu désordonnée, très intuitive, à l'image des flots de pensées qui assaillent son personnage, lequel se met d'ailleurs à vivre carnet et crayon à la main pour noter ce qui lui passe par la tête. Les phrases sont longues et comprennent souvent plusieurs idées entre la majuscule et le point. On a l'impression d'une suite de petits riens : petites pensées, petits souvenirs, petites émotions, petites impressions, qui forment pourtant un tout plein de sens.
L'intrigue est pareille : une sucession de petits riens qui, une fois le livre terminé, devient un tout très cohérent. C'est souvent triste, mais la fin est pleine d'espoir. J'ai parfois eu l'impression d'être dans un conte de fées, même si je me demande un peu à quoi ça tient : les personnages secondaires énigmatiques, qui semblent tous avoir un rôle bien précis à jouer dans le destin des personnages ? l'omniprésence de la nuit, de la forêt, de la terre, du vent ? Je n'en sais trop rien, mais l'atmosphère est très particulière, symbolique, empreinte de la magie des contes.
Bref, un très très beau livre, qui me laisse toute retournée, la gorge serrée, et me donne envie de découvrir d'autres écrits d'Agnès Desarthe.
15 février 2011
Coeur de glace
Coeur de glace - scénario de Marie Pommepuy, illustrations de Patrick Pion
Editions Dargaud, Collection Long Courrier
2011, 70 pages
14,95 €
Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire.
Résumé
Une famille d'ogres attaque un carrosse et tue tous ses occupants à l'exception de Gerda, une belle petite fille habillée comme une princesse. Ils l'emmènent dans leur repaire, et leur petite ogresse de fille se prend d'amitié pour Gerda, bien qu'elle soit logée, tout comme les animaux qu'ils capturent, dans leur garde-manger. Drôle d'amitié, puisque Gerda porte des fers, dort dans une cage, et craint à tout instant d'être mangée.
A l'instar de Shéhérazade, la conteuse des Mille et une nuits, Gerda comprend bien vite que si elle veut garder intact l'intérêt que lui porte la petite ogresse - et ainsi lui faire oublier que sa chair est comestible -, elle doit lui raconter son histoire. Heureusement pour sa survie, Gerda a bien des péripéties à rapporter à l'ogresse...
Car quand elle était toute petite fille, Gerda était amoureuse de Kay, un beau garçon un peu plus âgé qu'elle. Ils jouaient tous les après-midis ensemble jusqu'à ce fameux jour de neige où une poussière s'est prise entre les cils de Kay, et où une belle femme enveloppée de fourrures et de flocons a attaché la luge du petit garçon derrière son traineau pour l'emmener vers le Nord...
Mon avis
Et nous voici plongée dans une adaptation libre de La Reine des Neiges d'Andersen. On y retrouve la trame générale - la quête de Gerda pour retrouver Kay et l'amour inconditionnel qu'elle lui porte - ainsi cette atmosphère caractéristique de grand froid. Pour le reste, c'est assez différent. Le scénario est signé Marie Pommepuy, dessinatrice du duo Kerascoët à qui l'on doit Jolies ténèbres et la série Miss Pas Touche. On retrouve dans son adaptation du conte classique le mélange déstabilisant de naïveté et de cruauté qui caractérisait les œuvres précédemment citées. Dans l'univers bien particulier de Marie Pommepuy, l'amour côtoie la méchanceté, l'intelligence du cœur la bêtise, et l'horreur et le cauchemar ne sont jamais loin de pointer leur nez. Le message est franchement perturbant. On aime ou pas, mais il est impossible de rester indifférent à ces bandes-dessinées.
Côté illustrations, le trait et les couleurs de Patrick Pion m'ont semblé au premier abord un peu désuets : on a l'impression de regarder un vieux livre d'images aux teintes un peu passées... On prend pourtant vite goût à ce style, qui colle bien à la froideur et à l'atmosphère inquiétante dégagées par le scénario de Marie Pommepuy.
En somme, une bande-dessinée soignée et dérangeante qui comblera les amateurs de réécritures de contes de fées. Les lecteurs qui apprécient le travail de Kerascoët devraient également ne pas être déçus.
