beautifulnightmaresBeautiful nightmares - Nicoletta Ceccoli
Editions Soleil, Collection Venusdea
2010, 135 pages
34,90 €

Lu et chroniqué pour les Chroniques de l'Imaginaire (merci à elles et aux éditions Soleil pour ce magnifique cadeau de Noël avant l'heure).

Présentation

Nicoletta Ceccoli est une artiste mondialement connue. Elle est l'illustratrice de nombreux contes et albums à l'étranger, où elle expose et a obtenu de prestigieux prix. Son travail remarquable passe plus inaperçu en France. Pourtant, si vous êtes amateur de polars nordiques, la mélancolie et la douceur apparente de ses compositions vous disent peut-être quelque chose : on lui doit la couverture du Prédicateur, célèbre roman de Camilla Läckberg sorti aux éditions Actes Sud (Actes Noirs). Depuis quelques années, son travail est également décliné en France en carte postale, carte de voeux et petits carnets de notes. Mais Beautiful nightmares est le premier artbook a lui être consacré dans notre langue.

Mon avis

Je ne sais pas par où commencer pour vous décrire ce livre, tant il foisonne de merveilles. Mais attention, il ne s'agit pas ici de merveilles enfantines. Les songes de Nicoletta Ceccoli ne sont pas à placer entre toutes les mains. Le moins que l'on puisse dire, c'est que son travail interpelle. Le titre - Beautiful nightmares donc - a beau annoncer la couleur, ce qui frappe en premier dans le travail de l'artiste, c'est une impression de poésie et de douceur. Les couleurs pastels, les visages ronds, les jolis robes, la blondeur presque systématique des personnages, les ambiances d'apparence enfantine, l'atmosphère un peu floue, estompée... On croit nager dans du coton, jusqu'à ce que l'on s'attache aux détails : là, on note les visages fermés, les sourires absents, les yeux tristes, clos ou vides, la présence d'insectes plus ou moins menaçants, les postures tantôt dominatrices, tantôt abandonnées, les allusions sexuelles, la taille disproportionnée des visages, des membres, des yeux... Une fois arrivé là dans la contemplation, on comprend sans difficulté la présence du mot "cauchemar" dans le titre : l'artiste a un véritable talent pour peindre ce moment précis où un rêve confortable et réconfortant vire peu à peu pour devenir menaçant, puis dangereux. C'est précisément ainsi que j'ai ressenti ses peintures : la beauté, la douceur, sur lesquelles plânent les ombres menaçantes de la peur, de l'angoisse, de l'obsession, de la mélancolie...

Mais ce n'est qu'une interprétation personnelle, et c'est sûrement ici que réside toute la force du travail de Nicoletta Ceccoli : chacun peut y trouver son propre reflet. Le merveilleux de cette artiste est un merveilleux ambigü, dont la beauté et la dangerosité parlent aux tripes autant qu'aux yeux. On pense à Dali et à ses peintures surréalistes. On pense aussi à soi-même, à ses propres peurs, à ses propres cauchemars, magnifiés et mis en scène ici avec un rare talent.

Un livre magnifique donc, très original, qui fait rêver autant qu'il interpelle.