07 décembre 2010
Beautiful nightmares
Beautiful nightmares - Nicoletta Ceccoli
Editions Soleil, Collection Venusdea
2010, 135 pages
34,90 €
Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire (merci à elles et aux éditions Soleil pour ce magnifique cadeau de Noël avant l'heure).
Présentation
Nicoletta Ceccoli est une artiste mondialement connue. Elle est l'illustratrice de nombreux contes et albums à l'étranger, où elle expose et a obtenu de prestigieux prix. Son travail remarquable passe plus inaperçu en France. Pourtant, si vous êtes amateur de polars nordiques, la mélancolie et la douceur apparente de ses compositions vous disent peut-être quelque chose : on lui doit la couverture du Prédicateur, célèbre roman de Camilla Läckberg sorti aux éditions Actes Sud (Actes Noirs). Depuis quelques années, son travail est également décliné en France en carte postale, carte de voeux et petits carnets de notes. Mais Beautiful nightmares est le premier artbook a lui être consacré dans notre langue.
Mon avis
Je ne sais pas par où commencer pour vous décrire ce livre, tant il foisonne de merveilles. Mais attention, il ne s'agit pas ici de merveilles enfantines. Les songes de Nicoletta Ceccoli ne sont pas à placer entre toutes les mains. Le moins que l'on puisse dire, c'est que son travail interpelle. Le titre - Beautiful nightmares donc - a beau annoncer la couleur, ce qui frappe en premier dans le travail de l'artiste, c'est une impression de poésie et de douceur. Les couleurs pastels, les visages ronds, les jolis robes, la blondeur presque systématique des personnages, les ambiances d'apparence enfantine, l'atmosphère un peu floue, estompée... On croit nager dans du coton, jusqu'à ce que l'on s'attache aux détails : là, on note les visages fermés, les sourires absents, les yeux tristes, clos ou vides, la présence d'insectes plus ou moins menaçants, les postures tantôt dominatrices, tantôt abandonnées, les allusions sexuelles, la taille disproportionnée des visages, des membres, des yeux... Une fois arrivé là dans la contemplation, on comprend sans difficulté la présence du mot "cauchemar" dans le titre : l'artiste a un véritable talent pour peindre ce moment précis où un rêve confortable et réconfortant vire peu à peu pour devenir menaçant, puis dangereux. C'est précisément ainsi que j'ai ressenti ses peintures : la beauté, la douceur, sur lesquelles plânent les ombres menaçantes de la peur, de l'angoisse, de l'obsession, de la mélancolie...
Mais ce n'est qu'une interprétation personnelle, et c'est sûrement ici que réside toute la force du travail de Nicoletta Ceccoli : chacun peut y trouver son propre reflet. Le merveilleux de cette artiste est un merveilleux ambigü, dont la beauté et la dangerosité parlent aux tripes autant qu'aux yeux. On pense à Dali et à ses peintures surréalistes. On pense aussi à soi-même, à ses propres peurs, à ses propres cauchemars, magnifiés et mis en scène ici avec un rare talent.
Un livre magnifique donc, très original, qui fait rêver autant qu'il interpelle.
20 novembre 2010
Les contes de crimes
Les contes de crimes - Pierre Dubois
Editions Hoëbeke, Collection La bibliothèque elfique
2000, 256 pages
15 €
« Les contes ne sont pas tous jolis, au fond des bois des ‘Il était une fois’ se cachent de grandes peurs et bien des douleurs. Les filles de l’ogre en savent quelque chose... »
J'avais lu ce recueil dans le cadre de mon Challenge ABC 2010 ; régulièrement, je repioche au hasard dedans tant il m'avait plu...
Résumé
Avec Les contes de crimes, Pierre Dubois s’attaque aux contes de fées qui ont bercé notre enfance, essentiellement ceux des frères Grimm et de Charles Perrault. Riquet à la houppe, Peter Pan, Cendrillon, Le petit Chaperon rouge et La belle au bois dormant (pour les plus connus) révèlent dans ce recueil un visage tout autre que celui qu’on leur connaît, que ce soit dans leur version revisitée par Walt Disney ou dans leur forme première.
Mon avis
Les thèmes sous-jacents dans les versions originales sont ici clairement évoqués sous l’éclairage cru de la plume de l’elficologue : sexualité déviante, meurtre, tortures, rien n’est épargné au lecteur, qui plonge dans ce que les contes comptent de plus noir et de plus sordide. Savant mélange de merveilleux, d’horreur et de policier, ces contes revisités sont servis par une écriture ciselée à l’extrême, brillante et chatoyante. Le vocabulaire est très recherché, trop peut être, et il arrive que le lecteur se perde dans des phrases aussi sinueuses que les chemins des sous-bois. C’est le seul « reproche » que je ferais à ce livre.
Avec brio, Pierre Dubois s’approprie et se moque joyeusement des best-sellers littéraires ou gros succès du box-office, comme Carrie de Stephen King, ou la version Disney de Cendrillon. Il ne s’interdit aucune transgression, aucun rapprochement, et va toujours plus loin dans le grotesque et l’horreur : à l’image de Régis Loisel dans sa série de bande-dessinées Peter Pan, il met en parallèle Peter Pan et Jack l’éventreur ; dans sa version très personnelle de Rapunzel, on se trouve face à un crime qui rappelle étrangement Le mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux ; Cendrillon, habillée par ses amis animaux d’une robe faite de feuillages et de toiles d’araignée, est tellement irrésistible qu’elle se fait violer par son « prince charmant » ; Le petit chaperon rouge est sur le point d’être la victime d’un homme à la sexualité plus que déviante… mais rira bien qui rira le dernier.
Dubois tourne également habilement en dérision l’amour courtois et les légendes arthuriennes, mais si ce recueil bouillonne de clins d’œil, de cynisme et d’humour noir, il n’en témoigne pas moins d’un grand respect envers les contes classiques, respect qui transparaît dans le personnage récurrent de Perthwee, détective des fées, qui s’active à résoudre ces crimes surnaturels.
En résumé, si vous ne l’aviez pas encore deviné, ce recueil est pour moi un véritable coup de cœur, un livre à garder, à regarder, à lire et à relire. Si vous suivez mes conseils et que vous appréciez ces Contes de crimes, vous adorerez également les Comptines assassines du même auteur. Bonne lecture !
14 octobre 2010
Le jeudi, c'est citation ! #8
Un rendez-vous à l'initiative de Chiffonnette.
C'est Virginie Despentes, et un extrait de son génial Apocalypse bébé (chronique à venir), que j'ai choisis aujourd'hui :
"J'ai l'impression d'être le chasseur, dans Blanche-Neige, celui qui est chargé de ramener le coeur. [...] Lui, on connaît la suite, il choisit de la laisser s'échapper dans la forêt et de prendre un coeur de biche à la place. Note qu'il ne prend pas une hache pour rentrer au château et trancher la gorge de la belle-mère, ni savater le roi qui l'a laissée faire. Les contes de fées nous apprennent la vraie vie. On ne s'oppose pas à l'employeur."

06 octobre 2010
Le livre des choses perdues
Le livre des choses perdues - John Connolly
Editions J'ai lu
2010, 376 pages
7,60 €
Je remercie les Chroniques de l'Imaginaire et les éditions J'ai lu pour ce partenariat.
Résumé
Angleterre, seconde guerre mondiale. David souffre atrocement de la mort de sa mère. Pour ne rien arranger, son père a décidé de se remarier avec une femme que le petit garçon déteste. Un déménagement et un petit frère nouveau-né achèvent de bouleverser le fragile univers de David, qui passe de plus en plus de temps plongé dans les livres pour fuir cette réalité qui l'opresse.
Une nuit, un avion s'écrase dans le jardin de la maison de la famille recomposée. David, qui semble être le seul à s'être réveillé malgré le vacarme, sort dans ce décor post-apocalyptique et bascule sans le vouloir dans un autre monde, un monde où les contes qu'il adore semblent avoir élu domicile... Piégé dans cet univers où ses peurs les plus profondes ont pris corps, David devra affronter des épreuves terribles s'il veut regagner le monde réel et ceux qu'il a laissés derrière lui... mais le désire-t-il vraiment ?
Mon avis
Edité simultanément en version adulte et jeunesse chez l'Archipel en 2009 (qu'on s'entende bien, seule la couverture change !), Le livre des choses perdues sort aujourd'hui en format poche chez J'ai lu. John Connolly, qui nous avait habitué au genre policier, livre avec ce roman une histoire à la fois cruelle et merveilleuse, où les contes de fées sont prétexte à l'initiation brutale d'un pré-adolescent perdu dans les épreuves de l'existence. Le propos ainsi que la période historique ne sont pas sans rappeler le magnifique film de Guillermo Del Toro, Le labyrinthe de Pan. On y retrouve la même noirceur, la même féérie impitoyable et sans concession. La période historique troublée reflète à merveille le destin tourmenté d'un héros en pleine adolescence, noyé par des sentiments et des pulsions dont la violence le dépasse. Comme les héros des contes de fées, David va devoir apprendre à affronter ses terreurs s'il veut en sortir grandi et pouvoir accomplir sa destinée.
Le livre des choses perdues est un grand roman, un roman magnifique qui réhabilite avec finesse le pouvoir initiatique des contes de fées classiques, dont la sauvagerie traduit les tourments que l'on peut ressentir à n'importe quel moment de sa vie. Je conseille sa lecture à tous : John Connolly a su adapter son style pour être lisible par les plus jeunes, et la teneur du propos intéressera les lecteurs quel que soit leur âge.
Le livre des choses perdues a obtenu en 2010 le Grand prix de l'imaginaire du festival Etonnants voyageurs ainsi que le Prix Imaginales.
05 octobre 2010
Reckless
Reckless, tome 1 : Le sortilège de pierre - Cornelia Funke
Editions Gallimard Jeunesse
2010, 327 pages
15 €
Merci aux Chroniques de l'Imaginaire et aux éditions Gallimard pour cette découverte.
Résumé
Dans la maison de la famille Reckless, il y a un miroir au cadre orné de roses plus vraies que nature. Ce miroir est splendide, mais pas seulement : il est aussi et surtout magique. Il s'agit d'une porte vers un autre monde, un monde où les contes deviennent réalité, plongeant ceux qui s'y risquent dans une expérience aussi dangereuse qu'envoûtante.
Jacob Reckless avait douze ans lorsqu'il a franchi le miroir pour la première fois. Depuis, il ne cesse d'y revenir. Derrière le miroir, le monde a plus de saveur, plus de couleur. Et puis Jacob espère y retrouver son père, disparu des années plus tôt. Un jour, son petit frère Will, lassé des absences perpétuelles de son aîné, décide de franchir le miroir à son tour. Attaqué par un Goyl, une créature à la peau de pierre, il contracte une maladie étrange. Jacob sait ce que signifie une telle blessure : l'existence de son frère, son existence en tant qu'être humain, est menacée. Will va peu à peu se transformer pour devenir Goyl à son tour : coeur de pierre, peau de pierre. Jacob est sur le point de perdre son frère, et il ne peut l'accepter. Il est prêt à tout pour faire en sorte de lui rendre sa forme humaine. Mais la fée sombre, maîtresse du roi des Goyls, ne l'entend pas de cette oreille. Car c'est du jade qui pousse sur la peau de Will, et une prophétie ancienne dit qu'un Goyl à la peau de jade viendra en son temps pour rendre son roi immortel...
Mon avis
Ce premier tome de la nouvelle série signée Cornelia Funke est une véritable merveille. Beaucoup plus mature et abouti que la trilogie Cœur d'encre, Reckless nous entraîne dans un monde où la magie, la terreur et le merveilleux règnent en maîtres. Truffé de références aux contes et légendes classiques, enrichi d'inventions brillantes de l'auteur, ce premier tome nous fait découvrir un imaginaire riche et maîtrisé qu'on ne se lasse pas de contempler. Toute la complexité des contes de fées est exprimée dans ce roman : on oscille avec les personnages entre émerveillement et inquiétude, terreur et fascination.
Pour ajouter encore au plaisir du lecteur, chaque début de chapitre est doté d'une illustration en noir et blanc. Ces crayonnés magnifiques sont le fruit de Cornelia Funke elle-même, dont on avait déjà découvert le beau coup de crayon dans la trilogie Cœur d'encre, où ses dessins se faisaient plus discrets. Ici, ils prennent une place plus ample et méritée, et complètent à merveille l'ambiance très particulière du roman.
Seul bémol : les personnages manquent pour l'instant un peu de consistance, les humains surtout. Les Goyls, les fées et Fox, femme-renarde et amie fidèle de Jacob, sont bien mieux croqués. Mais il ne faut pas oublier qu'il ne s'agit que d'un premier tome ; l'auteur prend probablement son temps pour poser les jalons d'une histoire où les relations entre les protagonistes promettent d'être intenses et passionnantes.
Pour ma part, je suis pleinement conquise par cette introduction. Il me tarde de lire la suite de Reckless, pour replonger dans ce monde cruel et exaltant.
22 septembre 2010
Ondine
Sonnez trompettes, roulez tambours, etc... J'ai enfin réussi à trouver une salle qui joue Ondine, le dernier film de Neil Jordan ! Ni une ni deux, me voilà dans la salle obscure, traînant derrière moi mon chéri plus ou moins convaincu par mon enthousiasme (mais siiiii, tu vas voir, c'est par le réalisateur d'Entretien avec un vampire, mais siiiiii euh, viens, tu vas voir, c'est tourné en Irlande en plus...) :D et j'avais raison, au passage : il a aimé ! j'ai toujours raison ;P
Ondine donc, le film dont je rêve depuis que j'ai entendu parler du synopsis ! Parce que Neil Jordan qui tourne en Irlande une histoire de sirène, si c'est pas un film pour moi ça...
Ondine - réalisé par Neil Jordan
Sortie française le 25 août 2010
Avec Colin Farrell et Alicja Bachleda-Curuce
Durée : 1h51
Synopsis
Syracuse est un pêcheur pas vraiment chanceux, pas vraiment heureux - un mariage malheureux qui a tourné au fiasco, une petite fille atteinte d'une maladie des reins, un sérieux penchant pour l'alcool... Un jour qui commence comme tous les autres, il remonte dans ses filets une jeune femme, au milieu du fruit de sa pêche. Elle dit ne rien se rappeler des circonstances de sa "noyade" ; elle refuse de laisser d'autres personnes que Syracuse la voir ; elle dit s'appeler Ondine, et elle est d'une beauté éblouissante. Il faut peu de temps au pêcheur pour tomber sous son charme...

Aidé par Annie, sa fille en mal de féerie, Syracuse ne tarde pas à se persuader qu'Ondine pourrait être une créature surnaturelle, sirène ou selkie (femme-phoque qui se dépouille de sa peau pour venir vivre quelques années parmi les humains). Car Ondine chante comme une sirène, un chant étrange qui semble charmer poissons et autres crustacés qui se précipitent maintenant dans les filets et les paniers du pêcheur.
Malgré elle, Ondine est loin de passer inaperçue dans le petit village de Syracuse. D'où vient-elle, que cherche-t-elle ? Chacun a son idée sur la question... 
Mon avis
Par où commencer ? J'attendais beaucoup de ce film, et j'avais donc peur d'être déçue. Il est si rare que des réalisateurs s'attaquent à ce genre de sujet... Et bien, au final, pas une once de déception ! C'est même mieux que ce que j'avais imaginé. Voilà pourquoi :
Le lieu de tournage : la péninsule de Beara, comté de cork, sud de l'Irlande. J'y ai passé deux semaines il y a trois ans et j'adore cet endroit ! Le film rend vraiment bien l'atmosphère brumeuse et mystérieuse de l'Irlande, qui colle à merveille avec le sujet traité.
L'histoire : tout y coule de source, tout est justement dosé. Rien n'est en trop. Je m'explique : ça ne dégouline pas de bons sentiments, ni de pathos, ni d'effets spéciaux... Il y a juste ce qu'il faut d'amour, d'émotion, d'humour, de mystère pour qu'on ne quitte pas l'écran des yeux un seul instant. Chaque développement est amené de manière parfaitement cohérente, et tout en finesse. J'ai beaucoup aimé le fait qu'on nous laisse, nous spectateurs, comme Syracuse et sa fille, rêver jusqu'au bout sur la véritable nature d'Ondine. Et j'ai adoré le message véhiculé par la révélation : qu'Ondine soit ou non une selkie n'a au final que peu d'importance. Ce qui compte, c'est d'espérer, de croire. Si on fait confiance à la vie, on peut assister à des miracles.
Les personnages : j'ai apprécié le décalage apparent entre Syracuse - un personnage profondément ancré dans la réalité par son métier difficile et son histoire personnelle - et Ondine, qui vient perturber son monde avec sa beauté surnaturelle et son chant envoûtant. J'ai aimé le retournement final de situation, très optimiste, la façon dont les faiblesses et les forces des deux personnages se complètent.
Et puis le thème, bien sûr ! Neil Jordan a réussi à utiliser à merveille le mythe des selkies pour servir son propos. Un vrai bonheur !
En bref, Ondine est un coup de cœur pour moi : tout m'a fascinée dans ce film, de l'histoire à la bande-son, des personnages aux paysages. Vivement la sortie en DVD...
02 août 2010
Le grand livre des sorcières

Le grand livre des sorcières - Antonio Tello et Fernando Falcone
Editions Petit à Petit
2009, 110 pages
19,90 €
Résumé
Les éditions Petit à Petit se proposent de vous faire découvrir les treize sorcières les plus effrayantes de la littérature et du folklore mondial, de Baba-Yaga à Dame Lutin, en passant par les sorcières de Salem. Si vous aimez les contes de fées qui font frissonner de peur - ou de rire -, et les livres aux illustrations soignées, cet ouvrage est fait pour votre bibliothèque !
Mon avis
Fernando Falcone - aux pinceaux - et Antonio Tello - au stylo - ont concocté dans ce livre un tour du monde des sorcières les plus effrayantes de notre imaginaire collectif. Le sommaire en compte treize. Leur présentation est ludique et originale : à chacune des treize est consacré un portrait avec en regard une fiche d'identité exposant ses traits distinctifs (nationalité, pouvoirs, animal familier, méfaits les plus connus...). Suivent quatre ou cinq pages par sorcière où Antonio Tello réécrit, très simplement et avec beaucoup d'humour, la trame du conte dont la sorcière est issue.
Le livre est divisé en deux parties. La première présente des sorcières dont la réputation n'est plus à faire : la terrible ogresse d'Hansel et Gretel, la sorcière des mers de La petite sirène, celle de Raiponce... La seconde partie est consacrée à des ensorcelleuses issues des mythes et du folklore mondial : de la Russie (Baba-Yaga) à la Chine (La sorcière Peau-Peinte) en passant par la Roumanie (Cloantsa), vous n'ignorerez plus rien des sorcières qui hantent les pays du monde !
Le texte est très agréable à lire : les contes, extrêmement simplifiés (sans pour autant être dénaturés), se mettent à la portée des enfants à partir de huit ans. Ils feront aussi souvent sourire les adultes, car sous la plume de l'auteur, les jeux de mots et les phrases à double sens fleurissent ! La traduction les rend avec beaucoup de naturel ; il est juste dommage d'avoir laissé passer une énorme faute d'orthographe à la relecture...
Les illustrations ne sont pas en reste ; on peut même dire qu'elles constituent l'attrait majeur, au premier coup d'oeil tout du moins, de ce Grand livre des sorcières ! La couverture est somptueuse : un médaillon découpé laisse apparaître la quatorzième sorcière du livre, celle qui prend la parole pour présenter ses consoeurs. Tour à tour sublimes ou effrayantes, ces treize sorcières ne laisseront indifférents ni enfants, ni adultes, et on ne se lasse pas de les contempler.
Amusant, effrayant, et surtout magnifique... Voilà un beau-livre à offrir et à s'offrir à tout âge !
